Publié le 2025-12-18 04:45:00. L’administration Trump intensifie sa politique migratoire, marquée par des expulsions massives et une répression accrue, suscitant l’inquiétude des organisations de défense des droits de l’homme. Alors que 2025 touche à sa fin, le bilan est alarmant : plus de 65 000 personnes en détention, 605 000 expulsions et 1,9 million d’autodéportations.
- Les arrestations par l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, le service de l’immigration et des douanes) ont augmenté, atteignant plus de 21 000 en novembre.
- Des outils controversés, tels que la fin du statut de protection temporaire et l’extension de l’interdiction de voyager à 39 pays, sont mis en œuvre.
- Des cas poignants, comme celui d’une famille à qui l’on a demandé de choisir qui serait expulsé, illustrent la cruauté de la politique migratoire actuelle.
Yareliz Mendez-Zamora, de l’organisation pro-migrants American Friends Service Committee de Floride, se souvient d’une scène particulièrement bouleversante survenue dans les locaux de l’ICE à Miramar, près de Miami. Un couple, arrivé pour un rendez-vous, s’est vu contraint de choisir lequel de ses membres serait expulsé. La femme a insisté pour que son mari reste, car c’est lui qui assurait la subsistance de la famille et s’occupait de leurs deux enfants. Finalement, c’est la mère qui a été autorisée à rester aux États-Unis.
« J’ai été choquée », raconte Mendez-Zamora, qui accompagnait la famille. « Cela a été l’une des années les plus difficiles, les plus cruelles, où nous avons vu le plus de violations des droits de l’homme. » Elle s’exprimait à la veille de la Journée internationale des migrants (18 décembre), lors d’un rassemblement de bénévoles, d’organisations, de chefs religieux et de proches de personnes détenues par l’ICE.
Selon les données du Département de la Sécurité intérieure, l’année 2025 s’annonce comme l’année la plus sombre pour les migrants aux États-Unis, avec plus de 65 000 personnes en détention, 605 000 expulsions et 1,9 million d’autodéportations. Tricia McLaughlin, porte-parole du département, a même célébré ces chiffres, affirmant que « l’administration Trump bat des records historiques » et que « les immigrants illégaux entendent notre message selon lequel ils doivent partir maintenant ». Déclaration du Département de la Sécurité intérieure.
Les derniers mois ont été marqués par une série d’événements alarmants : séparations familiales forcées par des agents masqués, enfants terrifiés d’aller à l’école, expulsions vers des pays tiers, parfois aussi lointains que le Soudan du Sud ou l’Eswatini, raids massifs dans différentes villes du pays, arrestations au tribunal et perte du statut légal pour des centaines de milliers de personnes. Récit des conditions dans les centres de détention.
María Asunción Bilbao, coordinatrice de campagne pour l’American Friends Service Committee de Floride, témoigne de l’épuisement et de la frustration ressentis par les défenseurs des droits des migrants. Elle se rend chaque semaine aux bureaux de l’ICE à Miramar pour accompagner les familles qui attendent leurs rendez-vous avec les autorités. « Demain, Journée des migrants, sera un jour triste dans ce pays, car ils ne respectent les droits d’aucun réfugié », déplore-t-elle, tout en saluant le courage des migrants qui « osent tout quitter et venir dans un nouveau pays ».
La politique migratoire actuelle est le résultat direct des promesses de campagne de Donald Trump, qui s’était engagé à garantir la « sécurité nationale » en expulsant tous les « criminels ». L’administration a mis en œuvre un vaste arsenal économique pour financer la détention, l’enfermement et l’expulsion des migrants, renforçant considérablement les moyens de l’ICE.
Stephen Miller, l’idéologue de la politique anti-immigration de cette administration, a constaté un ralentissement des arrestations au début de l’année et a ordonné d’augmenter le nombre d’arrestations à 3 000 par mois pour atteindre les objectifs fixés. En novembre, environ 21 127 arrestations ont été effectuées, un chiffre inférieur aux affirmations du gouvernement.
La réforme fiscale promulguée par Trump en juillet a permis d’allouer plus de 100 milliards de dollars à l’ICE, contre 8 milliards auparavant. Environ 45 milliards de dollars seraient destinés à la construction de nouveaux centres de détention et 14 milliards aux opérations d’expulsion. Les 30 milliards restants serviraient à recruter davantage d’agents, jusqu’à atteindre un effectif de 100 000 personnes chargées de traquer les migrants.
Les opérations d’immigration à grande échelle se multiplient dans les grandes villes, même celles qui se considèrent comme des sanctuaires pour les migrants. Les agents de l’ICE sont présents dans les palais de justice, où ils attendent la fin des audiences pour arrêter les migrants.
Le nombre de vols d’expulsion a également augmenté, dépassant les 1 900 sous la deuxième administration Trump, soit une augmentation de 41 % par rapport à la même période en 2024, selon le moniteur de vols ICE de Human Rights First. Extension de l’interdiction de voyager à 39 pays.
L’administration Trump n’a pas hésité à tester les limites de la loi pour atteindre ses objectifs, faisant appel à la loi sur les ennemis étrangers de 1889 pour envoyer plus de 200 Vénézuéliens dans une mégaprison au Salvador, malgré une interdiction judiciaire. Elle a également mis fin au statut de protection temporaire pour plusieurs nationalités, supprimé le programme parole et signé une interdiction de voyager qui affecte les citoyens de 39 pays. Des milliers d’accords 287(g) permettent à la police locale de collaborer avec l’ICE, et des pactes ont été signés avec des pays tiers pour accueillir les migrants expulsés. Le sort des migrants expulsés vers le Salvador.
Enfin, le président a suspendu les procédures d’asile et de séjour, paralysant même les demandes de citoyenneté. Il a récemment déclaré qu’il envisagerait de dénaturaliser les migrants ayant obtenu la citoyenneté s’il en avait le pouvoir, ce qui entraînerait une augmentation massive des procédures de dénaturalisation.
