Home AffairesLa population suisse voit des opportunités dans l’IA, mais veut plus de contrôle

La population suisse voit des opportunités dans l’IA, mais veut plus de contrôle

by Amélie Bernard
Le réflexe « Made in Switzerland » face au doute sociétal

Le BaromètreNumérique 2026 révèle que 41 % des Suisses jugent désormais l’influence de la numérisation sur la société comme négative, marquant un inversement de tendance depuis 2020. Si 48 % anticipent que les opportunités de l’IA l’emporteront sur les risques, une demande massive pour une souveraineté numérique locale et un contrôle accru s’impose.

L’enthousiasme technologique laisse place à une exigence de protection. Pendant des années, la Suisse a abordé sa transition numérique avec un optimisme quasi linéaire. Mais ce climat change. Selon les données du BaromètreNumérique 2026, le sentiment général s’est inversé : seuls 34 % des sondés considèrent aujourd’hui l’impact de la numérisation comme positif. Cette méfiance ne s’accompagne pas d’un rejet total, mais d’un repli vers le national. Le besoin de souveraineté est devenu un moteur central.

Le réflexe « Made in Switzerland » face au doute sociétal

Le réflexe « Made in Switzerland » face au doute sociétal
cluster (priority): Blick
Le paradoxe suisse réside dans sa confiance envers ses propres structures. Alors que le scepticisme global croît, 83 % des interrogés affirment accorder davantage de confiance aux services numériques lorsqu’ils portent le label « Made in Switzerland ». Ce chiffre écrase la confiance accordée à un label européen, qui ne recueille que 53 % d’adhésion, d’après le rapport de la fondation Risiko-Dialog. L’infrastructure numérique reste perçue comme un atout majeur par 58 % de la population. On note même une amélioration de la perception de l’administration numérique — notamment les guichets en ligne — qui atteint 41 % de mentions positives en 2026, contre un score plus faible en 2025. Pourtant, cette efficacité technique ne masque pas un malaise humain : 24 % des Suisses avouent ne plus pouvoir suivre le rythme effréné des évolutions technologiques. L’État est désormais vu comme le rempart privilégié. La population déclare faire nettement plus confiance aux autorités publiques qu’aux entreprises privées pour la gestion d’outils sensibles comme l’e-ID ou le dossier électronique du patient. Malgré cela, le manque d’indépendance numérique demeure une vulnérabilité critique pour 46 % des répondants.

Le fossé stratégique entre dirigeants et collaborateurs

Le fossé stratégique entre dirigeants et collaborateurs
cluster (priority): Le Temps
Dans les entreprises, la fracture est moins culturelle que structurelle. Une enquête d’Adecco menée auprès de 2 000 cadres dans 13 pays met en lumière un décalage profond sur la vitesse d’intégration de l’IA. Alors que 45 % des dirigeants prévoient que les flux de travail basés sur des agents d’IA deviendront la norme d’ici un an, seuls 30 % des employés partagent cette vision. Le point le plus critique concerne la perception des compétences. Il existe une dissonance cognitive flagrante : 70 % du personnel se dit prêt à travailler avec l’IA, mais seulement 39 % des dirigeants estiment que leurs collaborateurs le sont réellement. Ce manque de reconnaissance s’explique par un déficit de communication. Selon ICTjournal, seuls 36 % des cadres affirment que les opportunités offertes par l’IA sont clairement communiquées au sein de leur organisation. L’IA avance à la vitesse de la technologie, mais la confiance en l’entreprise avance à la vitesse de l’humain. Les organisations qui négligent cet écart peineront à passer de l’expérimentation aux résultats. Denis Machuel, CEO du groupe Adecco L’investissement dans le capital humain semble être le parent pauvre de cette transition. Seuls 22 % des dirigeants sont convaincus que leur entreprise développe activement les compétences nécessaires pour l’avenir chez leur personnel.

L’émergence d’une « IA improvisée » et le retour aux compétences humaines

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Face au vide laissé par les stratégies d’entreprise, les salariés s’organisent seuls. Une étude de Cornerstone révèle un phénomène d’auto-formation massive : 46 % des employés utilisent des outils d’IA sans avoir reçu aucune formation formelle de leur employeur. Pour pallier ce manque, 65 % des travailleurs développent leurs compétences en dehors du cadre professionnel. Ce décalage crée une frustration tangible. Si 75 % des répondants estiment que leur direction a identifié les compétences IA nécessaires, seuls 33 % ont vu ces intentions se traduire par des programmes de formation concrets. Résultat : 56 % des salariés n’ont aucune trajectoire claire de développement, soit par absence de stratégie, soit par défaut de communication, comme le souligne L’Informaticien. Plus intéressant encore est la hiérarchie des compétences selon les salariés. Loin de s’extasier sur la technique, ils privilégient les capacités intrinsèquement humaines pour leur carrière à long terme :
  • Esprit critique et jugement : 26 %
  • Créativité et résolution de problèmes : 26 %
  • Résilience et adaptabilité : 23 %
  • Maîtrise des prompts et outils d’IA : 16 %
  • Connaissances techniques liées à l’IA : 12 %
Cette tendance montre que si l’outil est adopté, la valeur ajoutée reste, aux yeux des travailleurs, ancrée dans le discernement humain.

Adoption corporate : le clivage entre grands groupes et PME

Adoption corporate : le clivage entre grands groupes et PME
cluster (priority): ICTjournal
Le déploiement de l’IA en Suisse ne suit pas une courbe uniforme. Une étude d’UBS portant sur 2 500 entreprises montre qu’environ 60 % des sociétés suisses utilisent aujourd’hui l’IA. Cependant, l’adoption est quasi totale pour les structures de plus de 250 employés. Les PME, elles, affichent un taux d’utilisation nettement plus faible, comme le rapporte Le Temps. Cette disparité expose les PME à un risque de compétitivité. Environ 60 % de la population estime d’ailleurs que la Suisse doit promouvoir activement les nouvelles technologies pour rester compétitive plutôt que d’attendre. Mais cette volonté de progrès se heurte à une demande de régulation : deux tiers des sondés sont favorables à des règles plus strictes contre la désinformation et les discours de haine, quitte à restreindre partiellement la liberté d’expression. L’enjeu des prochains mois ne sera pas technique, mais managérial. Entre une population qui réclame du contrôle et des employés qui improvisent leur montée en compétences, les entreprises suisses doivent combler le vide communicationnel. Le risque est double : laisser s’installer une méfiance durable envers le numérique ou créer une fracture technologique irréversible entre les grands groupes et le tissu des PME.

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