Publié le 18 janvier 2026 à 08h00. Des enregistrements audio révèlent des inquiétudes au sein du régime taliban concernant des dissensions internes, alors que le chef suprême, Hibatullah Akhundzada, met en garde contre les divisions qui pourraient menacer l’émirat afghan.
- Le chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, a exprimé son inquiétude face à l’opposition au sein de ses propres rangs.
- Des tensions existent entre les dirigeants talibans basés à Kandahar et ceux de Kaboul, notamment concernant l’éducation des filles et les restrictions sur Internet.
- Malgré ces tensions, les analystes estiment que le régime taliban reste plus fort que jamais, avec Akhundzada consolidant son pouvoir.
Des enregistrements audio récemment rendus publics par la BBC révèlent les préoccupations du chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, concernant des dissensions internes au sein du mouvement. Ces enregistrements, datant du début de l’année 2025, témoignent d’une volonté de maintenir la cohésion du régime afghan face à des critiques et des désaccords croissants.
Akhundzada a mis en garde contre les dangers de la division, affirmant que les critiques mutuelles affaiblissent le système et pourraient mener à la destruction de l’émirat.
« En se critiquant les uns les autres, le système s’affaiblit et les divisions internes s’accentuent, ce qui finira par détruire l’émirat. »
Hibatullah Akhundzada, chef suprême des talibans
Cette prise de parole intervient alors que des tensions sont observées entre les dirigeants talibans basés à Kandahar, connus pour leur ligne dure, et ceux de Kaboul, qui semblent plus pragmatiques. Des responsables de la capitale seraient de plus en plus critiques à l’égard des réglementations émanant de Kandahar, notamment en ce qui concerne l’exclusion des femmes et des filles de la société.
Selon Mujib Rahimi, analyste afghan et ancien porte-parole du gouvernement destitué par les talibans en août 2021, la situation est plus complexe qu’une simple opposition entre deux factions. Il souligne que le groupe des Haqqanis, basé à Kaboul, était déjà considéré comme le plus extrémiste avant la prise de pouvoir. Il estime que présenter les responsables de Kaboul comme une force progressiste serait une simplification excessive.
Akhundzada est perçu par certains comme une figure quasi-religieuse, une sorte de « pape » dont les décisions ne sont pas remises en question. Selon Rahimi, la critique est devenue pratiquement impossible et l’opposition est minimale.
« Akhundzada, en tant que chef des talibans, n’est pas sujet à discussion, il n’a pas de comptes à rendre. »
Mujib Rahimi, analyste afghan
L’année dernière, des décisions d’Akhundzada ont suscité des remises en question au sein du régime. La coupure complète d’Internet en septembre a ainsi été annulée après quelques jours, suite à une intervention d’une délégation de Kaboul qui a souligné les conséquences désastreuses de cette mesure sur l’économie et la société. Les entrepreneurs ont vu leurs ventes chuter, les administrateurs ont été confrontés à des difficultés opérationnelles et l’accès à l’éducation en ligne a été compromis pour les femmes.
La question de l’éducation des filles reste un point de friction majeur. Bien que l’interdiction de l’éducation des filles persiste, des désaccords existent au sein des talibans sur cette question. Une enquête menée par l’ONU Femmes en août a révélé qu’une écrasante majorité de la population afghane (92 %) estime qu’il est important que les filles soient éduquées.
Akhundzada insiste sur la nécessité de rapprocher la population du gouvernement pour assurer la survie de l’émirat. Cependant, selon Rahimi, l’interprétation islamique des talibans ne considère pas l’amélioration des conditions de vie de la population comme une responsabilité de l’État, mais plutôt comme une question relevant de la volonté divine.
Malgré ces tensions, les analystes, comme Pearl Pandya du groupe de recherche américain ACLED, ne voient pas de signes de fissures majeures au sein du régime. Akhundzada a réussi à renforcer son contrôle sur l’appareil de sécurité et de police, et il n’y a pas d’indications de confrontations violentes entre les différentes factions talibanes. Rapport de la BBC.
Sur le même sujet
