Publié le 27 septembre 2025 à 10h49 (mis à jour à partir du 27 septembre 2025 à 07h42). L’Allemagne se dote d’un premier ministre virtuel basé sur l’intelligence artificielle, un avatar destiné à moderniser la communication gouvernementale et à lutter contre la désinformation, mais qui soulève déjà des questions sur l’impact de ces technologies sur la démocratie.
- Le gouvernement allemand a lancé “Weimota”, un avatar IA reproduisant le ministre de la Culture et des Médias, Wolfram Weimer.
- Cet avatar sera utilisé pour diffuser rapidement des messages politiques sur les réseaux sociaux et pour former les agents du ministère.
- “Weimota” a déjà critiqué TikTok et l’antisémitisme, appelant à la transparence et à la responsabilité des plateformes numériques.
Berlin a franchi une nouvelle étape dans l’utilisation de l’intelligence artificielle au service de l’État avec la présentation de “Weimota”, un avatar virtuel reproduisant à l’identique Wolfram Weimer, le ministre allemand de la Culture et des Médias. Développé par la Synthèse européenne de l’intelligence artificielle, cet outil innovant vise à moderniser la communication gouvernementale et à renforcer la présence de l’Allemagne sur la scène numérique.
Selon le gouvernement fédéral, “Weimota” aura une double fonction. Il permettra d’une part de diffuser rapidement des messages politiques sur les plateformes sociales, en plusieurs langues, et d’autre part de produire des vidéos de formation pour les agents du ministère, facilitant ainsi la mise à jour des contenus et leur diffusion. L’objectif affiché est de réduire la charge administrative tout en améliorant l’efficacité de la communication gouvernementale.
Dans sa première vidéo, publiée le 24 septembre, “Weimota” s’est présenté comme un outil politique capable de s’exprimer dans des centaines de langues, et non comme une “pseudo-technologie profonde” (deepfake). Il a ensuite pris position sur des sujets d’actualité, critiquant notamment TikTok pour ses effets potentiellement néfastes sur les adolescents.
« L’algorithme de TikTok enferme les adolescents dans un “vortex soporifique” et propage des tendances dangereuses et une esthétique déformée. »
Weimota (avatar IA du ministre allemand de la Culture et des Médias)
L’avatar a également souligné la nécessité pour les plateformes numériques de respecter les normes de transparence, de responsabilité et de protection des jeunes en Europe, et de contribuer à la liberté d’expression et à la diversité. Il a par ailleurs condamné l’annulation de concerts d’artistes israéliens lors d’un festival de musique en Belgique, dénonçant l’antisémitisme comme un phénomène inacceptable sur la scène européenne. Enfin, il a appelé au soutien des médias publics européens afin de lutter contre la désinformation et de préserver l’autonomie culturelle du continent.
L’Allemagne n’est pas le seul pays à expérimenter avec des fonctionnaires virtuels. L’Ukraine a ainsi lancé Viktoria Shi, une porte-parole virtuelle basée sur l’IA, pour communiquer avec la communauté internationale. Le Premier ministre albanais a quant à lui nommé le chatbot Diella “ministre des marchés publics” afin de gérer les appels d’offres nationaux et de réduire les risques de corruption.
Cependant, cette nouvelle approche soulève des inquiétudes. Le Süddeutsche Zeitung (SZ) met en garde contre un “effet d’accoutumance”. Selon le quotidien, le véritable danger n’est pas tant le contenu potentiellement problématique diffusé par ces avatars, mais l’acceptation progressive de leur présence dans la sphère publique.
Les critiques craignent que cette banalisation ne floute la frontière entre le réel et le numérique, et ne conduise à une automatisation de la démocratie, où les décisions seraient progressivement transférées à la technologie, affaiblissant ainsi le rôle du Parlement et du débat public.
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