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la syphilis devient un signe d’inégalité en Uruguay

by Sophie Martin

Publié le 28 décembre 2025 13h00. L’Uruguay fait face à une recrudescence inquiétante des cas de syphilis, une maladie autrefois considérée comme éradiquée, qui révèle des inégalités sociales profondes et menace particulièrement les nouveau-nés.

  • Le nombre de cas de syphilis a presque doublé entre 2020 et 2024, atteignant 7 035 cas avec un taux d’incidence de 196,6 pour 100 000 habitants.
  • L’augmentation des cas est particulièrement préoccupante chez les nouveau-nés, avec des risques de mortalité fœtale, de malformations et d’infections graves.
  • Les autorités sanitaires uruguayennes identifient les inégalités socio-économiques comme un facteur clé de cette recrudescence, touchant principalement les populations les plus vulnérables.

L’Uruguay est en alerte face à une résurgence de la syphilis, une maladie sexuellement transmissible (MST) qui avait connu un déclin significatif ces dernières décennies. Si l’augmentation des cas a coïncidé avec le début de la pandémie de Covid-19, c’est en 2024 que la situation s’est aggravée, avec un bond spectaculaire du nombre de diagnostics. En 2020, 3 566 cas avaient été recensés, contre 7 035 en 2024, ce qui représente un taux d’incidence de 196,6 pour 100 000 habitants.

Face à cette situation, le ministère uruguayen de la Santé publique a classé la syphilis comme un « problème de santé publique », mobilisant des ressources et mettant en place des stratégies de prévention et de dépistage.

Le vice-ministre de la Santé publique de l'Uruguay, Leonel Briozzo
Le vice-ministre de la Santé publique de l’Uruguay, Leonel Briozzo, lors d’un entretien avec EFE, à Montevideo (Uruguay). EFE/Diego Lafalche

À quelques jours de la fin de l’année 2025, les chiffres provisoires indiquent déjà 5 220 cas de syphilis enregistrés, avec un taux d’incidence de 145. Cette tendance alarmante met en évidence la nécessité d’une action rapide et coordonnée.

Un danger accru pour les nouveau-nés

L’augmentation des cas de syphilis est observée dans l’ensemble du pays, mais les conséquences les plus graves se manifestent chez les nouveau-nés. Selon le vice-ministre de la Santé publique, Leonel Briozzo, la syphilis congénitale est une maladie particulièrement sévère.

« Le cas des bébés qui naissent avec la syphilis congénitale est une maladie très grave. Souvent, cela provoque la mort du fœtus à l’intérieur de l’utérus, et si cela ne provoque pas la mort, il peut naître avec des malformations ou une infection généralisée qui nécessite des hospitalisations prolongées en soins intensifs. »

Leonel Briozzo, vice-ministre de la Santé publique

Le traitement de la syphilis congénitale repose sur l’administration de pénicilline, comme chez les adultes, mais il ne permet pas toujours de corriger complètement les séquelles. Briozzo dénonce une « énorme injustice » pour les enfants nés avec cette infection.

Dans un pays comptant moins de 3,5 millions d’habitants et où le nombre de naissances est relativement faible (29 899 en 2024), le vice-ministre souligne l’importance d’investir dans des politiques de prévention et de dépistage.

Le vice-ministre de la Santé publique de l'Uruguay, Leonel Briozzo
Le vice-ministre de la Santé publique de l’Uruguay, Leonel Briozzo, s’exprime lors d’un entretien avec EFE, à Montevideo (Uruguay). EFE/Diego Lafalche

Un coup dur pour les populations les plus vulnérables

Selon Briozzo, l’augmentation des cas de syphilis en Uruguay se concentre principalement dans les « secteurs socio-économiques les plus violés dans leurs droits ». Il souligne que le problème est particulièrement aigu au sein du secteur public, qui prend en charge la majorité des femmes confrontées à des difficultés socio-économiques.

« Le plus gros problème se situe au sein du sous-secteur public, où sont prises en charge la majorité des femmes ayant les plus grands problèmes socio-économiques. »

Leonel Briozzo, vice-ministre de la Santé publique

Les infections à la syphilis, bien que présentes dans tous les milieux, sont devenues un « véritable marqueur d’inégalité sociale ». Briozzo témoigne avoir rencontré des cas de femmes victimes de violences basées sur le genre, diagnostiquées avec la syphilis pendant leur grossesse, traitées avec succès, puis réinfectées, en raison d’une forte discrimination et d’une violation de leurs droits sexuels et reproductifs.

Pour faire face à cette situation, le ministère uruguayen de la Santé publique a annoncé que tous les établissements de santé du pays proposeront, à partir de décembre, des tests rapides de dépistage de la syphilis et du VIH dès la première consultation des femmes et de leurs partenaires, afin de faciliter l’accès au traitement pour les hommes également.

Test rapide du VIH
Photographie d’archives d’une personne effectuant un test rapide du VIH. EFE/ Bienvenido Velasco

L’augmentation des cas de syphilis n’est pas un phénomène isolé en Uruguay, rappelle Briozzo. En comparaison avec d’autres pays d’Amérique du Sud, l’Uruguay se situe dans une situation intermédiaire en termes de nombre total de cas. Cependant, l’incidence est beaucoup plus élevée au sein des populations les plus défavorisées, atteignant des niveaux comparables à ceux observés dans certains des pays les plus pauvres du monde.

Un paradoxe inquiétant

Interrogé sur les causes de cette recrudescence, Briozzo suggère que la sensibilisation aux MST a diminué. Il estime que « la peur de la syphilis a été perdue », en raison du succès des traitements contre le VIH.

« C’est assez paradoxal », dit Briozzo, car, alors que les cas de syphilis augmentent, dans le cas du VIH, la transmission verticale, de la mère à l’enfant, est pratiquement éliminée. Il n’y a pratiquement aucun cas. »

Leonel Briozzo, vice-ministre de la Santé publique

En Uruguay, la transmission verticale du VIH est restée inférieure à 2 % au cours des quatre dernières années, un résultat encourageant qui contraste avec la situation préoccupante concernant la syphilis.

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