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Le consensus de Washington sur la Chine est en train de se briser

by Clara Dubois

Publié le 2025-12-17 22:04:00. L’approche américaine vis-à-vis de la Chine est en pleine mutation, influencée par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et par une prise de conscience croissante des limites de la capacité américaine à freiner l’ascension technologique chinoise. Cette évolution ouvre la voie à un débat sur la nécessité de passer d’une logique de confrontation à une politique de coexistence.

  • Le discours américain sur la Chine s’assouplit, sous l’influence de Donald Trump qui ne partage pas la vision d’une compétition idéologique et existentielle avec Pékin.
  • La nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine (NSS) considère désormais la Chine comme un quasi-égal, marquant un changement par rapport aux documents précédents qui la décrivaient comme un concurrent majeur.
  • Malgré les tensions persistantes, des signes émergent en faveur d’un dialogue plus constructif, notamment des visites de parlementaires américains en Chine et des déclarations de responsables américains privilégiant la stabilité dans les relations bilatérales.

Washington semble progressivement renoncer à l’objectif de « gagner » face à la Chine, une ambition jugée illusoire par de nombreux observateurs. L’administration Trump, dans sa seconde mandature, déconstruit le « consensus » sur la politique chinoise établi par son prédécesseur et par l’administration Biden. Ce changement de cap se manifeste notamment dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale (NSS) publiée récemment, qui ne fait plus de la résurgence de Pékin une priorité, contrairement aux NSS précédentes.

Selon des sources proches de la Maison Blanche, Donald Trump ne partage pas l’analyse de certains anciens conseillers qui considèrent la compétition sino-américaine comme un affrontement idéologique et existentiel. Il privilégie une approche pragmatique, axée sur la conclusion d’accords commerciaux et la construction d’une relation durable avec le président chinois Xi Jinping. Durant son premier mandat, Trump avait toléré, voire ignoré, des actions plus agressives de ses collaborateurs tant qu’elles ne compromettaient pas son objectif principal : parvenir à un accord commercial avec la Chine, ce qui a abouti à un accord de « première phase » en janvier 2020.

Trump semble percevoir Xi Jinping non pas comme un autocrate, mais comme un rival commercial avec lequel il peut négocier. Il a même exprimé son respect pour le dirigeant chinois, notamment lors de l’impasse commerciale qui a marqué les relations bilatérales depuis l’instauration de tarifs douaniers en avril. Avant leur rencontre à Busan fin octobre, Trump a déclaré qu’un « G2 » allait se réunir, suggérant une reconnaissance du statut de Pékin comme pair de Washington. Cette attitude offre une couverture politique aux législateurs qui souhaitent engager un dialogue plus régulier et plus approfondi avec la Chine.

Les limites de l’influence économique américaine sont de plus en plus évidentes. L’ancienne secrétaire américaine au Commerce, Gina Raimondo, a souligné que, malgré les efforts américains pour entraver le développement de Huawei, l’entreprise chinoise de télécommunications est « plus forte que jamais » et continue de fabriquer des puces de pointe. Des chercheurs, tels que Jennifer Lind et Michael Mastanduno, affirment que les contrôles à l’exportation pourraient même accélérer l’innovation chinoise en créant une pénurie de composants.

Parallèlement, un nombre croissant d’études remettent en question l’idée que la Chine est déterminée à remplacer les États-Unis comme puissance mondiale dominante et à imposer un ordre international centré sur Pékin. La Chine ne cherche pas à être subordonnée aux États-Unis, mais elle reconnaît qu’un conflit armé ou une lutte prolongée avec la première puissance mondiale pourrait compromettre son développement. Elle souhaite modifier certains aspects de l’ordre actuel, mais elle est également fortement intégrée dans les institutions internationales existantes, telles que les Nations Unies, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

Cependant, la polarisation politique aux États-Unis pourrait compliquer toute tentative de réorientation de la politique chinoise. Une enquête récente du Chicago Council on Global Affairs a révélé que les Républicains et les Démocrates ont désormais des opinions divergentes sur les questions liées à la Chine, ce qui pourrait rendre difficile la recherche d’un consensus national.

L’administration Trump semble privilégier un dialogue soutenu avec Xi Jinping, et a demandé à ses principaux conseillers de donner la priorité à la stabilité dans les relations bilatérales. Le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, a déclaré lors d’un discours prononcé ce mois-ci que Trump recherche « une paix stable, un commerce équitable et des relations respectueuses ». Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a quant à lui affirmé que « la décision actuelle est… d’avoir de la stabilité dans cette relation ».

Néanmoins, la mise en œuvre de cette stratégie reste incertaine. Les actions commerciales de Trump ont renforcé la confiance de Xi Jinping, et ses attaques diplomatiques contre les alliés des États-Unis érodent la confiance envers Washington. Bien qu’il ait créé un espace pour une approche plus nuancée, Trump n’a pas encore proposé de nouvelle vision pour guider la politique chinoise, ce qui pourrait inciter Pékin à adopter une attitude plus coercitive.

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