Publié le 11 octobre 2025 à 05h00. La cinéaste irlandaise Myrid Carten livre un premier long métrage poignant, Un désir en elle, qui explore avec une rare intimité les blessures familiales et les ravages de l’alcoolisme, et qui a déjà conquis le public et la critique.
- Le documentaire a remporté le Prix du Public au Festival International du Film de Dublin en mars dernier.
- Le film aborde la relation complexe de la réalisatrice avec sa mère, Nuala, et les tensions au sein de sa famille liées à une succession contestée.
- Myrid Carten explique que la réalisation de ce film a profondément transformé sa perception de sa propre famille et de son travail artistique.
L’artiste visuelle et cinéaste Myrid Carten, originaire du comté de Donegal, a déclaré que la création de son premier long métrage, Un désir en elle, a été une expérience bouleversante. Ce documentaire, diffusé actuellement dans certains cinémas d’Irlande et du Royaume-Uni, plonge le spectateur au cœur d’une famille brisée par le deuil, les conflits héritiers et la lutte de Nuala Carten contre l’alcoolisme et les troubles mentaux.
Le film est né de la disparition de Nuala, qui a incité Myrid Carten à retourner dans le Donegal, sa région natale, pour la retrouver et affronter les tensions grandissantes au sein de sa famille. L’œuvre tisse habilement des conversations avec ses proches et des images d’archives, notamment des séquences vidéo familiales charmantes et des plans panoramiques en 16 mm du paysage sauvage du Donegal, pour explorer les effets dévastateurs de la dépendance sur l’entourage.
Carten a confié que le projet avait évolué de manière organique.
« Au départ, je pensais réaliser un film d’archives sur ma famille maternelle, car ils étaient tous des personnages hauts en couleur avec des histoires fascinantes à raconter. Mais avec les difficultés rencontrées par ma mère, le film s’est recentré sur notre relation et les questions que je me posais. »
Myrid Carten, artiste visuelle et cinéaste
La cinéaste a également évoqué la complexité du processus de création, qui a pris une ampleur inattendue.
« Le film a pris son envol dès le début, ce qui a créé une certaine distance entre l’intimité de la réalisation et l’importance croissante du montage et de la distribution. »
Myrid Carten, artiste visuelle et cinéaste
Au cœur du conflit familial se trouve une maison héritée de leur grand-mère, léguée en totalité à l’oncle Kevin, au détriment des autres membres de la famille. Myrid Carten y voit le reflet d’une dynamique courante en Irlande.
« Le cœur des querelles successorales, du moins en Irlande, réside souvent dans l’amour maternel et la question de savoir qui est le favori. J’ai pensé que c’était le nœud du problème, et que les autres éléments n’étaient que des couches supplémentaires. »
Myrid Carten, artiste visuelle et cinéaste
Le titre du film, Un désir en elle, a été choisi après mûre réflexion. Carten l’explique par la manière dont les Irlandais utilisent le langage pour masquer leurs véritables intentions.
« Cela renvoie à la façon dont les Irlandais utilisent la langue pour charmer, pour ne pas dire ce qu’ils pensent vraiment. Mais cela souligne aussi l’incompréhension et le caractère insaisissable de ces problèmes. »
Myrid Carten, artiste visuelle et cinéaste
La réalisatrice a veillé à ne pas réduire sa mère à ses problèmes de santé mentale ou de dépendance.
« La maladie mentale et la dépendance de ma mère lui ont parfois enlevé une grande partie de sa dignité. Je ne voulais pas faire ça. Je voulais la montrer comme une mère. C’était ma motivation principale : ne pas parler de son alcoolisme ou des raisons de ses troubles mentaux, mais de la façon dont j’ai construit cette relation avec elle, des défis et de la beauté qu’elle recèle. »
Myrid Carten, artiste visuelle et cinéaste
L’expérience de la réalisation de ce film a également eu un impact personnel sur Myrid Carten. Elle raconte avoir changé son comportement après avoir croisé sa mère endormie sur un banc à Belfast, une image qu’elle a finalement intégrée au film.
« Je ne sais pas pourquoi je l’ai filmée, c’est ce qui était différent. Mais m’éloigner d’elle, c’était notre accord tacite. Je pense que sa dignité serait compromise si je la voyais dans cet état. »
Myrid Carten, artiste visuelle et cinéaste
Devenue récemment mère, Myrid Carten voit dans cette nouvelle étape de sa vie un nouveau départ dans sa relation avec Nuala.
« Elle est très heureuse d’être grand-mère et je pense que cela va changer notre relation à l’avenir. »
Myrid Carten, artiste visuelle et cinéaste
Le film se termine sur des images magnifiques du paysage du Donegal, accompagnées de deux chansons irlandaises puissantes : Le Rover sauvage de Lankum et La mort d’un héros de Fontaines DC. Myrid Carten se dit reconnaissante d’avoir pu inclure ces morceaux sur la bande originale.
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