Publié le 24 février 2024 10:15:00. Un avocat hambourgeois accuse la HSH Nordbank d’avoir artificiellement amélioré ses bilans grâce à des transactions complexes et fictives, impliquant des montants colossaux et des sociétés écrans aux noms insolites.
- L’avocat Gerhard Strate affirme que l’opération “St. Pancras” est une construction artificielle ayant engendré des coûts et faussé les comptes de la banque.
- Dix autres transactions similaires, totalisant 17,33 milliards d’euros, seraient basées sur des titrisations complexes.
- L’enquête porte sur une possible implication du conseil d’administration de la HSH Nordbank, notamment de son ancien directeur financier, Dirk Jens Nonnenmacher.
La HSH Nordbank se défend en qualifiant ces transactions de “standard dans le secteur et autorisées par la loi”. Cependant, l’avocat Gerhard Strate persiste dans ses accusations, déposant une plainte pénale et fournissant au parquet de Hambourg un dossier de 21 pages détaillant ses découvertes. Selon lui, ces opérations visaient à masquer les difficultés financières de la HSH Nordbank et de la Hypo Real Estate Bank (HRE) à la fin de l’année 2007, lorsque le ratio entre les capitaux empruntés et les risques pris était devenu préoccupant.
Le mécanisme mis en place reposait sur la création de prêts immobiliers d’une valeur de 3,8 milliards de dollars (environ 3,5 milliards d’euros), transférés à des sociétés écrans basées à Dublin, nommées “SPV1” et “SPV2”. Cette manœuvre permettait de retirer ces actifs des bilans des deux banques. Un troisième véhicule à vocation spéciale, “SPV3”, entrait ensuite en jeu, acquérant ces paquets de prêts grâce à un financement initial de seulement six millions de dollars provenant du fonds spéculatif américain Dynamic Credit Partners. Le reste du financement serait venu de la HSH Nordbank et de la HRE elles-mêmes, bouclant ainsi la boucle.
L’avocat Strate souligne l’aspect singulier des noms donnés à ces sociétés écrans – Hagnola, Drambol et Ranadon – les comparant à des références issues de la littérature fantastique. Il explique que “St. Pancras” fait référence à la gare de départ du Poudlard Express dans l’univers d’Harry Potter, “Drambol” est un monstre cracheur de feu tiré du Disque-Monde de Terry Pratchett, et “Ranadon” est une planète éclairée par deux soleils dans Le Seigneur des Ombres. Selon lui, ces noms témoignent d’un manque de sérieux dans la conduite de ces opérations, qui ne seraient en réalité que du “pur théâtre” destiné à embellir artificiellement les bilans.
Bien que reconnaissant que les contrats pourraient techniquement satisfaire aux exigences minimales d’un dérivé de crédit, l’avocat Strate dénonce un “abus de conception” que le système juridique allemand ne saurait accepter. Il estime que le conseil d’administration de la HSH Nordbank était nécessairement impliqué dans ces manœuvres, soulignant qu’il est “exclu” que des opérations d’une telle ampleur aient pu être mises en œuvre sans son accord, et plus particulièrement sans la connaissance de l’ancien directeur financier, Dirk Jens Nonnenmacher, actuel directeur de la banque.
Par ailleurs, le tribunal administratif supérieur de Hambourg a récemment statué que les avocats représentant des témoins ou des personnes concernées pourraient être exclus des audiences publiques, suite à l’avis de la commission d’enquête parlementaire.
