La Lettonie émerge comme l’un des cinq premiers importateurs de blé russe cet automne, tandis que les pays baltes font pression sur l’Union européenne pour interdire le transit de ces céréales. Face à ce projet de blocus, le Premier ministre Andris Kulbergs met en garde contre des poursuites judiciaires massives et des coûts exorbitants pour l’État.
La Lettonie face au paradoxe des importations de blé russe
Entre juillet et octobre la Lettonie a importé 431 700 tonnes métriques de blé russe, s’imposant parmi les cinq principaux acheteurs de cette campagne.
Les données douanières du Service des recettes publiques révèlent qu’un volume total de 689 995 tonnes de céréales russes a transité par la Lettonie au cours des neuf premiers mois de l’année. Ce chiffre représente une multiplication par plus de deux par rapport à la même période de l’année précédente. L’Iran, l’Égypte, l’Azerbaïdjan et le Nigeria complètent la liste des principales destinations pour ces cargaisons.
Durant la période de janvier à septembre, un total de 689 995 tonnes de grain russe a transité par le territoire letton. Les données de l’agence Ifchor Galbraiths montrent par ailleurs une accélération marquée des volumes expédiés, avec 1,16 million de tonnes recensées en septembre contre 216 000 tonnes au mois d’août. Les autorités soulignent que l’interdiction d’importation ne concerne que la mise sur le marché national, le transit restant toléré en l’absence de prohibitions formelles dans le droit letton ou européen.

Le bras de fer diplomatique entre les pays baltes et Bruxelles
La semaine dernière, les dirigeants de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie ont adressé un courrier conjoint au président du Conseil européen António Costa et à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Leur objectif commun consiste à obtenir une interdiction européenne du transit de céréales russes par l’intermédiaire du bloc communautaire.
L’Estonie a déjà pris les devants en instaurant unilatéralement des restrictions nationales. De son côté, Riga fait face à des contraintes contractuelles et juridiques strictes. Les autorités lettonnes rappellent que les contrats pour le passage de 300 000 tonnes étaient déjà signés au moment où l’Estonie a agi, interdisant une interdiction aussi abrupte.
« Nous pouvons le faire sous certaines conditions, mais cela comporte certains risques », a déclaré le Premier ministre, tout en précisant que ces denrées appartiennent à des partenaires stratégiques majeurs.

Le chef du gouvernement letton a également souligné que ces cargaisons appartiennent souvent à des intérêts économiques de pays tiers, notamment aux États-Unis, en Suisse et au Japon, qui s’approvisionnent auprès de négociants russes. Une telle mesure de rétorsion unilatérale exposerait le pays à des risques judiciaires majeurs.
Le risque financier et la hausse modérée des taxes ferroviaires
Les estimations gouvernementales indiquent que l’application de mesures restrictives nationales unilatérales pourrait déclencher des poursuites judiciaires oscillant entre 200 millions et 800 millions d’euros. La Lituanie voisine fait face à des contentieux d’une ampleur similaire, ce qui pousse Riga à la prudence sur le plan budgétaire. Le chef de l’exécutif a insisté sur la nécessité de protéger le budget de l’État contre de telles éventualités.
Pour répondre aux pressions politiques sans violer le droit européen, le Parlement letton (la Saeima) avait initialement envisagé de tripler les redevances d’infrastructure ferroviaire. Toutefois, l’entité gestionnaire LatRailNet a revu cette ambition à la baisse. Justina Hudenko, à la tête de la filiale, a expliqué que les tarifs ont finalement été augmentés de seulement 25 %, en conformité stricte avec le cadre de l’Union européenne qui impose d’indexer ces coûts sur les dépenses réelles de maintenance.