Publié le 18 octobre 2025 à 19h20. Les producteurs de salades en sachet, un secteur clé de l’agriculture française, tirent la sonnette d’alarme face à une crise économique qui menace leur survie et pourrait entraîner une dépendance accrue aux importations.
- La filière de la 4e gamme, qui emploie plus de 3 500 personnes en France, est confrontée à une baisse des rendements, une augmentation des coûts de production et une stagnation des prix de vente.
- Les maraîchers normands et bretons, qui fournissent 54 500 tonnes de salades par an, craignent de ne plus pouvoir faire face à la concurrence sans un soutien significatif.
- Les surfaces cultivées en salades ont déjà diminué de 26 % depuis 2019, et le nombre de maraîchers a baissé de 9 %.
Les producteurs de salades destinées à la 4e gamme – ces salades prêtes à l’emploi vendues en sachet – sont au bord du gouffre. L’association d’organisations de producteurs Asso Leg 4G (légumes de 4e gamme) alerte sur une situation critique qui pourrait sonner le glas de la production française. « Sans revalorisation significative des prix de nos productions, notre désengagement va s’accélérer et aboutir dans les 10 prochaines années à la disparition de notre activité de maraîchage », explique Loïc Letierce, président de l’association.
En Normandie et en Bretagne, 130 maraîchers fournissent chaque année 54 500 tonnes de salades, transformées en 300 millions de sachets par les 1 840 salariés de Florette, dont 570 travaillent sur le site de Lessay. Mais cette production est menacée par une conjonction de facteurs défavorables.
Cyrille Lemoigne, producteur de légumes à Tocqueville (Quelques), associé à Nicolas Leconte, témoigne de la difficulté de la situation. « Nos prix de vente n’ont pas beaucoup augmenté. Il a fallu se battre pour faire passer quelques centimes », confie-t-il. Son exploitation, qui emploie une vingtaine de personnes, illustre les défis auxquels sont confrontés les maraîchers.
Selon l’Asso Leg 4G, les producteurs sont pris en étau entre une baisse des rendements et une augmentation des coûts. Cette baisse de productivité est en partie due à une réduction de l’utilisation d’intrants, mais aussi aux aléas climatiques. Parallèlement, les coûts de production explosent : le gasoil non routier a augmenté de 61 % entre 2015 et 2024, et la main-d’œuvre a pris 20 % (source Insee). La productivité est également affectée par la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.
Pourtant, les prix des salades prêtes à l’emploi stagnent depuis dix ans, alors que ceux d’autres produits alimentaires ont connu une forte hausse. Les chips ont augmenté de 27 %, les sodas de 26 %, les yaourts de 29 % et les biscuits de 25 % (source Nielsen & Insee). Cette situation crée une pression insoutenable sur les marges des producteurs.
« On a quatre salariés espagnols. On loue une maison pour eux. Ce n’était pas du tout un objectif », illustre Cyril Lemoigne les difficultés de recrutement. L’entreprise dispose de bâtiments modernes, mais l’accès à la main-d’œuvre reste un problème majeur.
Les coûts des matériels et de la maintenance sont également exorbitants. Les coûts d’emblavement, c’est-à-dire la préparation des sols et la plantation, se chiffrent à plusieurs centaines de milliers d’euros pour les exploitations de la taille de celle de Cyril Lemoigne et Nicolas Leconte : 1,8 à 1,9 million de plants de salades cultivés sur 30 hectares, auxquels s’ajoutent 45 hectares de choux, 50 hectares de poireaux, 20 hectares de carottes et le reste en céréales.
« Si cela ne s’arrange pas, à un moment donné, on lâchera la salade. »
Cyril Lemoigne, producteur à Tocqueville
La tâche est d’autant plus ardue que les aléas climatiques se multiplient : attaques de pucerons, chenilles et autres ravageurs, averses de grêle, manque d’eau… « C’est un équilibre fragile. Les producteurs vont finir par se lasser », prévient Cyril Lemoigne, également membre du conseil de surveillance de la branche légumes de la coopérative Agrial.
Face à cette situation alarmante, les maraîchers français appellent à une attitude responsable de la part de la distribution et comptent sur l’aspiration des consommateurs à privilégier des productions locales. Plus de 3 500 emplois sont en jeu : 1 000 dans le maraîchage et 2 500 dans les 13 ateliers de préparation des salades et des légumes récoltés.
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