Un avion gouvernemental russe transportant le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov a fait escale à Casablanca les 29 octobre et 1er novembre 2026. Cette escale encadre le veto de Moscou à l’ONU contre un projet américain sur le Sahara marocain et illustre un pragmatisme diplomatique contrastant avec la position algérienne.
Une escale technique à Casablanca encadre le veto de Moscou au Conseil de sécurité
L’appareil officiel russe, un Iliouchine Il-96-300 de l’escadrille gouvernementale immatriculé RA-96018, s’est posé à l’aéroport international Mohammed V de Casablanca à deux reprises lors d’un déplacement transatlantique vers Atlanta, aux États-Unis. Une réunion des ministres des Affaires étrangères du G20 s’y tenait les 30 et 31 octobre 2026.
L’avion a quitté Moscou le 29 octobre au matin pour se poser à Casablanca après huit heures et demie de vol selon les données publiques de suivi aérien fournies par Flightradar24. Il est reparti le soir même vers Atlanta après une traversée de neuf heures et treize minutes.
Sur le chemin du retour, l’appareil a suivi le même itinéraire. Il a atterri dans la métropole marocaine aux premières heures du dimanche 1er novembre en provenance d’Atlanta, puis a redécollé vers la capitale russe après une halte de deux heures.
🇲🇦 🇷🇺 | L’Il-96 du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a fait escale à Casablanca à l’aller et au retour du G20 d’Atlanta.https://t.co/zU7cXK3nWD
L’agence officielle russe TASS a précisé que le trajet avait nécessité plus de vingt heures de vol au total. Ce délai s’explique par le contournement obligatoire de l’espace aérien de 49 pays qualifiés d’inamicaux par Moscou, incluant la quasi-totalité de l’Europe.
La MINURSO perd son mandat après le blocage du texte américain au Conseil de sécurité de l’ONU
Ces haltes marocaines ont coïncidé avec une séquence diplomatique tendue à New York.

Le 30 octobre 2026, la Russie a opposé son véto à un projet de résolution parrainé par les États-Unis au Conseil de sécurité des Nations unies. Ce texte, qui avait recueilli 11 voix favorables, prévoyait de prolonger d’un an le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, rebaptisée MINUSO, et de consacrer le plan d’autonomie marocain comme unique base des négociations.
Face à ce veto, un projet de résolution alternatif russe demandant une prolongation technique d’un an a également échoué, ne récoltant que trois voix.
Ces votes ont entraîné, à compter du 1er novembre 2026, la perte de la légitimité et du statut juridique de la MINURSO, ouvrant une période où le Maroc entend explorer de nouvelles règles d’action pour clore définitivement le dossier dans le cadre de sa souveraineté.
🇲🇦🇷🇺 Escale au Maroc pour le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Le MAE russe a effectué un vol de plus de 20 heures pour se rendre à la réunion du G20 à Atlanta, aux États-Unis, car il a évité l'espace aérien de pays « hostiles », ont rapporté vendredi les… pic.twitter.com/UpIuTcwato
Rabat et Alger adoptent des postures différentes face aux déplacements russes
L’utilisation de la plateforme casablancaise par la délégation russe s’inscrit dans une habitude observée dès février 2024, lors du retour d’une réunion du G20 à Rio de Janeiro. Ce choix logistique met en valeur un contraste notable avec l’Algérie voisine.
L’Algérie est l’un des principaux partenaires de Moscou dans la région. Elle a activement manœuvré pour obtenir le véto russe, et son Premier ministre Sifi Ghrieb se trouvait au Kremlin la veille du vote.

Malgré cela, l’avion de Sergueï Lavrov a préféré se ravitailler au Maroc, qui ne figure pas sur la liste des pays inamicaux de la Russie.
Le ministre des Affaires étrangères du Maroc, Nasser Bourita, avait rencontré son homologue russe Sergueï Lavrov à Moscou le 28 octobre, en marge de la troisième sommet Russie-Afrique. Cette rencontre a acté que Rabat connaissait la position de Moscou avant le vote sans pour autant lui demander de la modifier.
L’appareil officiel d’un pays venait de s’opposer à un texte soutenu par Washington. En maintenant son espace aérien ouvert à cet avion, le royaume confirme une approche pragmatique et refuse de transformer ses infrastructures en instrument de pression politique, à l’inverse des fermetures d’espaces aériens ou des gels d’échanges constatés par ailleurs dans la région.