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La question de l’IA à un billion de dollars

L'engouement pour l'intelligence artificielle (IA) s'accompagne d'investissements massifs, mais la question de leur rentabilité future suscite de vives inquiétudes. Les dépenses engagées par les géants de la technologie dans les infrastructures liées à l'IA dépassent déjà les investissements…

La question de l’IA à un billion de dollars

L’engouement pour l’intelligence artificielle (IA) s’accompagne d’investissements massifs, mais la question de leur rentabilité future suscite de vives inquiétudes. Les dépenses engagées par les géants de la technologie dans les infrastructures liées à l’IA dépassent déjà les investissements historiques consacrés à la construction du réseau interétatique américain.

Selon une analyse du Wall Street Journal, les entreprises technologiques ont dépensé, sur une base corrigée de l’inflation, plus au cours des trois dernières années en centres de données, en puces et en énergie qu’elles n’en ont dépensé pendant les quarante années précédentes pour bâtir le système autoroutier des États-Unis. Ces investissements colossaux soulèvent une question cruciale : ces entreprises pourront-elles réellement en tirer un retour sur investissement ?

Le journal établit un parallèle avec le boom des télécommunications de la fin des années 1990 et le déploiement des réseaux de fibre optique. À l’époque, des entreprises comme Global Crossing et WorldCom avaient surinvesti, accumulant des dettes qu’elles n’ont pas pu rembourser, malgré le potentiel transformationnel d’Internet. L’IA générera-t-elle suffisamment de revenus, et assez rapidement, pour justifier ces dépenses massives ?

David Cahn, associé chez Sequoia, un fonds de capital-risque, estime que les investissements réalisés en 2023 et 2024 dans les infrastructures d’IA nécessitent que les consommateurs et les entreprises achètent pour environ 800 milliards de dollars (environ 740 milliards d’euros) de produits d’IA au cours de la durée de vie de ces puces et centres de données pour être rentables. Il faut tenir compte du fait que la plupart des processeurs d’IA ont une durée de vie utile estimée entre trois et cinq ans.

Des consultants de Bain & Company ont, quant à eux, estimé cette semaine que la vague de dépenses en infrastructures d’IA nécessitera 2 000 milliards de dollars (environ 1 850 milliards d’euros) de revenus annuels d’IA d’ici 2030. Ce chiffre dépasse la capitalisation boursière combinée d’Amazon, Apple, Alphabet, Microsoft, Meta et Nvidia en 2024, et est plus de cinq fois supérieur à la taille totale du marché mondial des logiciels d’abonnement.

Morgan Stanley estime que les produits d’IA ont généré environ 45 milliards de dollars (environ 41,5 milliards d’euros) de revenus l’année dernière, grâce aux abonnements à des chatbots comme ChatGPT et à l’utilisation des centres de données de ces entreprises.

Les géants de l’IA affirment, comme attendu, qu’ils seront amplement récompensés pour leurs investissements. L’avenir dira s’ils ont raison. Cependant, l’investisseur David Einhorn exprime des doutes et craint un excès d’optimisme.

Par ailleurs, on observe une augmentation des fonds cherchant des opportunités d’investissement en capital-investissement, ainsi qu’un intérêt croissant pour des actifs spéculatifs tels que certaines actions, les cryptomonnaies et les métaux précieux. Les actions des plus grandes sociétés de capital-investissement, comme Blackstone, KKR, Apollo et Carlyle, ont bénéficié de cette tendance depuis 2023, mais ont montré des signes de faiblesse ces dernières semaines, malgré un prix en hausse. L’évolution de ces entreprises pourrait fournir des indices sur la chasse aux actifs spéculatifs.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.