Publié le 16 octobre 2024 à 21h54. L’obésité, désormais considérée comme un facteur de risque majeur pour les maladies cardiovasculaires, est au cœur des discussions du 51e Congrès argentin de cardiologie. Des conférences publiques gratuites seront organisées à Buenos Aires pour sensibiliser la population et proposer des solutions.
- L’obésité est de plus en plus prévalente en Argentine, touchant 57,9 % des adultes et 42 % des enfants et adolescents.
- Les spécialistes soulignent que l’obésité est une maladie à part entière, et non une simple question de poids ou d’esthétique.
- Deux conférences publiques, ouvertes à tous, seront organisées demain à La Rural pour aborder les causes et les solutions liées à l’obésité.
Le 51e Congrès argentin de cardiologie, qui s’est ouvert hier à La Rural, met en lumière l’impact croissant de l’obésité sur la santé cardiovasculaire de la population argentine, et ce, à des âges de plus en plus précoces. Selon les chiffres officiels, plus de la moitié des adultes argentins (57,9 %) sont en surpoids, dont 20 % sont considérés comme obèses. Chez les enfants et adolescents, ce taux atteint 42 %. Cette situation préoccupante est au centre des préoccupations des cardiologues réunis à Buenos Aires.
« L’obésité marque un tournant majeur dans l’état de santé général de la population, et en particulier en termes de risque cardiovasculaire, rénal, osseux, articulaire et de contrôle du diabète », explique le Dr Enrique Fairman, vice-président de la Fondation Cardiologique Argentine (FCA), l’organisme communautaire de la Société Argentine de Cardiologie (SAC), et chef de la section d’insuffisance cardiaque des cliniques Bazterrica et Santa Isabel. Il ajoute :
« Chez les patients obèses, la perte de poids modifie véritablement leur trajectoire de santé. »
Enrique Fairman, vice-président de la Fondation Cardiologique Argentine
Demain, Ana Salvati, présidente de la FCA, animera la première de deux conférences publiques et gratuites, accessibles à tous, à La Rural (avenue Sarmiento 2704). Les conférences auront lieu à 10h et 12h, chacune durant une heure et demie.
Le Dr Fairman insiste sur la nécessité de changer de regard sur l’obésité :
« Aujourd’hui, nous sommes clairs sur le fait que l’obésité est une maladie dont il est crucial de parler, car nous pouvons apporter une aide significative dans de nombreux domaines. Il est primordial d’éliminer le blâme et la stigmatisation. Il s’agit d’une maladie, pas d’un choix. »
Enrique Fairman, vice-président de la Fondation Cardiologique Argentine
Il souligne également l’importance d’une implication active de la population dans la gestion de sa propre santé.
La première conférence, de 10h à 11h30, sera consacrée aux liens entre l’obésité et le développement de maladies. Les organisateurs précisent qu’il ne s’agit pas d’une question de poids ou d’apparence physique, mais bien de santé. Ils exploreront les causes alimentaires, cérébrales, hormonales et génétiques, ainsi que les mécanismes liés à l’accumulation et à la répartition des graisses dans le corps.
La seconde conférence, de 12h à 13h30, réunira cinq spécialistes pour discuter des outils disponibles pour perdre du poids et réduire les risques associés à l’obésité.
Selon le Dr Fairman,
« L’obésité est de plus en plus considérée comme la cause première des maladies cardiaques. Bien qu’elle ne soit pas une maladie cardiovasculaire en soi, sa compréhension en tant que maladie, et non comme une faute, a radicalement changé notre approche. Nous cherchons désormais à comprendre comment nous pouvons aider grâce à toutes les stratégies utiles : activité physique, alimentation, soutien psychosocial et, si nécessaire, médicaments. Mais il est important de souligner que le traitement ne commence pas nécessairement par des médicaments. »
Enrique Fairman, vice-président de la Fondation Cardiologique Argentine
La première présentation abordera notamment la relation étroite entre l’obésité et l’insuffisance cardiaque, première cause de décès en Argentine, selon les dernières statistiques du ministère de la Santé. En 2023, un décès sur quatre était attribué aux maladies du système circulatoire, domaine d’expertise du Dr Fairman.
Parmi les deux types d’insuffisance cardiaque diagnostiqués, l’un est particulièrement fréquent chez les patients obèses qui se plaignent d’essoufflement (dyspnée), de fatigue, de palpitations et de rétention d’eau. Le Dr Fairman explique que dans le cas de l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, la graisse abdominale (viscérale) se dépose également autour du cœur, provoquant une inflammation qui affecte le cœur, les reins et le métabolisme.
« L’accumulation de graisse empêche les cellules adipeuses de se multiplier, ce qui les amène à se développer comme des ballons. Cela provoque une inflammation du péricarde [la membrane qui entoure le cœur], qui à son tour inflame le muscle cardiaque et restreint le remplissage du cœur avec du sang oxygéné provenant des poumons. Ces processus inflammatoires et de restriction cardiaque sont à l’origine du type d’insuffisance cardiaque le plus courant chez les patients obèses », résume le Dr Fairman.
Dans la population atteinte de ce diagnostic, environ une personne sur deux est obèse selon l’indice de masse corporelle (IMC), qui est en moyenne de 30 (un IMC inférieur à 25 indiquant un poids normal pour la taille). Cependant, si l’adiposité viscérale était mesurée en utilisant un indice qui prend en compte le rapport taille/tour de taille, plus de 90 % des personnes souffrant d’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée seraient considérées comme obèses. C’est une approche thérapeutique de plus en plus adoptée, selon le spécialiste.
Lors des deux conférences de demain à La Rural, les médecins de la FCA aborderont tous les aspects de la prise en charge de l’obésité, de la nutrition et de l’activité physique au soutien psychosocial, en passant par les options pharmacologiques et chirurgicales. Les organisateurs soulignent que, grâce à une prise en charge adaptée, « la majorité des patients peuvent réduire considérablement leur adiposité et, par conséquent, leur risque cardiovasculaire. »
« À la FCA », conclut le Dr Fairman, « nous nous engageons à impliquer activement le patient dans la lutte contre cette maladie. Cette activité gratuite du Congrès argentin de cardiologie, destinée aux patients, à leurs proches et à toute personne intéressée par cette pathologie, vise à sensibiliser, à proposer des solutions et, surtout, à donner la parole au patient. »
Pour aller plus loin
