Publié le 5 novembre 2025 à 16h30. Le déficit budgétaire irlandais a plus que doublé au cours des dix premiers mois de l’année, tiré par une forte augmentation des dépenses publiques, malgré une contribution exceptionnelle issue du règlement d’un litige fiscal avec le géant américain Apple.
- Le déficit budgétaire sous-jacent a atteint 4,2 milliards d’euros pour la période de janvier à octobre 2025.
- Les recettes fiscales ont augmenté de 3,2 %, mais n’ont pas suffi à compenser une hausse de 7,7 % des dépenses publiques.
- Un rapport du ministère des Finances met en garde contre une dépendance excessive aux impôts sur les sociétés prélevés sur les multinationales.
Le Trésor public irlandais affiche un déficit global de 900 millions d’euros sur les dix premiers mois de 2025, en contraste avec un excédent de 1,3 milliard d’euros enregistré l’année précédente. Ce revirement est en partie masqué par l’afflux de fonds provenant du règlement du différend fiscal avec Apple, qui a versé environ 14 milliards d’euros d’arriérés d’impôts et d’intérêts aux autorités fiscales irlandaises, suite à une décision de la plus haute instance judiciaire européenne.
Les recettes fiscales, principale source de revenus de l’État, se sont élevées à 78,8 milliards d’euros, en hausse de 3,2 % sur un an. L’impôt sur les sociétés a particulièrement bien performé, augmentant de 6,3 % à 19,4 milliards d’euros, hors impact du versement d’Apple. Cependant, cette progression n’a pas suffi à absorber la forte augmentation des dépenses publiques, qui ont bondi de 7,7 % pour atteindre 87,1 milliards d’euros, pour un total de dépenses de 100,3 milliards d’euros sur la période.
Le ministère des Finances a souligné dans un rapport publié mardi la vulnérabilité de l’économie irlandaise face aux fluctuations des recettes provenant de l’impôt sur les sociétés, perçu sur les bénéfices des multinationales implantées sur le territoire. Le rapport met en garde contre une possible baisse de ces recettes dans les quatre prochaines décennies, ce qui pourrait affecter la capacité de l’État à financer les services publics.
Plus de 2 000 scénarios économiques et budgétaires à long terme, allant de situations très favorables à des perspectives plus difficiles, sont analysés dans le rapport « Future Forty », qui projette l’évolution des finances publiques irlandaises jusqu’en 2065. Selon le scénario central, les recettes totales de l’État devraient représenter 31,6 % du revenu national brut modifié (RNB*) en 2065, contre 34,5 % en 2025.
Le ministre des Finances, