Publié le 11 janvier 2026 à 07h00. Lors d’un sommet à Paris, la Coalition des volontaires, regroupant 35 pays, a réaffirmé son engagement à soutenir l’Ukraine, mais les promesses concrètes d’aide militaire et de déploiement de troupes restent floues, malgré l’implication américaine.
- La Déclaration de Paris, issue du sommet, confirme le soutien à des garanties de sécurité juridiquement contraignantes pour l’Ukraine.
- Les États-Unis, représentés par Steve Witkoff et Jared Kushner, ont promis des garanties de sécurité « les plus solides jamais vues » en cas de nouvelle attaque russe.
- L’absence de détails précis sur les contributions militaires de chaque pays, notamment le nombre de troupes, tempère l’enthousiasme suscité par le sommet.
Le sommet de la Coalition des volontaires, qui s’est tenu mardi dernier à Paris, avait pour objectif de traduire en « engagements concrets » les promesses de soutien à l’Ukraine formulées par le président français Emmanuel Macron lors de ses vœux du Nouvel An. Créée en mars dernier à l’initiative du Royaume-Uni et de la France, cette coalition, forte de 35 membres, s’était réunie à 14 reprises auparavant, sans parvenir à définir précisément les modalités d’une future force multinationale de réassurance en cas de cessez-le-feu.
Si ces réunions précédentes avaient permis d’exprimer un fort soutien à Kiev, elles n’avaient pas abouti à des engagements chiffrés concernant les effectifs et les ressources que chaque pays serait prêt à consacrer à une telle force. L’Irlande, membre de la Coalition, avait déjà indiqué par l’intermédiaire de son Taoiseach, Micheál Martin, être disposée à déployer des Casques bleus irlandais en Ukraine dans le cadre d’une éventuelle mission mandatée par les Nations Unies.
La Déclaration de Paris, publiée mardi soir, constitue donc une affirmation ferme de l’engagement de la Coalition en faveur de garanties de sécurité juridiquement contraignantes pour l’Ukraine. Elle reprend en grande partie les objectifs déjà connus, mais les formule de manière plus précise en cinq points : soutien à un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu piloté par les États-Unis, soutien à l’armée ukrainienne à court et à long terme, engagements contraignants en cas d’agression russe future, et soutien à l’industrie de défense ukrainienne.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a salué de « bons progrès », mais l’absence de détails sur l’ampleur des contributions en troupes de chaque pays a laissé un sentiment d’inachevé. Si 26 pays de la Coalition se sont engagés à fournir du personnel aux éléments terrestres, maritimes ou aériens d’une future mission, peu d’entre eux ont précisé s’ils seraient prêts à déployer des troupes sur le sol ukrainien.
L’implication des États-Unis, avec la présence de Steve Witkoff et Jared Kushner, chargés par l’ancien président Donald Trump de convaincre la Russie d’accepter un cessez-le-feu, a été perçue comme un signal positif pour l’architecture de sécurité future de l’Ukraine et de l’Europe. La présence du plus haut commandant militaire américain en Europe, Alexus Grynkewich, a également été remarquée.
« La déclaration et le sommet ont démontré en substance que les Européens, mais aussi en coopération avec les Américains, se rapprochent d’une ligne vraiment commune sur l’Ukraine. »
Piotr Buras, directeur du bureau de Varsovie du Conseil européen des relations étrangères
Cependant, Piotr Buras nuance cet optimisme : « Mais cela ne signifie pas que tout ce sur quoi ils se sont mis d’accord sera mis en pratique, car tout cela dépend de la volonté de la Russie de signer un accord. »
Le projet de la Coalition de déployer une force de surveillance européenne en Ukraine repose en effet sur la conclusion d’un accord de cessez-le-feu, une perspective qui semble lointaine compte tenu de la position actuelle de Moscou. La Russie a d’ailleurs averti cette semaine les membres européens de l’OTAN qu’elle considérerait leurs troupes comme des cibles légitimes si elles étaient déployées en Ukraine.
L’escalade de la tension s’est manifestée vendredi matin avec le tir par Moscou d’un missile Oreshnik sur des infrastructures énergétiques dans la région de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, à seulement 70 km de la frontière polonaise. Le Kremlin justifie ce tir, qui utilise un missile hypersonique capable d’emporter une charge nucléaire, par une prétendue attaque de drone visant la résidence du président russe Vladimir Poutine près de Moscou fin décembre. Des accusations rejetées par les autorités ukrainiennes, qui exigent des preuves, et par l’ancien président américain Donald Trump, qui se dit sceptique quant à la version russe des faits.

