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La Russie et son intérêt pour un pays d’Amérique latine pour financer une centrale nucléaire de haute technologie réduisant les pannes de courant | Argentine | Bolivie | Vénézuela | Portée mondiale : le guide du Kremlin en Amérique latine | Milei | Monde

by Clara Dubois

Publié le 23 décembre 2025 10:05:00. Malgré les sanctions internationales liées à la guerre en Ukraine, la Russie renforce son influence en Amérique latine et dans les Caraïbes, en misant sur des investissements stratégiques dans des secteurs clés comme l’énergie et les transports, et en tissant des liens avec les élites locales.

  • La Russie s’intéresse particulièrement à la construction d’une centrale nucléaire en Argentine.
  • Le rapport du Centre d’étude de la démocratie (CSD) décrit la stratégie russe comme un « manuel » combinant affaires, pression économique et influence politique.
  • Outre l’Argentine, le Venezuela, la Bolivie, le Brésil et le Panama sont également des cibles privilégiées pour l’expansion de l’influence russe.

L’Amérique latine est devenue un terrain de jeu stratégique pour la Russie, qui cherche à contourner les sanctions occidentales et à renforcer ses alliances dans une région riche en ressources naturelles et en opportunités économiques. Une stratégie documentée dans le rapport « Portée mondiale : le guide du Kremlin en Amérique latine » du Centre d’étude de la démocratie (CSD), qui décrit cette approche comme un véritable « manuel » mêlant intérêts commerciaux, pressions économiques et construction de réseaux d’influence au sein des élites locales.

L’étude, réalisée avec la participation de DORMIR, identifie les secteurs les plus sensibles à cette offensive russe : l’énergie (pétrole, gaz et nucléaire), la défense, les transports et les communications, ainsi que la diffusion de narratifs favorables à Moscou dans l’espace public. L’investissement technologique dans le secteur énergétique n’est pas perçu comme une simple opération commerciale, mais comme un moyen de créer une dépendance – financière, en termes de pièces détachées, d’approvisionnement en carburant ou de formation – et donc d’exercer une influence durable.

L’Argentine, cible privilégiée pour un projet nucléaire russe

L’Argentine figure en tête de liste des pays où la Russie souhaite investir dans le secteur nucléaire. Le président russe Vladimir Poutine et l’ancienne présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner ont évoqué, dès avril 2015 lors d’une visite officielle à Moscou, la possibilité d’un financement russe pour une centrale nucléaire destinée à renforcer le système électrique argentin. À cette occasion, la société Rosatom a proposé à Nucleoeléctrica Argentina des accords pour la conception et la construction d’un réacteur d’environ 1 200 mégawatts (un projet de type VVER-1200), dans le cadre d’une stratégie de diversification de la matrice énergétique et de résolution des problèmes d’approvisionnement électrique.

Ce projet ambitieux, basé sur une technologie russe (réacteur à eau légère et uranium enrichi), n’a pas encore abouti à un accord financier définitif, mais il représente un cadre pour de futures négociations. Sur le plan politique, cette initiative visait à consolider les relations bilatérales et à positionner Moscou comme un partenaire clé dans le développement des infrastructures énergétiques argentines.

Bien que les progrès aient été limités ces dernières années, l’intérêt russe demeure vif. En 2018, lors du sommet du G20 à Buenos Aires, la Russie et l’Argentine ont signé de nouveaux documents visant à étendre la coopération nucléaire. Rosatom a même évoqué la possibilité de construire des réacteurs de différentes tailles, ainsi que des centrales flottantes.

Autres intérêts russes en Argentine : transports, santé et information

L’influence russe en Argentine ne se limite pas au secteur nucléaire. Elle s’étend également au domaine de l’information, avec l’intégration de RT en espagnol à la grille de la Télévision Numérique Ouverte (TDA) en 2014, un geste politique fort qui a renforcé la présence médiatique russe dans le pays. L’information avait été diffusée sur le site internet de la présidence argentine.

Le secteur des transports ferroviaires a également été un terrain d’investissement. La société TMH, qui exploitait des actifs industriels en Argentine, a vendu son principal atelier de Mechita à un groupe local en 2023, reflétant une reconfiguration des plans d’investissement russes suite à la guerre en Ukraine et à l’évolution du contexte international, selon Railway Gazette.

Durant la pandémie de COVID-19, la Russie a également renforcé son influence grâce à la diplomatie vaccinale : la campagne de vaccination argentine a débuté en décembre 2020 avec le vaccin Spoutnik V, un choix stratégique qui a marqué une étape importante dans la coopération avec Moscou, alors que le monde était confronté à une pénurie de doses.

D’autres pays d’Amérique latine dans le viseur de Moscou

Le rapport du CSD souligne que la stratégie du Kremlin est particulièrement marquée au Venezuela, où la Russie a maintenu ses liens énergétiques et politiques malgré les sanctions internationales. Reuters a récemment rapporté l’extension de coentreprises liées à une filiale russe dans le secteur pétrolier vénézuélien, dans le but de maintenir les opérations et la production malgré les restrictions.

En Bolivie, l’accent est mis sur le domaine nucléaire, avec le projet de construction d’un centre de recherche et de technologie nucléaire à El Alto, financé par Rosatom. Ce projet, présenté comme une coopération technologique (médecine nucléaire, recherche, applications), est cité par le CSD comme un exemple d’accord à forte valeur politique, comme le rapporte l’Université de Navarre.

Au Brésil et au Panama, la stratégie russe se concentre sur des voies économiques : le Brésil est fortement dépendant des intrants agricoles russes, notamment les engrais, tandis que le Panama est considéré comme un point sensible en raison de l’utilisation de plateformes offshore qui peuvent faciliter les opérations financières et l’évasion des sanctions.

Les principaux partenaires commerciaux de la Russie en Amérique latine

Les principaux partenaires commerciaux de la Russie en Amérique latine se concentrent dans les plus grandes économies de la région et dans les pays exportateurs de produits alimentaires et de matières premières stratégiques. Selon les données de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) et du Centre du commerce international, les échanges commerciaux concernent principalement les engrais, les céréales, les produits alimentaires et industriels, et restent stables malgré les tensions géopolitiques.

  • Brésil : principal partenaire régional, avec des échanges importants d’engrais russes et d’exportations brésiliennes de soja et de produits alimentaires.
  • Mexique : important tant pour les importations en provenance de Russie que pour les exportations de produits manufacturés et agro-industriels.
  • Argentine : échanges axés sur les céréales, les produits alimentaires et industriels.
  • Chili : exportations notables de produits de la pêche et de produits alimentaires.
  • Équateur : principal fournisseur de bananes pour le marché russe.
  • Pérou : partenaire important pour les importations en provenance de Russie, notamment d’intrants industriels et d’engrais.

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