Publié le 16 novembre 2023. Myriem Akheddiou, actrice belge discrète mais talentueuse, révèle toute l’étendue de son jeu dans le film On vous croit, un drame poignant sur l’inceste et la lutte pour la protection des victimes, couronné au Festival du film francophone de Namur.
- On vous croit a remporté le Bayard d’or et le prix d’interprétation au Festival international du film francophone de Namur.
- Le film aborde le sujet délicat de l’inceste et de la difficulté pour les victimes de trouver justice.
- Myriem Akheddiou, reconnue pour ses rôles secondaires, livre une performance magistrale dans le rôle d’une mère au bord du désespoir.
Myriem Akheddiou est une présence familière au cinéma et à la télévision, mais son nom reste relativement méconnu du grand public. Elle a multiplié les seconds rôles marquants, notamment chez les frères Dardenne, dans Titane, Palme d’or de Julia Ducournau, dans Rembrandt de Pierre Schoeller, et dans la série Invisible sur la RTBF. Pourtant, c’est dans On vous croit, d’Arnaud Dufeys et Charlotte Devillers, qu’elle s’impose véritablement, habitant chaque plan d’une intensité rare.
Le film, d’une durée d’1 heure et 18 minutes, dresse le portrait d’Alice, une mère de famille au bord de la rupture, confrontée à la terrible réalité de l’inceste commis par le père de ses enfants et à la lenteur de la justice. Face à l’inertie des institutions, Alice se bat avec acharnement pour protéger ses enfants. Le film se distingue par sa rigueur formelle – cadre resserré, unité de temps et de lieu, plans-séquences – qui sert un propos urgent : ouvrir un espace pour accueillir la parole des victimes et comprendre les problématiques liées aux abus sexuels, en privilégiant l’écoute autant que l’expression.
Le double couronnement du film et de son interprète au Fiff de Namur, après une mention spéciale à Berlin, confirme la force de l’œuvre et sa capacité à susciter l’émotion. Myriem Akheddiou se souvient de ses débuts : « Petite déjà, j’inventais des spectacles avec ma sœur. Le jeu, ça vient de l’enfance. Je crois que j’étais déjà actrice très petite. » Après une formation à l’académie puis au conservatoire, elle a exploré le théâtre pendant près de 20 ans avant de se tourner définitivement vers le cinéma et la télévision.
L’écoute plus que la parole
L’actrice explique que le théâtre, bien qu’enrichissant, lui procurait une sensation d’inconfort. « J’ai eu beaucoup de belles expériences, mais aussi quelques malheureuses, un peu frustrantes. Ça manquait de sens et ça provoquait parfois de la souffrance. Devant une caméra, je ne ressentais plus ça. » Elle a compris que l’amplification exigée par le théâtre lui semblait artificielle, tandis que le cinéma lui offrait un espace d’expression plus authentique.
Le travail sur On vous croit s’est appuyé sur la technique Meisner, qui vise à reconnecter l’acteur à ses propres émotions et à favoriser l’écoute et la réactivité face à ses partenaires. Une approche essentielle pour ce film où l’écoute est au cœur de la mise en scène, soulignant l’impact de l’institution sur la parole des victimes, une parole répétée à l’infini qui finit par s’épuiser. « Pour être juste au sein de ce dispositif, en tant que comédienne, il faut que l’écoute soit réelle », insiste Myriem Akheddiou. « Evidemment, ça aide quand on a de bons partenaires, qui mettent dans le mille à chaque fois. »
A bout de souffle
Le film se distingue par une scène particulièrement intense, qui occupe près de la moitié de sa durée – 47 minutes sur 78 – : une audience au tribunal où la mère, le père, leurs avocats et celui des enfants plaident leur cause devant la juge des affaires familiales. Cette scène a été tournée en plusieurs prises continues, sans coupure, et restituée à l’écran dans toute sa vérité. « Cette façon de faire apporte une vérité folle au jeu. Au bout de 47 minutes de prise, j’étais dans le même état d’épuisement que mon personnage, et ça, c’est un vrai cadeau pour une actrice. »
Myriem Akheddiou a dû investir pleinement son corps dans ce rôle exigeant. « La lecture de la première séquence du film a été une claque. J’aime ce niveau de tension. » Elle a même demandé un punching-ball pour canaliser son énergie et exprimer la souffrance de son personnage. « Mon personnage est essoufflé, physiquement, elle se débat, elle est à bout de force. » Elle a été abasourdie en découvrant les chiffres de l’inceste et le déni qui l’entoure, mais le propos du film et sa sincérité l’ont profondément animée. « Ce qui m’importe, c’est qu’un projet fasse battre mon cœur un peu plus fort. Je dois y croire, que ça résonne. »
Les autres sorties ciné de la semaine
Les Aigles de la République
Thriller de Saleh. Avec Fares Fares, Zeleb Triki, Lyna Khoudri. 2h09.
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George Fahmy, figure emblématique du cinéma égyptien, se retrouve malgré lui à incarner le président Abdel Fattah al-Sissi dans un biopic officiel produit par l’armée. Ce thriller d’espionnage, qui mêle comédie sociale, est le dernier volet d’une trilogie consacrée par le cinéaste suédois Tarik Saleh à son pays d’origine, où il est persona non grata.
AE
Bon garçon
Film d’horreur de Ben Leonberg. Avec Indy (le chien), Shane Jensen, Arielle Friedman. 1h13.
Aux tarifs Focus : 2,5/5


Bon garçon revisite le mythe de la maison hantée à travers le regard d’un chien, Indy, dont la prestation apporte un réalisme bluffant au film. Malgré une idée originale, le long métrage souffre de redondance et d’une dimension horrifique peu inspirée.
JDP
Au rythme de Vera
Comédie dramatique d’Ido Fluk. Avec Mala Emde, John Magaro, Michael Chernus. 1h56.
Aux tarifs Focus : 3,5/5


Au rythme de Vera s’intéresse à l’organisation du concert légendaire de Keith Jarrett à Cologne en 1975, en raison de l’impossibilité d’obtenir les droits de la musique. Le film célèbre le travail acharné des « petites mains » et le bouillonnement du jazz dans l’Allemagne des années 1970.
JDP
