Home MondeLa Norvège, « profiteuse de guerre », viendra-t-elle au secours financier de l’Ukraine ?

La Norvège, « profiteuse de guerre », viendra-t-elle au secours financier de l’Ukraine ?

by Clara Dubois

Oslo est sous pression pour mettre à profit les bénéfices considérables tirés de la crise énergétique en Europe et apporter une aide financière significative à l’Ukraine. Plusieurs voix politiques norvégiennes, y compris au sein de la majorité gouvernementale, plaident pour que le pays scandinave utilise son fonds souverain pour faciliter l’accès de Kiev aux avoirs russes gelés.

La Norvège a vu ses revenus exploser depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, devenant le premier fournisseur de gaz de l’Europe et accumulant des profits exceptionnels. Selon deux économistes norvégiens, Havard Halland et Knut Anton Mork, le pays a empoché 109 milliards d’euros supplémentaires grâce à la flambée des prix du gaz. Ils estiment que le gouvernement norvégien, en conservant ces bénéfices, s’est transformé en « profiteur de guerre ».

Le débat porte sur l’utilisation des avoirs russes gelés par les pays occidentaux, s’élevant à environ 210 milliards d’euros (243 milliards de dollars) en Europe. Si les intérêts de ces fonds sont déjà utilisés pour soutenir financièrement l’Ukraine, certains alliés européens souhaitent aller plus loin en puisant directement dans le capital. Une proposition qui suscite des inquiétudes quant aux risques potentiels, notamment celui de décourager les investissements étrangers.

C’est dans ce contexte que la Norvège pourrait jouer un rôle clé. Le pays, fort d’une notation de crédit AAA et d’un fonds souverain estimé à 2 100 milliards de dollars (environ 1 860 milliards d’euros), dispose de la capacité financière d’assumer les risques liés à un prêt massif à l’Ukraine, sans compromettre sa propre stabilité financière. « La Norvège a les moyens financiers pour garantir un prêt qui permettrait à l’Ukraine de mieux se défendre contre la Russie, et je pense que nous devrions le faire », a déclaré Guri Melby, chef du petit parti d’opposition norvégien, à l’AFP.

La Commission européenne envisage actuellement d’accorder à l’Ukraine un prêt de 140 milliards d’euros sans intérêt sur les deux prochaines années, en utilisant une partie des avoirs russes gelés. Cependant, la Belgique, où se trouve Euroclear, l’organisme détenant la majeure partie de ces avoirs, exige des garanties de la part des autres pays de l’Union européenne pour partager les risques. Des pays endettés comme la France pourraient avoir des difficultés à accepter une telle exigence.

L’idée d’une garantie norvégienne a déjà trouvé un écho favorable auprès de certains dirigeants européens. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a qualifié cette perspective de « formidable » lors d’un sommet européen à Copenhague le mois dernier.

Le gouvernement norvégien, qui a déjà alloué plus de 275 milliards de couronnes (27,4 milliards de dollars) d’aide civile et militaire à Kiev pour la période 2023-2030, se montre prudent. « Nous suivons de près la situation et poursuivons notre dialogue avec l’Union européenne », a déclaré Ellen Reitan, secrétaire d’État au ministère des Finances.

Selon des sources de l’AFP, des discussions sont en cours entre la Norvège et Bruxelles, mais Oslo n’envisage pas, à ce stade, de fournir à elle seule un filet de sécurité à Kiev. Le parti des Verts norvégien, quant à lui, compte faire de cette question une priorité lors des prochaines négociations budgétaires, arguant que la Norvège a une « obligation morale » de soutenir l’Ukraine, d’autant plus qu’elle a bénéficié de la guerre. « La Norvège est le seul pays en Europe qui dispose d’autant d’argent de côté et peut allouer une telle somme sans avoir besoin de s’endetter ou d’augmenter les impôts », a affirmé Arild Hermstad, leader des Verts, à l’AFP.

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