Publié le 24 octobre 2023 08h55. Le sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) qui se tient ce week-end à Kuala Lumpur s’annonce crucial, coïncidant avec des négociations commerciales tendues entre les États-Unis et la Chine et marquant une étape importante de la tournée asiatique du président américain Donald Trump.
- L’ASEAN entend promouvoir le multilatéralisme commercial et renforcer ses partenariats, tout en gérant les conséquences des mesures protectionnistes américaines.
- Timor oriental rejoindra officiellement l’organisation en tant que 11e membre.
- Des progrès sont attendus vers un cessez-le-feu entre la Thaïlande et le Cambodge, avec la possible présence de Donald Trump lors de la signature.
Kuala Lumpur accueille ce week-end les dirigeants de plusieurs nations pour le sommet annuel de l’ASEAN, un événement qui prend une dimension particulière dans le contexte des tensions commerciales internationales. L’organisation, qui regroupe Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, le Vietnam et désormais Timor oriental, entend affirmer son rôle de promoteur du commerce multilatéral et diversifier ses alliances économiques.
L’arrivée du président américain Donald Trump dimanche à Kuala Lumpur, en début d’une tournée de cinq jours qui l’emmènera également au Japon et en Corée du Sud, souligne l’importance stratégique de cette rencontre. Washington cherche à consolider ses relations diplomatiques dans la région, alors que les négociations avec la Chine s’intensifient en vue d’éviter une escalade de la guerre commerciale avant la rencontre prévue entre Trump et le président chinois Xi Jinping en Corée du Sud la semaine prochaine.
Outre Donald Trump et Li Qiang, représentant la Chine, le sommet devrait réunir des personnalités de premier plan telles que le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa et la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim, hôte de l’événement, a souligné l’importance de cette réunion pour la Malaisie et l’ASEAN :
« Cela représente une nouvelle orientation stratégique pour la Malaisie et l’ASEAN dans l’expansion des relations diplomatiques et commerciales avec d’autres régions, notamment l’Afrique et l’Amérique latine. »
Anwar Ibrahim, Premier ministre malaisien
L’adhésion de Timor oriental à l’ASEAN, officialisée dimanche, est perçue comme une victoire politique pour l’un des pays les plus pauvres du monde, bien que les retombées économiques concrètes restent incertaines selon les analystes.
Cependant, l’unité de l’ASEAN est mise à l’épreuve par des conflits internes. Les récentes tensions frontalières entre la Thaïlande et le Cambodge ont dégénéré en affrontements meurtriers en juillet, faisant des dizaines de victimes et déplaçant près de 300 000 personnes. La Malaisie a joué un rôle clé dans l’obtention d’un premier cessez-le-feu, avec le soutien des appels de Donald Trump aux dirigeants des deux pays.
Le ministre thaïlandais de la Défense, Natthaphon Narkphanit, a indiqué cette semaine que des « progrès significatifs » avaient été réalisés vers un accord de cessez-le-feu plus large, impliquant le retrait de mines et d’artillerie lourde des zones frontalières. La signature de cet accord est envisagée dimanche en présence de Donald Trump, selon des sources malaisiennes.
La situation au Myanmar constitue un autre défi majeur pour l’ASEAN. L’organisation peine à trouver une solution à la guerre civile qui ravage le pays depuis le coup d’État militaire de 2021. Malgré les appels répétés à la désescalade, les combats se poursuivent et l’ASEAN n’a pas réussi à convaincre les militaires au pouvoir d’adhérer à un plan de paix qu’elle avait initialement approuvé.
Les ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN devraient discuter vendredi de la possibilité d’envoyer des observateurs régionaux aux élections générales au Myanmar, prévues en décembre. Ces élections sont toutefois largement critiquées et considérées par beaucoup comme une tentative de légitimer le régime militaire.
Donald Trump sera accompagné lors de sa tournée asiatique de hauts responsables américains, dont le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le représentant au Commerce Jamieson Greer. Scott Bessent et Jamieson Greer devraient rencontrer des représentants chinois en Malaisie pour tenter de résoudre les différends commerciaux avant la rencontre Trump-Xi, notamment après la décision de Pékin d’étendre les restrictions sur les exportations de terres rares. Des discussions avec le vice-Premier ministre chinois He Lifeng sont prévues jusqu’au 27 octobre.
Donald Trump a exprimé son espoir de parvenir à des accords avec Xi Jinping, allant de la reprise des achats de soja par la Chine à la limitation des armes nucléaires.
Une rencontre entre Donald Trump et le président brésilien Lula est également envisagée en Malaisie, alors que Rio de Janeiro cherche à obtenir une réduction des droits de douane américains sur ses produits. Les droits de douane imposés par Washington devraient être au cœur des discussions lors du sommet de l’ASEAN, avec une réunion conjointe inédite des ministres des Affaires étrangères et de l’Économie des pays membres samedi.
Les États-Unis ont imposé des droits de douane allant de 10 à 40 pour cent sur les importations en provenance d’Asie du Sud-Est, la plupart des pays de l’ASEAN étant soumis à un taux de 19 pour cent. Les pays de la région chercheront à formaliser des accords commerciaux avec les États-Unis en présence de Donald Trump, ont indiqué des responsables malaisiens.
La Malaisie accueillera également une réunion des dirigeants du Partenariat économique régional global (RCEP), le plus grand bloc commercial du monde, en marge du sommet de l’ASEAN. Le RCEP, qui comprend tous les membres de l’ASEAN ainsi que la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, est présenté par certains comme une alternative potentielle aux droits de douane américains, mais il est considéré comme moins ambitieux que d’autres accords commerciaux régionaux en raison des intérêts divergents de ses membres.
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