Home MondeLa pluie de microplastiques en Indonésie montre la nécessité de producteurs responsables et d’une bonne gouvernance : commentaire

La pluie de microplastiques en Indonésie montre la nécessité de producteurs responsables et d’une bonne gouvernance : commentaire

by Clara Dubois

Publié le 2024-02-29 14:35:00. La récente « pluie de microplastiques » constatée à Jakarta n’est pas un phénomène isolé, mais un signal d’alarme majeur quant à l’ampleur de la contamination plastique en Indonésie et au-delà, avec des conséquences potentiellement graves pour la santé humaine.

  • Des scientifiques ont confirmé la présence de microplastiques nocifs dans les précipitations à Jakarta, une pollution qui pourrait être plus dangereuse que les pluies acides.
  • Ces particules, issues de diverses sources, s’accumulent dans l’environnement et peuvent pénétrer dans l’organisme par l’air, l’eau et la nourriture.
  • La mise en œuvre effective de la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) est cruciale pour inverser cette tendance, mais sa concrétisation en Indonésie reste difficile.

La découverte de microplastiques dans les pluies de Jakarta met en lumière une réalité inquiétante : la pollution plastique a désormais contaminé l’air, complétant la pollution déjà bien établie des océans et des sols. Ce phénomène, observé dans d’autres régions du monde, des montagnes Rocheuses aux Pyrénées, souligne l’étendue de la dispersion de ces particules minuscules (inférieures à 5 millimètres) et la difficulté d’échapper à leur présence.

Selon les chercheurs de l’Agence nationale de recherche et d’innovation et de l’Université agricole de Bogor, ces microplastiques proviennent de sources multiples. L’abrasion des textiles synthétiques lors du lavage, la dégradation des déchets plastiques plus importants, l’usure des pneus et l’incinération incontrôlée des déchets contribuent à leur prolifération. Transportées par le vent sur de longues distances, ces particules finissent par retomber sur terre sous forme de « pluie de microplastiques » ou par dépôt atmosphérique.

Contrairement aux pluies acides, dont les émissions de dioxyde de soufre et d’oxyde d’azote peuvent être atténuées par des processus naturels, les microplastiques sont des éléments solides, non biodégradables et persistants dans l’environnement. Leur impact sur la santé humaine est encore mal connu, mais les premières études suggèrent des risques potentiels importants. Les microplastiques agissent comme des perturbateurs endocriniens et peuvent libérer des additifs chimiques nocifs, tels que les phtalates et le bisphénol. Ils servent également de vecteurs pour les microbes pathogènes, augmentant les risques d’infections.

L’exposition à ces particules peut provoquer des irritations respiratoires et cutanées à court terme. À long terme, elles peuvent s’accumuler dans les organes vitaux, comme les poumons et le foie, et même traverser la barrière hémato-encéphalique, augmentant le risque de maladies dégénératives, de troubles hormonaux, d’inflammation chronique et de stress oxydatif cellulaire. Il devient clair qu’aucun environnement, qu’il soit public ou privé, n’est à l’abri de cette contamination.

Face à cette crise, la mise en œuvre de la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) apparaît comme une solution prometteuse. Ce principe, déjà appliqué avec succès dans plusieurs pays développés, transfère la responsabilité financière et physique de la gestion des déchets, de la collecte au recyclage, des autorités publiques aux producteurs. L’Allemagne, par exemple, impose des frais aux fabricants en fonction du volume et du type d’emballage, les incitant à concevoir des produits plus légers, plus facilement démontables et recyclables. Au Canada, les producteurs coopèrent pour gérer les déchets de produits grâce à un programme de gestion responsable.

En Indonésie, la REP a été instaurée par le Règlement ministériel n° 75/2019, mais sa mise en œuvre reste entravée par un manque de documentation des activités et l’absence de sanctions dissuasives pour les contrevenants. Le gouvernement indonésien doit donc relancer d’urgence la mise en œuvre de la REP, en commençant par des projets pilotes dans les villes les plus touchées par la pollution plastique, telles que Jakarta, Surabaya et Bandung.

Il est également essentiel de renforcer les systèmes de recyclage, d’impliquer les écoles dans des initiatives de tri des déchets à la source et d’adopter une réglementation incitative, récompensant les entreprises qui s’engagent dans l’éco-conception et le recyclage, tout en pénalisant celles qui produisent des déchets non recyclables. La « pluie de microplastiques » est un avertissement clair : l’ère de la pollution non réglementée doit prendre fin, et une économie circulaire est indispensable pour garantir un avenir durable.

*** L’auteur est maître de conférences au Département de foresterie de l’Université de Muhammadiyah Malang, Java Est et doctorant en biomatériaux durables, Virginia Tech.

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