Publié le 16 décembre 2025 07:40:00. L’armée ukrainienne a déjoué l’un des atouts les plus vantés de la Russie, son missile hypersonique Dagger, en utilisant une méthode de guerre électronique inattendue et à faible coût. Cette réussite démontre l’importance croissante de l’innovation tactique et de la guerre asymétrique dans le conflit actuel.
- L’unité ukrainienne “Night Watch” a intercepté 19 missiles Dagger en deux semaines grâce à un système de brouillage appelé “Lima EW”.
- Le système Lima exploite la vitesse hypersonique du missile Dagger, la transformant en sa principale vulnérabilité.
- La Russie tente de contrer le système Lima en augmentant le nombre de récepteurs de navigation sur ses missiles, une approche jugée inefficace par les experts ukrainiens.
En mars 2018, le président russe Vladimir Poutine avait présenté avec faste le missile hypersonique Dagger (Kh-47M2 Kinzhal), vantant sa capacité à contourner les défenses aériennes traditionnelles. Le président américain Joe Biden avait même reconnu la difficulté d’intercepter cette arme. Pourtant, au cœur des combats en Ukraine, une unité de guerre électronique ukrainienne, surnommée “Night Watch”, a réussi à neutraliser ce missile sophistiqué grâce à une technique aussi ingénieuse qu’ironique.
Il ne s’agit pas d’un simple affrontement matériel, mais d’une illustration frappante de la guerre électronique moderne. “Night Watch” a utilisé un système de brouillage baptisé “Lima EW” pour intercepter 19 missiles Dagger en l’espace de deux semaines. L’astuce réside dans l’exploitation de la caractéristique même qui rendait le Dagger si redoutable : sa vitesse hypersonique, supérieure à Mach 5 (environ 6 174 km/h).
La conception du missile Dagger repose sur cette vitesse extrême, qui complique considérablement son suivi par les systèmes de défense aérienne classiques. Cependant, “Night Watch” a découvert que cette vitesse constituait également son point faible majeur. Le principe de fonctionnement du système Lima ne repose pas sur une destruction physique, mais sur une usurpation de signal. Le système émet de puissantes ondes d’interférence pour couper la communication entre le missile et le système de navigation par satellite russe GLONASS. Une fois la connexion interrompue, Lima injecte immédiatement de fausses coordonnées au missile.
À plusieurs reprises, ces faux signaux ont induit le missile Dagger en erreur, lui faisant croire qu’il se trouvait dans la capitale péruvienne, Lima. Un missile voyageant à une vitesse supersonique, et soudainement informé d’une position à l’autre bout du monde, déclenche alors son mécanisme de correction automatique. Il tente d’effectuer des corrections de trajectoire brutales à grande vitesse, soumettant le corps du missile à des forces G dépassant ses limites de conception. Les conséquences sont généralement fatales : soit le missile se désintègre en vol sous l’effet d’une surcharge structurelle, soit il s’écrase de manière incontrôlable.
Cette guerre électronique prend également une dimension psychologique. Les membres de “Night Watch” ont révélé que les signaux de brouillage qu’ils émettent ne sont pas du simple bruit aléatoire. Ils convertissent la chanson nationaliste ukrainienne “Notre père est Bandera, l’Ukraine est notre mère !” en code binaire et l’injectent de force dans le récepteur de navigation de l’armée russe.
Cette opération est à la fois une parodie de la propagande russe et une démonstration de la flexibilité de la radio définie par logiciel (SDR) dans la guerre moderne. Passant d’une organisation civile bénévole au début du conflit à une force de défense clé, “Night Watch” prouve que la combinaison de l’ingéniosité des hackers et de l’innovation tactique peut produire des résultats surprenants.
Face à la menace du système Lima, la réponse de l’industrie militaro-russe apparaît relativement conventionnelle. L’analyse des débris de missiles récupérés auprès de l’armée ukrainienne a révélé que la Russie a tenté de contrer les interférences en augmentant le nombre de récepteurs de navigation, passant de quatre à huit, et plus récemment, à seize. Cependant, “Night Watch” souligne que cette approche est fondamentalement erronée. Le système Lima ne cible pas un récepteur spécifique, mais crée un “champ de blocage global” sur toute la bande de fréquences. Quel que soit le nombre de récepteurs dont est équipé le missile, il sera neutralisé dès qu’il pénétrera dans cette zone d’interférence.
D’un point de vue économique, cette situation représente une victoire asymétrique considérable. Le coût d’un missile Dagger est estimé entre 4,5 et 15 millions de dollars. La perte de 19 missiles en deux semaines représente donc un préjudice de plus de 85 millions de dollars pour l’armée russe. À titre de comparaison, bien que le système Patriot puisse également intercepter des missiles, le coût d’un seul tir peut atteindre 4 millions de dollars. Le système Lima, quant à lui, ne consomme que de l’énergie et des signaux électroniques, son coût étant presque négligeable.
(Source de la première photo : kremlin.ru, CC BY 4.0 via Wikimedia Commons)
