Home Des sportsLe biopic du boxeur Naseem Hamed se concentre davantage sur son entraîneur

Le biopic du boxeur Naseem Hamed se concentre davantage sur son entraîneur

by Camille Renault

Publié le 6 décembre 2025 17h19. Le film « Giant » explore la relation complexe entre le champion de boxe Naseem Hamed et son entraîneur Brendan Ingle, révélant les tensions entre gloire personnelle et loyauté dans le monde impitoyable du sport.

  • Le film met en lumière l’ascension fulgurante du boxeur britannique d’origine yéménite, Naseem Hamed, depuis une enfance difficile jusqu’au sommet de sa discipline.
  • La relation particulière qui unit Hamed à son entraîneur, Brendan Ingle, est au cœur du récit, dévoilant les défis et les conflits qui ont jalonné leur parcours commun.
  • « Giant » interroge la notion de succès et d’héritage, en se demandant si la gloire du boxeur éclipse celle de l’homme qui l’a formé.

« Giant » retrace l’histoire de Naseem « Naz » Hamed, champion de boxe britannique d’origine yéménite, de son enfance à ses titres de champion du monde. Le film suit les codes classiques du biopic sportif : un parcours initiatique semé d’embûches, un entraînement rigoureux et une quête de succès. Cependant, il se distingue par l’importance accordée à la relation entre Hamed et Brendan Ingle, un entraîneur irlandais installé à Sheffield, qui a pris le jeune prodige sous son aile dès l’âge de sept ans.

Une scène d’ouverture marquante pose les jalons de cette relation et introduit l’un des thèmes centraux du film. Le spectateur suit le regard d’Ingle, observant depuis un bus à impériale un jeune garçon métis (interprété par Ghaith Saleh dans son enfance) harcelé par des camarades de classe en raison de son origine. Ce qui frappe Ingle, ce n’est pas tant le racisme dont il est victime, mais son agilité et sa capacité à échapper à ses agresseurs. Cette résilience face aux préjugés, omniprésents dans le Royaume-Uni des années 1980 et 1990, reviendra tout au long du récit.

Pendant une grande partie du film, ces discriminations constituent le principal obstacle que le scénario propose. Le reste du récit se concentre sur l’ascension du boxeur vers la gloire. Ingle et Hamed développent un lien presque familial, l’entraîneur aidant son protégé à surmonter les obstacles raciaux en lui inculquant la conviction qu’il est supérieur à ses adversaires. Cette confiance en soi se traduit par une attitude arrogante et provocatrice, que Hamed affiche avec ostentation. Ces scènes initiales, bien que prévisibles pour les amateurs de films sportifs, se déroulent avec fluidité.

La seconde partie du film voit l’émergence d’un nouveau conflit. Au fur et à mesure que le succès d’Hamed grandit, un fossé se creuse entre lui et son entraîneur. Ingle, qui a investi une part importante de son temps et de son énergie dans le jeune boxeur, tente de renégocier les termes de leur collaboration. La famille de Hamed, restée jusqu’alors en retrait, entre en jeu avec son frère Riath (Arian Nik), qui devient le manager du boxeur et l’antagoniste principal d’Ingle. La foi musulmane d’Hamed – il affirmait que son talent était un don divin – ajoute à la frustration d’Ingle, qui souhaitait être reconnu comme l’architecte de son succès.

À ce stade, le film prend un tournant inattendu. Le spectateur, jusque-là, pensait que « Giant » racontait l’histoire de Hamed. Il apparaît rapidement que le film est en réalité celui d’Ingle, un entraîneur dévoué et respecté dans sa communauté à Sheffield. « Giant » s’efforce de mettre en valeur son héritage, en le confrontant à la célébrité de son protégé, qui a dépassé toutes les attentes. L’épouse d’Ingle, Alma (Katherine Dow Blyton), joue un rôle essentiel dans cette démarche, servant de confidente et permettant au public de mieux comprendre l’homme derrière l’entraîneur.

Ahmed ElMasry incarne Hamed avec une assurance et un charisme qui nuancent l’image d’un boxeur arrogant et provocateur. Il maîtrise les mouvements fluides et le jeu de jambes exceptionnel qui caractérisaient le style de Hamed. Cependant, le film ne lui offre pas suffisamment de profondeur dramatique. C’est Pierce Brosnan qui a le rôle le plus exigeant, et il s’en acquitte avec brio. Loin de son personnage de James Bond, il prouve qu’il peut incarner un homme ordinaire avec justesse et sensibilité. Arian Nik, en revanche, est cantonné à un rôle stéréotypé de manager autoritaire, incapable de nuances.

La réalisation technique – notamment la photographie et le montage – est correcte, sans être particulièrement remarquable. Rowan Athale s’en tient à une formule classique pour les biopics sportifs, mais l’accent mis sur la relation complexe entre l’entraîneur et le combattant donne au film une identité propre. « Giant » est particulièrement réussi lorsqu’il explore les tensions entre Hamed et Ingle, illustrant la manière dont la fierté, la loyauté et l’ambition peuvent à la fois renforcer et détruire un partenariat. Le film laisse entrevoir des aspects méconnus de la personnalité de Hamed, privilégiant clairement le point de vue d’Ingle. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un chef-d’œuvre, le film porte suffisamment de coups pour laisser une impression durable.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.