Le Kremlin a annoncé jeudi avoir formulé une proposition à Paris concernant la libération de Laurent Vinatier, un chercheur français incarcéré en Russie et accusé d’espionnage. Cette initiative intervient alors que Moscou et Paris explorent la possibilité de nouvelles discussions entre les présidents Vladimir Poutine et Emmanuel Macron.
Laurent Vinatier, qui travaille pour une ONG suisse spécialisée dans la médiation des conflits, a été arrêté en juin 2024. Il a déjà été condamné à trois ans de prison pour ne pas s’être enregistré comme « agent étranger », mais est désormais confronté à des accusations d’espionnage passibles de 20 ans de réclusion.
« Des contacts ont eu lieu entre nos services et les autorités françaises, et nous avons effectivement fait une proposition concernant M. Vinatier », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, aux journalistes de l’AFP. « La balle est désormais dans le camp de la France », a-t-il ajouté, sans divulguer de détails sur la nature de cette proposition.
La famille de M. Vinatier a fermement nié les accusations portées contre lui, les attribuant aux tensions diplomatiques actuelles entre Moscou et Paris liées à la guerre en Ukraine. Plusieurs pays occidentaux dénoncent régulièrement les arrestations de leurs citoyens en Russie, les considérant comme des prises d’otages destinées à obtenir la libération de ressortissants russes détenus en Europe et aux États-Unis.
La semaine dernière, Vladimir Poutine avait déclaré qu’il examinerait le dossier de M. Vinatier après avoir été interpellé à ce sujet par un journaliste français lors de sa conférence de presse annuelle. « Je ne connaissais pas cette affaire », avait-il admis. « Mais je vous promets de me renseigner et, si la loi russe le permet, nous ferons tout notre possible pour trouver une solution favorable. »
Interrogé par l’AFP, le ministère français des Affaires étrangères n’a pas souhaité commenter la déclaration du Kremlin. Cependant, le week-end dernier, le Kremlin a indiqué que Vladimir Poutine était « prêt » à dialoguer avec Emmanuel Macron, après que le président français a manifesté sa volonté d’ouvrir un canal de communication sur la guerre en Ukraine.
Emmanuel Macron a déjà appelé à la libération de M. Vinatier, dénonçant une détention « injuste » et qualifiant de « propagande » les accusations portées contre lui. Il est l’un des nombreux Occidentaux arrêtés en Russie depuis le lancement de l’offensive en Ukraine en février 2022.
Dans le passé, plusieurs citoyens américains ont été emprisonnés puis libérés en Russie dans le cadre d’échanges négociés, sous les présidences de Donald Trump et de Joe Biden. Dans le cas de M. Vinatier, les procureurs l’accusent initialement d’avoir collecté des informations militaires sans s’enregistrer auprès des autorités russes, une infraction pour laquelle il s’est excusé, affirmant ne pas en connaître les obligations légales. Lors de son procès, il a déclaré en russe chercher à « défendre les intérêts de la Russie dans les relations internationales ». Il s’était dit « fatigué » et avait répondu « oui » lorsqu’on lui a demandé s’il se sentait « otage » des autorités russes.
Moscou a souvent utilisé des accusations de violation de la loi sur les « agents étrangers » comme prétexte à des arrestations, avant de formuler des accusations plus graves, comme c’est le cas pour M. Vinatier.
