Publié le 2025-12-01 22:43:00. La Chine se positionne comme un acteur majeur de la transition énergétique et de la révolution de l’intelligence artificielle, mais sa pérennité économique dépendra de sa capacité à surmonter des défis démographiques et structurels croissants.
- La Chine domine la fabrication mondiale des technologies propres, contrôlant une part importante de la production de panneaux solaires, d’éoliennes et de batteries.
- Le pays s’est également imposé comme un acteur clé dans l’extraction et le raffinage des terres rares, indispensables à de nombreuses industries de haute technologie.
- Des défis démographiques et immobiliers pourraient freiner la croissance économique chinoise et remettre en question son modèle de développement.
La Chine est en pleine mutation. L’ancien « atelier du monde » se transforme rapidement en une puissance électrique, une économie de plus en plus axée sur les énergies propres, l’intelligence artificielle, la fabrication de pointe et le contrôle des matières premières stratégiques. Cette évolution offre des perspectives prometteuses, mais elle est également confrontée à des obstacles majeurs.
Pékin s’est imposé comme le leader incontesté de la fabrication de technologies vertes. Le pays contrôle environ 60 % de la capacité mondiale de production d’équipements solaires, éoliens et de batteries, et plus de 80 % de la production mondiale de modules photovoltaïques. Cette domination a contribué à une baisse significative des coûts : les prix des modules solaires ont par exemple diminué d’environ 80 % au cours de la dernière décennie, selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables.
Renforçant cette position, la Chine a également pris le contrôle de l’approvisionnement en minéraux de terres rares – des éléments essentiels à la fabrication d’une large gamme de produits de haute technologie, tels que les véhicules électriques, les éoliennes et les capteurs compatibles avec l’IA. Le pays contrôle aujourd’hui entre 40 et 50 % des réserves mondiales de terres rares et près de 70 % de leur production et de leur raffinage, d’après les données du service géologique américain.
Les investissements massifs de la Chine dans l’innovation, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, commencent à porter leurs fruits. Le pays compte désormais plus de la moitié des chercheurs mondiaux en IA et réalise environ 70 % des brevets déposés dans ce domaine. La Chine figure également parmi les dix premiers pays dans les principaux indices mondiaux de l’innovation, comme celui publié par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle.
Cet ensemble de facteurs représente un exploit stratégique remarquable. Chaque aspect de la transition économique mondiale en cours – de la fourniture des matières premières essentielles à la fabrication de biens de haute technologie, en passant par la conception et le financement de nouveaux systèmes industriels et énergétiques – dépend désormais largement de la Chine. Que ce soient les États-Unis cherchant à s’approvisionner en terres rares ou les pays en développement ayant besoin d’infrastructures d’énergie propre, tous se tournent vers Pékin.
Cependant, cette puissance chinoise s’accompagne d’une dépendance à la demande extérieure que le pays cherche à dépasser. Dans un contexte de montée du protectionnisme et de préoccupations croissantes en matière de sécurité nationale, qui conduisent à une reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales – souvent au détriment des fournisseurs chinois – cette dépendance pourrait s’avérer être une vulnérabilité majeure.
La crise démographique imminente en Chine constitue un risque supplémentaire. La population active diminue, le taux de dépendance des personnes âgées augmente et le taux de fécondité est tombé en dessous du seuil de remplacement. Une diminution du nombre de travailleurs pourrait ralentir la croissance des revenus et de la consommation, compromettant ainsi les efforts du gouvernement visant à orienter l’économie vers un modèle de croissance tiré par la demande intérieure.
La situation récente dans le secteur immobilier chinois n’arrange rien. Au cours des dernières décennies, les prix de l’immobilier ont grimpé en flèche, en raison de facteurs tels que l’urbanisation rapide, la dépendance des collectivités locales à la vente de terrains pour générer des revenus et des anticipations de croissance forte. L’immobilier est ainsi devenu le principal moteur de l’accumulation de richesse des ménages chinois.
Mais la combinaison d’une faible demande, d’une surcapacité et d’un endettement élevé a provoqué l’effondrement du secteur immobilier, détruisant la richesse des ménages et érodant la confiance des consommateurs. Cette baisse des prix pourrait avoir entraîné une diminution des dépenses des ménages de plus de 3 000 milliards de yuans (424 milliards de dollars) depuis 2021, selon Allianz. À cela s’ajoutent un ralentissement de la croissance de la productivité et un taux de chômage élevé chez les jeunes (environ 17,5 % pour les 16-24 ans), ce qui pourrait rendre difficile le rôle de la classe moyenne chinoise comme base de consommateurs et moteur d’innovation.
La Chine est donc à un tournant. Elle a mis en place les éléments d’une économie industrielle innovante et à faibles émissions de carbone, capable de mener la transition mondiale vers la neutralité carbone et la révolution de l’IA. Mais pour que cette puissance électrique soit durable, la Chine doit progresser dans trois domaines clés.
Premièrement, la productivité doit augmenter, non pas en investissant davantage dans les robots ou les usines, mais en stimulant l’innovation continue, en renforçant les compétences, en améliorant la gestion et en modernisant le secteur des services. L’investissement dans la recherche et le développement est essentiel : une augmentation de 10 % des dépenses de R&D en proportion du PIB pourrait entraîner une hausse de 7 % de la productivité manufacturière, d’après les estimations d’Allianz.
Deuxièmement, la Chine doit trouver des moyens d’accélérer le rééquilibrage de son économie vers la demande intérieure. Cela passe par des efforts pour renforcer les revenus et la richesse des ménages, la confiance des consommateurs et la création d’emplois, notamment en favorisant les industries de services – y compris les activités de soins (aux personnes âgées, de santé) – et en réorientant la main-d’œuvre de l’industrie manufacturière et de l’immobilier vers des secteurs axés sur la consommation.
Enfin, la Chine doit gérer avec prudence ses dépendances extérieures. Si une plus grande autonomie est importante, des partenariats stratégiques, des relations commerciales prévisibles et des cadres de coopération transparents le sont tout autant.
Quoi qu’il en soit, les conséquences pour le reste du monde seront considérables. D’un côté, la transformation de la Chine pourrait réduire le coût des énergies renouvelables, élargir l’offre de technologies propres et générer de nouveaux investissements dans les infrastructures en Asie et en Afrique. La Chine joue déjà un rôle essentiel en aidant les pays en développement à sortir des systèmes basés sur les combustibles fossiles.
Mais la stratégie « électro-État » de la Chine lui confère également un levier considérable sur d’autres pays, qu’elle pourrait utiliser à des fins coercitives, comme l’a montré sa récente imposition de restrictions à l’exportation de minéraux de terres rares. Les progrès technologiques et industriels de la Chine seront toujours analysés sous un angle géostratégique. Alors que le pays renforce son emprise sur les matières premières et la fabrication de haute technologie, les autres nations doivent décider s’ils doivent intensifier leur coopération avec la Chine, diversifier leurs chaînes d’approvisionnement en dehors de celle-ci, ou risquer d’être complètement marginalisés.
Pour Hong Kong et la région Asie-Pacifique en général, le message est clair : l’ère de l’arbitrage manufacturier à bas prix touche à sa fin, et l’IA, les infrastructures vertes et les technologies numériques sont les nouvelles frontières de la croissance économique et de la prospérité. Alors que la Chine se positionne comme fournisseur, concepteur et moteur de cette nouvelle économie, les pays d’Asie et d’ailleurs devront s’adapter, s’engager avec la Chine, se prémunir contre les goulots d’étranglement et repenser leurs propres modèles industriels.
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