Home MondeLa résistance aux antimicrobiens menace la médecine moderne, mais une seule action sanitaire peut inverser la tendance

La résistance aux antimicrobiens menace la médecine moderne, mais une seule action sanitaire peut inverser la tendance

by Clara Dubois

La résistance aux antimicrobiens représente une menace croissante pour la santé mondiale, risquant de nous ramener à une époque où des infections courantes étaient mortelles. De nouvelles données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) soulignent l’urgence d’agir pour préserver l’efficacité des médicaments vitaux.

Selon le dernier rapport de surveillance de l’OMS, environ une infection bactérienne sur six dans le monde est désormais causée par des agents pathogènes résistants aux antibiotiques. Cette résistance est particulièrement préoccupante dans les soins intensifs et avec les bactéries Gram négatif, souvent responsables d’infections nosocomiales graves. Le Dr Tim France, biologiste moléculaire et expert en santé mondiale, souligne que cette situation « sape les fondements de la médecine moderne ».

L’abus et la surutilisation des antimicrobiens, tant chez l’homme que chez les animaux, ainsi que dans l’agriculture, sont les principaux moteurs de cette résistance. La pollution environnementale, notamment due aux eaux usées non traitées et aux effluents pharmaceutiques, contribue également à l’émergence et à la propagation de ces agents pathogènes résistants.

Les conséquences de la résistance aux antimicrobiens sont considérables : elles affectent la santé humaine et animale, la sécurité alimentaire et exercent une pression accrue sur les systèmes de santé et les économies. On estime que cette résistance est déjà associée à près de 5 millions de décès chaque année, soit deux vies perdues chaque minute.

Cependant, des progrès sont observés. La couverture de la surveillance de la résistance aux antimicrobiens s’est considérablement élargie, avec le réseau GLASS de l’OMS qui comprend désormais 104 pays, couvrant plus de 70 % de la population mondiale – une multiplication par quatre depuis 2016. De plus, les taux de SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méticilline) ont diminué dans plusieurs régions, notamment en Europe et en Asie du Sud-Est, démontrant l’efficacité des interventions ciblées.

« Les données de surveillance mondiale de la RAM sont désormais elles-mêmes utilisées comme une boussole politique, et non plus seulement comme un système d’alerte », explique le Dr France, fondateur et directeur d’Inis Communication.

Face à cette situation, les partenaires One Health appellent les gouvernements à financer des plans d’action nationaux contre la résistance aux antimicrobiens. En 2024, un engagement a été pris lors de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) : 60 % des pays doivent disposer de plans d’action nationaux entièrement financés et mis en œuvre. Pour atteindre cet objectif, les gouvernements se sont engagés à mobiliser au moins 100 millions de dollars américains d’ici 2030, notamment par le biais du Fonds fiduciaire multipartenaire AMR (AMR MPTF).

Rob Purdie, survivant de la résistance aux antimicrobiens et membre du groupe de travail de l’OMS sur les survivants, témoigne de l’impact personnel de cette menace : « La RAM est invisible, mais pas moi ». Il a lui-même été confronté à des années de lutte contre une méningite fongique, initialement mal diagnostiquée, soulignant l’importance d’une approche One Health qui prend en compte les liens entre la santé humaine, animale et l’environnement.

« La RAM fongique est étroitement liée à l’utilisation agricole des pesticides », précise Rob Purdie. « Ainsi, plutôt que d’émerger d’une prescription excessive d’antibiotiques, elle a davantage à voir avec l’utilisation de pesticides pour contrôler les champignons en agriculture. »

La Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens (WAAW), qui se déroulera du 24 septembre au 30 septembre 2025, appellera à une utilisation responsable des médicaments antimicrobiens dans tous les secteurs, afin de prévenir l’aggravation de cette crise sanitaire mondiale.

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