Home MondeLa réunion de Trump sur le pétrole au Venezuela commence avec peu de promesses concrètes

La réunion de Trump sur le pétrole au Venezuela commence avec peu de promesses concrètes

by Clara Dubois

Publié le 9 janvier 2024 22:07:00. Le président américain Donald Trump a cherché à relancer l’investissement dans le secteur pétrolier vénézuélien lors d’une rencontre avec les dirigeants des principales compagnies pétrolières, mais s’est heurté à un scepticisme marqué quant à la faisabilité d’un engagement financier massif dans un pays encore considéré comme trop risqué.

  • Donald Trump espère attirer au moins 100 milliards de dollars (75 milliards de livres sterling) d’investissements dans le secteur pétrolier vénézuélien.
  • Les compagnies pétrolières, notamment ExxonMobil, estiment que le Venezuela n’est actuellement pas un environnement propice à l’investissement.
  • La récente arrestation d’un dirigeant vénézuélien aux États-Unis et la transition politique en cours ajoutent à l’incertitude.

La Maison Blanche a tenté de donner un nouvel élan à la relance du secteur pétrolier vénézuélien en organisant une réunion vendredi avec les principaux acteurs du secteur. L’objectif affiché par le président Trump est ambitieux : attirer au moins 100 milliards de dollars d’investissements pour revitaliser une industrie pétrolière en déclin, mais les perspectives semblent sombres, du moins à court terme.

Lors de cette rencontre, le PDG d’ExxonMobil, Darren Woods, a exprimé un scepticisme prudent, soulignant que le Venezuela, malgré ses vastes réserves prouvées, est pour l’instant considéré comme « non-investissable ».

« Nos actifs y ont été saisis à deux reprises et vous pouvez donc imaginer que revenir une troisième fois nécessiterait des changements assez importants par rapport à ce que nous avons vu historiquement et à ce qu’est actuellement l’État. »

Darren Woods, directeur général d’ExxonMobil

Cette déclaration reflète les inquiétudes persistantes concernant la sécurité juridique et la stabilité politique du pays.

La situation politique vénézuélienne est particulièrement délicate. L’arrestation récente de Nicolás Maduro à New York a conduit à la nomination de sa vice-présidente, Delcy Rodríguez, à la présidence par intérim. Bien que considérée comme pragmatique, sa capacité à garantir un environnement stable et favorable aux investissements reste incertaine.

Le Venezuela entretient une relation complexe avec les compagnies pétrolières internationales depuis la découverte de pétrole sur son territoire il y a plus d’un siècle. Si les dirigeants des grandes compagnies pétrolières américaines présentes à la réunion ont reconnu le potentiel du pays, ils ont également souligné la nécessité de changements significatifs pour attirer les capitaux. Chevron est actuellement la seule grande compagnie pétrolière américaine encore active au Venezuela, tandis que des entreprises européennes comme Repsol (Espagne) et Eni (Italie) maintiennent également une présence, bien que limitée. Exxon et ConocoPhillips, quant à elles, cherchent à récupérer des milliards de dollars suite à la nationalisation de leurs actifs en 2007.

Donald Trump a évoqué la question des compensations dues à ces entreprises, mais a minimisé les chances d’un règlement rapide. Il a affirmé que son administration s’efforcerait de conclure un « accord » avec les entreprises pour concrétiser sa vision, sans pour autant garantir le remboursement des dettes antérieures. Il a également indiqué que les États-Unis chercheraient à contrôler les ventes de pétrole vénézuélien afin de maintenir leur influence sur le gouvernement en place.

La production pétrolière vénézuélienne a chuté de manière spectaculaire ces dernières décennies, passant d’environ 3 millions de barils par jour à moins de 1 million (soit moins de 1 % de l’offre mondiale) en raison du sous-investissement, de la mauvaise gestion et des sanctions américaines. La Maison Blanche a annoncé son intention de lever « sélectivement » certaines de ces restrictions, mais souhaite conserver un contrôle sur les revenus pétroliers du pays.

Plusieurs entreprises ont exprimé un intérêt prudent pour un retour au Venezuela. Chevron prévoit d’augmenter sa production, tandis qu’Exxon a annoncé l’envoi prochain d’une équipe technique pour évaluer la situation. Repsol envisage de tripler sa production actuelle (environ 45 000 barils par jour) si les conditions s’améliorent. Cependant, les analystes restent sceptiques quant à la possibilité d’attirer des investissements massifs à court terme.

Selon David Goldwyn, président du cabinet de conseil en énergie Goldwyn Global Strategies, les grandes compagnies pétrolières ne sont pas prêtes à investir des sommes considérables sans garanties solides en matière de sécurité physique, juridique et fiscale.

« Ce n’est pas vraiment bienvenu du point de vue de l’industrie. Les conditions ne sont tout simplement pas bonnes. »

David Goldwyn, président de Goldwyn Global Strategies

Il estime que les petites entreprises pourraient être plus disposées à prendre des risques, mais leurs investissements seraient probablement limités à environ 50 millions de dollars, loin des 100 milliards annoncés par Trump.

Selon les estimations de Rystad Energy, il faudrait entre 8 et 9 milliards de dollars d’investissements annuels pour tripler la production vénézuélienne d’ici 2040. L’économiste en chef du cabinet, Claudio Galimberti, souligne que des investissements à grande échelle nécessiteraient des subventions et une stabilité politique durable, des conditions qui ne sont pas encore réunies au Venezuela.

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