Publié le 28 décembre 2025 à 00h01. Des documents d’État récemment déclassifiés révèlent les préoccupations du gouvernement irlandais face à un acte d’antisémitisme survenu en 1995 dans le comté de Limerick, ainsi que les hésitations diplomatiques concernant l’établissement de relations officielles avec Israël.
- Un cimetière juif a été vandalisé à Limerick en septembre 1995, avec des inscriptions antisémites et des dégradations matérielles.
- L’ouverture de l’ambassade israélienne à Dublin, intervenue en janvier 1996, a été retardée par des craintes de représailles commerciales et sécuritaires de la part des pays arabes.
- Des archives témoignent des efforts du musée juif irlandais pour obtenir des documents gouvernementaux sur l’accueil de réfugiés juifs en Irlande.
L’attaque contre le cimetière juif de Limerick, survenue le 1er septembre 1995, a suscité l’inquiétude des autorités irlandaises. Selon des documents d’État rendus publics, une croix gammée bleue a été peinte sur une porte du cimetière, et d’autres dégradations ont été constatées, notamment une porte brisée, un pupitre de prière renversé et une partie d’un mur d’enceinte endommagée. L’incident a été rapporté par le Jewish Chronicle, un journal britannique, qui a souligné son caractère particulièrement choquant.
Cette profanation s’est produite peu après une visite de l’ambassadeur d’Israël en Irlande, Zvi Gabay, dans la ville de Limerick. Il était venu promouvoir les « Cérémonies des 3 000 de Jérusalem », une célébration de seize mois marquant le 3 000e anniversaire de l’accession de David au trône d’Israël. L’attaque a ravivé le souvenir d’un autre épisode antisémite majeur survenu en Irlande au XXe siècle : un boycott des commerces juifs et une émeute anti-juive à Limerick en 1904.
Avi Winchester, l’auteur d’un rapport sur l’incident, a interpellé les attachés de presse de l’ambassade britannique en Irlande, demandant des informations sur les mesures prises par les autorités irlandaises. Le ministère irlandais des Affaires étrangères a confirmé que le terrain du cimetière était désormais sous la responsabilité du conseil du comté de Limerick, en vertu d’un accord conclu avec le grand rabbin irlandais de l’époque, Ephraim Mirvis.
Parallèlement à ces événements, le gouvernement irlandais avait récemment approuvé une subvention de 10 000 IRL (environ 12 700 € au taux de change actuel) pour le musée juif irlandais de Portobello, à Dublin. Ruairi Quinn, alors membre du conseil d’administration du musée et futur chef du Parti travailliste, avait activement milité pour obtenir ce soutien financier. Le musée avait notamment sollicité l’accès aux archives gouvernementales concernant l’accueil de réfugiés juifs avant et après la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu’à des informations sur les abatteurs rituels de viande qui avaient émigré en Irlande pour soutenir la communauté juive locale.
James Brennan, de l’unité d’organisation du département, a fait part de l’avis favorable du ministère à la divulgation de ces documents au musée, soulignant l’importance de maintenir et d’améliorer les pratiques en matière d’accès aux archives, conformément à la législation en cours d’élaboration. Il a précisé que certains documents avaient déjà été localisés et que des recherches étaient en cours pour en trouver d’autres. Le ministère de la Justice, quant à lui, a indiqué ne pas disposer de dossiers concernant la migration juive vers l’Irlande, précisant que les archives anciennes avaient été transférées aux Archives nationales.
Enfin, les documents déclassifiés mettent en lumière les hésitations du gouvernement irlandais concernant l’ouverture d’une ambassade israélienne à Dublin. L’ambassade a finalement ouvert ses portes en janvier 1996, mais seulement après avoir surmonté des craintes liées à une potentielle « réaction négative » des pays arabes, qui entretenaient des relations commerciales bien plus importantes avec l’Irlande qu’avec Israël. Une note de 1990 soulignait que le commerce irlandais avec les pays arabes était environ dix fois supérieur à celui avec Israël et reposait principalement sur des industries locales. Les « implications en matière de sécurité », notamment les coûts de surveillance et de protection de l’ambassade, ont également été considérés comme un facteur déterminant.
En 1992, on estimait que la sécurité de l’ambassade pourrait coûter jusqu’à 700 000 IRL par an. Des préoccupations similaires ont également été évoquées pour expliquer pourquoi une visite d’État du président irlandais en Israël n’a jamais eu lieu. En 1985, le président israélien Chaim Herzog avait effectué une visite d’État en Irlande, et il avait été envisagé que la présidente Mary Robinson effectue une visite de retour avant la fin de son mandat en 1993. Cependant, un rapport de 1992 mettait en garde contre le risque de mécontentement du monde arabe si une telle visite avait eu lieu.



[Basé sur les documents 2025/115/932, 2025/124/352 et 2025/124/345]
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