Publié le 7 octobre 2024 12:11:00. Après une période discrète, Vanessa Paradis signe un retour remarqué avec un nouvel album, Le Retour des beaux jours, porté par un titre entêtant et une collaboration fructueuse avec Étienne Daho, qui semble lui avoir permis de trouver une nouvelle voie artistique.
- Le nouvel album de Vanessa Paradis, Le Retour des beaux jours, est salué pour sa musicalité et sa profondeur.
- La collaboration avec Étienne Daho a joué un rôle clé dans cette renaissance artistique, l’aidant à s’éloigner de ses anciennes images.
- L’album témoigne d’un regain d’écriture personnelle pour la chanteuse, qui signe la moitié des titres.
Cet été, la bande-son des vacances de nombreux Français a pris une tournure inattendue. Un sourire s’est dessiné sur les autoradios des Twingo de location, porté par un nouveau titre de Vanessa Paradis, capable de captiver l’attention même sur les routes sinueuses des montagnes. Plus qu’un simple morceau accrocheur, ce single marque le retour d’une icône, loin de l’image d’une célébrité cantonnée aux premiers rangs des défilés de haute couture.
Ce succès inespéré, après une série de tentatives moins convaincantes, rappelle au public le timbre vocal unique de la chanteuse. Et pour en saisir toute la richesse, il a fallu l’œil et l’oreille d’Étienne Daho, accompagné de son collaborateur Jean-Louis Piérot, ainsi que le talent de parolier de Doriand.
« C’est très rare, mais j’ai écrit ce texte d’un jet, comme si la main de Vanessa me guidait. Je l’entendais dans ma bouche pendant que j’écrivais. Vanessa Paradis est, à mon sens, la plus grande interprète féminine actuelle en France. Quand elle reprend du Barbara, elle est capable de la faire oublier pour en faire une chanson de Vanessa Paradis. »
Doriand, parolier
Travailler avec Vanessa Paradis, c’est l’aider à faire oublier les innombrables visages qui ont marqué la scène française pendant près de quarante ans, entre les chroniques people et les références à des légendes musicales parfois encombrantes. Elle incarne une sorte d’Antoine Doinel de la chanson, une jeune femme propulsée sur le devant de la scène trop tôt, lors des émissions de Jacques Martin, et qui peine à s’épanouir pleinement.
Bien sûr, il y a eu Joe le taxi sur un texte de Roda-Gil, Tandem par Serge Gainsbourg, Be My Baby par Lenny Kravitz… Mais à 52 ans, est-il encore pertinent de jouer la jeune fille innocente devant un micro, pour susciter l’admiration de vieux séducteurs ?
Des habits à sa mesure
Étienne Daho avait déjà invité Vanessa Paradis à un duo sur son précédent album éponyme, Tirer la nuit sur les étoiles. Pour ce huitième album, qui marque sept ans d’absence après l’échec commercial – et injuste, selon certains – de Les Sources, écrit avec son compagnon Samuel Benchetrit, le leader de la pop française semble avoir aidé la chanteuse à se débarrasser de son image passée et à adopter une nouvelle identité artistique. À l’instar de ce qu’il a fait avec Sylvie Vartan, Brigitte Fontaine ou Dani, le musicien et producteur a su donner une voix à une artiste confrontée à ses propres fantômes.
Dans un clin d’œil assumé au passé, Étienne Daho s’est amusé à jouer avec les références, évoquant Rendez-vous et l’univers des Ronettes, ou encore Fais-toi mienne, inspiré par Velvet Underground…
« La moitié des titres de l’album est de la plume de la chanteuse. »
L’album propose un mélange de français et d’anglais, une particularité de l’artiste, qui a été la seule française à atteindre la première place des ventes au Royaume-Uni avec Joe le taxi. On y retrouve des basses au médiator rappelant Melody Nelson (Le Retour des beaux jours), des guitares wah-wah à la Hendrix et des rythmiques trip-hop inspirées de Bristol (Les Initiales des anges). Mais l’exploit d’Étienne Daho réside surtout dans sa capacité à permettre à l’interprète, souvent sous l’influence de mentors masculins, de renouer avec ses talents de compositrice.
Dans la chanson qu’il lui avait écrite en 2021, intitulée Maman, Samuel Benchetrit n’avait trouvé d’inspiration que dans la figure d’une femme prise pour une prostituée avant d’être envisagée comme une mère adoptive. La Maman et la putain, en somme.
Protéiforme
Il est facile d’oublier que Vanessa Paradis est bien plus qu’une simple interprète. L’album Bliss, réalisé au début de sa relation avec Johnny Depp, avait déjà laissé entrevoir ce potentiel caché. La moitié des titres de Le Retour des beaux jours sont d’ailleurs de sa composition, et l’album ne déméritera pas face à ses classiques lors de sa prochaine tournée, qui débutera le 26 mars prochain à Aix-en-Provence.
Vanessa Paradis s’est impliquée à tous les niveaux. Elle ne se contente pas de chanter : elle joue de la guitare, des claviers et arrange même des parties de cuivres. Elle donne également une place à ses enfants, Jack pour le titre Éléments et Lily-Rose pour Je suis en vie. Libérée de ses poses et de ses affectations passées, elle se révèle dans toute sa splendeur, dès le titre d’ouverture, Cœur ardent : « Soudain, j’entre dans la lumière / Le souffle court, le cœur battant / Dans le noir, il y a ce cœur ardent / Qui m’attend depuis longtemps. » Fallait-il d’abord éteindre la lumière pour enfin y voir clair ? Très certainement.
Le Retour des beaux jours ★★★, Vanessa Paradis (Universel).