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L’ASEAN mène la réponse à la menace de désordre économique mondial

Publié le 29 octobre 2025 14h28. Face à une vague de protectionnisme mondial, l'ASEAN, sous la présidence de la Malaisie, se positionne comme un rempart pour le commerce multilatéral, notamment en misant sur le Partenariat économique régional global…

L’ASEAN mène la réponse à la menace de désordre économique mondial

Publié le 29 octobre 2025 14h28. Face à une vague de protectionnisme mondial, l’ASEAN, sous la présidence de la Malaisie, se positionne comme un rempart pour le commerce multilatéral, notamment en misant sur le Partenariat économique régional global (RCEP). L’organisation régionale cherche à coordonner une réponse face aux tarifs douaniers américains qui menacent la prospérité économique de l’Asie du Sud-Est.

  • L’ASEAN a réaffirmé son engagement envers un système commercial multilatéral ouvert et fondé sur des règles, malgré les pressions pour protéger les industries locales.
  • La Malaisie et l’Indonésie jouent un rôle de premier plan dans la coordination de la réponse régionale, notamment via un groupe de travail géoéconomique.
  • Des modélisations économiques prévoient des impacts significatifs sur le PIB et l’emploi en Asie du Sud-Est en cas d’escalade de la guerre commerciale.

La Malaisie, assurant actuellement la présidence de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), se trouve au cœur d’une crise économique mondiale croissante. L’organisation régionale est confrontée à une montée du protectionnisme, symbolisée par les tarifs douaniers imposés par les États-Unis, qui mettent en péril la prospérité et la sécurité de la région. La réponse de l’ASEAN, jusqu’à présent, est saluée comme un modèle de leadership face à ces défis.

Le 2 avril 2025, l’administration américaine a mis en place des tarifs douaniers qualifiés de punitifs, lors d’une journée baptisée « Jour de la Libération ». Ces mesures frappent de manière disproportionnée les membres de l’ASEAN et projettent une ombre sur les perspectives de croissance économique mondiale. Parallèlement, le président américain Donald Trump a exercé des pressions sur la Malaisie pour qu’elle signe un accord sur les tarifs réciproques, susceptible de compromettre les principes de coopération et de traitement de la nation la plus favorisée qui sont au fondement de l’ASEAN et de l’ordre économique international.

Malgré les appels à des mesures de rétorsion, les principales économies de l’ASEAN ont opté pour une réponse coordonnée et mesurée, privilégiant l’ouverture et les réformes. Cette approche, bien que soumise à des pressions politiques internes pour protéger les industries locales face à un afflux d’exportations chinoises détournées du marché américain, témoigne d’une vision stratégique à long terme.

Dès février 2025, lors d’une retraite des ministres de l’économie de l’ASEAN, un groupe de travail géoéconomique a été créé pour suivre l’évolution de la situation et coordonner les réponses collectives. Coprésidé par l’Indonésie et la Malaisie, ce groupe plaide pour une réponse affirmée de l’ASEAN, soulignant l’importance d’un système commercial multilatéral ouvert et fondé sur des règles, et s’opposant à une logique de chacun pour soi.

Le 10 avril, les ministres de l’économie de l’ASEAN se sont réunis pour dénoncer les tarifs douaniers américains et réaffirmer leur soutien à l’Organisation mondiale du commerce et au système commercial multilatéral. Cette réaction souligne la prise de conscience de l’interdépendance entre les sphères économique et sécuritaire.

Le Premier ministre malaisien, Anwar Ibrahim, a souligné lors de la 58ème réunion des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN, le 9 juillet, la nécessité d’un alignement plus étroit entre les politiques étrangères et économiques de l’ASEAN. Il a déclaré :

« Les défis auxquels nous sommes confrontés ne respectent pas les fiefs bureaucratiques. Nos réponses non plus. »

Cette coordination entre les piliers économique et sécuritaire de l’ASEAN est une première.

Les institutions et le leadership politique de l’ASEAN ont démontré à plusieurs reprises leur capacité à prendre des mesures décisives en temps de crise. La réponse actuelle, menée par la Malaisie et l’Indonésie, est motivée par la volonté de préserver les ambitions de développement, la prospérité et la sécurité politique de la région.

Des modélisations économiques réalisées par le Bureau de recherche économique de l’Asie de l’Est et le Centre d’études stratégiques et internationales estiment que les tarifs du « Jour de la Libération » pourraient réduire le PIB de l’Asie du Sud-Est de 2,3 % et l’emploi de 5,9 %. Une escalade de la guerre commerciale, avec une augmentation de 15 % des droits de douane, pourrait entraîner une baisse du PIB de 11,1 % et une perte de 25 % des emplois, ce qui constituerait un coup dur pour la région.

Pour contrer ces risques, l’ASEAN mise sur le Partenariat économique régional global (RCEP). La Malaisie et l’Indonésie ont pris l’initiative de convoquer une réunion des dirigeants du RCEP le 27 octobre 2025, afin d’affirmer le rôle de cet accord comme un pilier de la coopération régionale et un rempart contre le protectionnisme. Le RCEP permet à l’ASEAN de projeter et de protéger ses intérêts multilatéraux.

La mise en œuvre complète des engagements pris dans le cadre du RCEP, qui représente environ 30 % du PIB mondial, pourrait constituer une force stabilisatrice. Les modélisations suggèrent qu’une telle approche permettrait à l’ASEAN de connaître une croissance du PIB de 1,9 % et une augmentation de l’emploi de 2,1 %, soit une différence de 13 points de pourcentage par rapport à un scénario de contagion tarifaire.

L’ASEAN doit également naviguer avec prudence dans les négociations avec les États-Unis, en évitant les concessions discriminatoires qui pourraient fragmenter davantage le système commercial mondial. Il est risqué d’exacerber la fragmentation par des concessions discriminatoires. La Malaisie et le Cambodge ont déjà signé des accords commerciaux bilatéraux avec les États-Unis, tandis que la Thaïlande a accepté un accord-cadre, suscitant des inquiétudes quant à l’égalité de traitement.

En maintenant ses économies ouvertes et en s’engageant en faveur du multilatéralisme, l’ASEAN peut contribuer à ancrer les résultats de la coopération au-delà de l’Asie du Sud-Est et à promouvoir un ordre économique mondial fondé sur des règles.

Republié à partir de Forum Asie de l’Est, le 26 octobre 2025.

Les opinions exprimées dans cet article peuvent ou non refléter celles de Pearls and Irritations.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.