Selon Igor Gretskiy, analyste de la politique étrangère russe au Centre international pour la défense et la sécurité d’Estonie, « Chaque fois que l’Ukraine, les États-Unis et l’Europe sont proches d’un accord sur un plan préliminaire, la Russie fait quelque chose pour faire échouer tout le processus. Ils tentent de faire encore monter les enchères afin de détruire les résultats des contacts diplomatiques entre ces trois parties. »
En savoir plus: Qu’est-ce que le missile russe Oreshnik et pourquoi l’utiliser maintenant ?
Lors de la conférence de presse de Paris, les engagements les plus fermes en faveur de la sécurité future de l’Ukraine sont venus des dirigeants britannique et français, qui se sont engagés à établir des centres militaires en Ukraine en cas de cessez-le-feu, et à construire des installations de protection pour le matériel militaire ukrainien. Les États-Unis, par l’intermédiaire de M. Witkoff et M. Kushner, ont offert des garanties de sécurité en cas de nouvelle attaque russe, qualifiées de « les plus solides jamais vues ».

Ces garanties incluent une surveillance du cessez-le-feu par satellite, mais restent floues quant à la nature de l’intervention américaine en cas de violation. L’armée américaine pourrait-elle frapper des cibles russes en Ukraine ou même en Russie ? La question reste sans réponse, bien que le président Zelensky ait annoncé vendredi que les détails de ces garanties américaines seraient finalisés prochainement.
« Le président Trump soutient pleinement ces garanties de sécurité. Elles visent à prévenir et à repousser toute nouvelle attaque contre l’Ukraine. Si de telles attaques devaient se reproduire, nous sommes prêts à défendre notre position. »
Steve Witkoff
Cependant, la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine souligne que les États-Unis n’ont aucun intérêt à s’engager dans un conflit avec une puissance nucléaire, ce qui rend peu probable un affrontement direct avec les forces russes en cas de rupture du cessez-le-feu. Igor Gretskiy estime que « Les États-Unis tentent d’amener l’Ukraine à accepter le soi-disant accord américain, et Washington pourrait alors réfléchir à son engagement. »
Jared Kushner a adopté un ton plus prudent que Steve Witkoff, sans pour autant faire référence explicite à la Russie. Il a souligné la nécessité d’un mécanisme clair pour réagir en cas de violation d’un éventuel accord de paix, afin de garantir qu’une telle attaque ne puisse plus se reproduire. Ses propos rejoignent ceux d’autres responsables de l’administration Trump, qui se présentent comme des médiateurs neutres dans ce conflit.
L’Allemagne a fait un pas vers un engagement militaire plus important, le chancelier Friedrich Merz évoquant le déploiement de troupes allemandes dans un pays voisin de l’OTAN, comme la Pologne, dans un rôle de soutien. Une telle décision nécessiterait l’approbation du Bundestag, mais pourrait être adoptée malgré l’opposition de l’AfD, parti d’extrême droite.

La Pologne, quant à elle, maintient sa position initiale : elle ne déploiera pas de troupes en Ukraine, mais continuera à servir de plateforme logistique pour l’acheminement de l’aide et du matériel militaire.
La sécurité future de l’Ukraine dépendra donc de la capacité de la Coalition à déployer une force de surveillance suffisamment importante, estimée entre 50 000 et 100 000 soldats, dans le centre et l’est du pays. Si le Royaume-Uni et la France pourraient raisonnablement contribuer avec des effectifs significatifs, l’absence d’engagements fermes de l’Allemagne, de la Pologne et de l’Italie laisse planer un doute sur la faisabilité d’une telle mission. L’Espagne et la Turquie ont exprimé leur intérêt à fournir des troupes, mais leur contribution reste à déterminer.
Enfin, comme le souligne Piotr Buras, un cessez-le-feu est une condition préalable à toute discussion sérieuse sur les garanties de sécurité de l’Ukraine, et pourrait forcer les pays de la Coalition à revoir leurs positions respectives.
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