La Thaïlande a lancé lundi des frappes aériennes en réponse à des tirs cambodgiens le long de la frontière commune, relançant un conflit territorial de longue date malgré les appels à la retenue. Des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers face à la reprise des hostilités.
Selon l’armée thaïlandaise, les forces cambodgiennes ont ouvert le feu sur le territoire thaïlandais dans plusieurs zones, tuant un soldat et en blessant quatre autres. Bangkok affirme avoir riposté en ciblant des positions militaires cambodgiennes par des frappes aériennes. Phnom Penh, de son côté, accuse la Thaïlande d’avoir attaqué en premier et nie avoir riposté aux premières attaques.
Plus de 35 000 personnes ont déjà quitté les zones frontalières, cherchant refuge loin des combats, a indiqué le ministère thaïlandais de la Défense. D’autres habitants auraient rejoint leurs familles dans des régions plus sûres. Le ministre cambodgien de l’Information, Neth Pheaktra, a confirmé l’évacuation de plusieurs villages proches de la frontière.
Dans une allocution télévisée, le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a souligné que son pays ne souhaite pas la violence, mais qu’il défendra sa souveraineté. « La Thaïlande n’a jamais souhaité la violence. Je voudrais réitérer que la Thaïlande n’a jamais lancé de combat ni d’invasion, mais qu’elle ne tolérera jamais une violation de sa souveraineté », a-t-il déclaré.
Ces affrontements interviennent après une période de tensions croissantes. Le cessez-le-feu conclu en octobre, sous l’impulsion de l’ancien président américain Donald Trump, a été mis à rude épreuve début novembre après que des soldats thaïlandais ont été blessés par des mines terrestres. La Thaïlande avait alors annoncé la suspension définitive de l’accord, tout en continuant d’échanger des accusations avec le Cambodge concernant la responsabilité des incidents.
Un bref épisode de combats avait déjà éclaté dimanche, les deux camps s’accusant mutuellement d’avoir tiré en premier. L’armée thaïlandaise avait alors rapporté des tirs cambodgiens ayant blessé deux de ses soldats, entraînant un échange de tirs d’une vingtaine de minutes.
Les différends territoriaux entre la Thaïlande et le Cambodge remontent à des siècles, à l’époque des empires en guerre. Les revendications actuelles sont enracinées dans une carte datant de 1907, établie sous domination coloniale française, que la Thaïlande juge inexacte. La Cour internationale de Justice s’était prononcée en 1962 en faveur de la souveraineté cambodgienne sur la région abritant le temple de Preah Vihear, un site historique qui reste une source de friction pour de nombreux Thaïlandais.
À ce stade, le cessez-le-feu ne prévoit aucune solution pour résoudre le fond du conflit, à savoir les divergences persistantes concernant le tracé exact de la frontière.
Le Premier ministre malaisien, Anwar Ibrahim, a appelé à la retenue et a exprimé la volonté de son pays de soutenir les efforts visant à prévenir de nouvelles escalades. « Notre région ne peut pas se permettre de voir des conflits de longue date se transformer en cycles de confrontation », a-t-il déclaré dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux.