Publié le 25 novembre 2023 à 01:52:00. Des liens troublants entre un haut responsable militaire réintégré par le président Petro et des groupes armés dissidents refont surface, alimentant un scandale potentiel qui ébranle le gouvernement colombien.
- Le général Juan Miguel Huertas, chef du commandement du personnel de l’armée nationale, est accusé d’avoir maintenu des contacts avec des dirigeants dissidents des FARC.
- Des documents interceptés révèlent que ces dissidents affirmaient bénéficier d’une liberté de circulation grâce à leurs liens avec le général Huertas et le président Petro.
- L’histoire du général Huertas est marquée par des controverses, notamment une enquête de la Juridiction Spéciale pour la Paix (JEP) concernant des exécutions extrajudiciaires.
La réintégration au service actif du général Juan Miguel Huertas, décidée par le président Gustavo Petro, est au cœur d’une tempête politique. Des allégations de contacts avec des groupes armés dissidents, révélées par des documents saisis, mettent en lumière des liens potentiellement compromettants et soulèvent des questions sur les critères de sélection des hauts responsables militaires.
Selon un rapport diffusé par Noticias Caracol, le général Huertas, actuellement à la tête du commandement du personnel de l’armée nationale, n’était pas un inconnu pour le président Petro. Il avait été relevé de ses fonctions par l’administration précédente, sur ordre du général Eduardo Zapateiro, avant d’être réintégré en août dernier. Une photo datant de la campagne présidentiale de Petro, sur laquelle on le voit aux côtés de trois généraux à la retraite – César Parra, José Henry Pinto et Juan Miguel Huertas – ressurgit, alimentant les spéculations.
Sur ses réseaux sociaux, le candidat Petro avait alors salué l’arrivée de ces généraux, affirmant son
« profond respect de la Constitution et des droits »
Gustavo Petro, candidat à la présidence
et les accueillant chaleureusement :
« Bienvenue aux généraux Parra, Huertas et Pinto. »
Gustavo Petro, candidat à la présidence
Après sa victoire, le président Petro a confirmé la proximité de ces anciens militaires en nommant le général César Parra agent de liaison du DNI (Direction Nationale de l’Intelligence) à Washington et le général José Henry Pinto à la direction d’Aerocivil (l’autorité aéronautique civile colombienne), poste dont ce dernier a ensuite démissionné. Le général Huertas, quant à lui, n’avait pas immédiatement obtenu de poste, mais a été réintégré au service actif le 6 août et placé à la tête du commandement du personnel, un poste stratégique pour la gestion des effectifs de l’armée.
Cette réintégration, déjà source d’interrogations, prend une dimension nouvelle face aux allégations de pactes avec les dissidents. Une lettre interceptée par les autorités révèle que les membres du groupe armé connu sous le nom de « Calarcá » affirmaient que le général Huertas leur avait assuré que ses liens avec le président Petro leur permettraient de circuler librement, avec
« ordre de ne les arrêter nulle part »
Lettre interceptée des dissidents de Calarcá
. Le document mentionne également que Huertas aurait intenté une action en justice contre l’État après son éviction et que les dissidents lui offraient des postes importants au sein du gouvernement actuel.
L’histoire du général Huertas est également marquée par des controverses antérieures. En 2022, le gouvernement d’Iván Duque l’avait appelé à quitter l’armée après que des renseignements américains l’avaient lié à des groupes illégaux. De plus, son nom est apparu dans le cadre d’une enquête de la JEP concernant des exécutions extrajudiciaires commises à Antioquia entre 2002 et 2003, alors qu’il était chef des opérations du bataillon d’artillerie n°4. Bien que la JEP n’ait pas retenu suffisamment d’éléments pour le considérer comme un des principaux responsables, son dossier reste ouvert et suscite l’attention des organisations de défense des droits de l’homme et des familles des victimes.
Le général Huertas nie fermement toutes les accusations, dénonçant une campagne de dénigrement visant à détruire sa carrière militaire. Cependant, l’ancien ministre de l’Intérieur, Daniel Palacios, a exprimé son inquiétude face à une tendance à écarter les membres des forces de sécurité ayant une expérience en matière de renseignement et à réintégrer des officiers ayant fait l’objet de controverses.
- Qui est le général Juan Miguel Huertas ?
- Il s’agit d’un officier de l’armée à la retraite qui a été réintégré au service actif par le président Petro en août et nommé chef du commandement du personnel. Il avait déjà été démis de ses fonctions par le gouvernement Duque pour des liens présumés illégaux.
- De quoi accusent les fichiers d’alias Calarcá ?
- Les documents saisis auprès des dissidents indiquent qu’il a assisté à des réunions avec cette structure et leur a promis une
« liberté de mouvement »
et leur proposer des conseils pour créer une façade de sécurité privée.
- Quelle relation Huertas entretient-il avec la JEP ?
- Huertas a fait l’objet d’une enquête de la JEP pour son rôle de chef des opérations entre 2002 et 2003 au sein du bataillon d’artillerie n°4, période liée à des exécutions extrajudiciaires à Antioquia. Son dossier est toujours actif.