Home Affaires« La mutualité et la microfinance, qui ont bénéficié de l’exonération de l’impôt sur les intérêts, doivent être développées »

« La mutualité et la microfinance, qui ont bénéficié de l’exonération de l’impôt sur les intérêts, doivent être développées »

by Amélie Bernard

Publié le 17 janvier 2026. Les institutions de financement mutualiste en Corée du Sud, bénéficiant d’avantages fiscaux, sont pointées du doigt pour avoir privilégié des investissements immobiliers à haut risque au détriment de leur mission initiale de soutien à leurs membres.

  • L’Institut coréen des finances alerte sur une concentration excessive des fonds dans des prêts immobiliers à haut risque.
  • La part des prêts accordés aux membres des institutions de financement mutualiste a considérablement diminué ces dix dernières années.
  • Des réformes fiscales et un renforcement de la supervision sont envisagés pour recentrer ces institutions sur leur rôle initial.

Les institutions de financement mutualiste, qui bénéficient d’une exonération fiscale sur les intérêts, ont dévié de leur objectif premier en investissant massivement dans des prêts de financement de projets immobiliers (PF) considérés comme risqués, révèle une analyse récente de l’Institut coréen des finances. Cette orientation a entraîné une détérioration de leur rentabilité et de la solidité de leurs actifs.

Koo Jeong-han, chercheur principal à l’Institut coréen des finances, souligne que

« L’objectif initial de la finance mutualiste est d’opérer et de mener des affaires d’une manière qui renforce les intérêts des membres, mais la rentabilité et la solidité des actifs se sont récemment détériorées considérablement en raison de la concentration excessive des fonds dans des actifs à haut risque. »

Koo Jeong-han, chercheur principal à l’Institut coréen des finances

Selon l’étude, les prêts immobiliers PF de la finance mutualiste représentent désormais 29,53 % des prêts NPL (prêts non performants) du secteur. Au premier semestre de l’année dernière, 39 700 milliards de wons (environ 28,5 milliards d’euros) de prêts immobiliers PF étaient classés en catégories C ou D, indiquant des problèmes de remboursement ou un risque de défaut, un montant supérieur à celui de tout autre secteur financier.

Cette dérive s’explique en partie par le durcissement des réglementations LTV (Loan-to-Value) et DTI (Debt-to-Income) sur les prêts hypothécaires au logement à partir de 2017, qui a incité les institutions de financement mutualiste à se tourner vers le financement de projets immobiliers. L’effondrement du marché immobilier depuis 2022 a exacerbé les risques.

Parallèlement, la proportion de prêts accordés aux membres de ces institutions a diminué. Fin 2015, 78,8 % des prêts des coopératives de crédit étaient accordés à leurs membres, contre seulement 49,2 % à la fin du premier semestre de l’année dernière. Pour Nonghyup, cette proportion est passée de 33,6 % à 24,4 %, et pour Suhyup, de 22,7 % à 15,0 % sur la même période.

L’Institut coréen des finances pointe également du doigt le système d’exonération fiscale sur les revenus d’intérêts, qui a facilité l’attraction de dépôts, notamment de la part de contribuables aisés, permettant ainsi aux institutions de financement mutualiste de lever des fonds à faible coût. Koo Jeong-han estime que

« Des avantages d’exonération fiscale ont été introduits pour aider les gens ordinaires à créer de la richesse, mais contrairement à leur objectif prévu, ils ont été utilisés comme moyen financier pour les salariés à revenus élevés, et la finance mutualiste est devenue une opportunité de lever facilement des fonds à faible taux d’intérêt. »

Koo Jeong-han, chercheur principal à l’Institut coréen des finances

Une modification de la loi a récemment été adoptée pour réorganiser ce système d’imposition. Les revenus d’intérêts générés par des dépôts inférieurs ou égaux à 30 millions de wons (environ 21 600 euros) seront exonérés d’impôt jusqu’en 2025, puis soumis à une imposition de 5 % en 2026 et de 9 % après 2027.

Pour remédier à cette situation, l’Institut coréen des finances préconise un renforcement de la gestion et de la supervision par la Fédération nationale et les autorités de contrôle, ainsi qu’un développement de la microfinance. Il suggère également que les coopératives et les caisses locales déposent leurs excédents de fonds auprès de l’association centrale afin de bénéficier d’économies d’échelle et d’améliorer la rentabilité de la gestion des fonds.

Enfin, l’étude souligne la nécessité d’élaborer des plans de restructuration à moyen et long terme, en particulier pour les grandes coopératives disposant d’actifs supérieurs à 1 000 milliards de wons (environ 720 millions d’euros), dont l’insolvabilité pourrait avoir des conséquences importantes sur le marché financier.

Kim Na-kyung ([email protected])

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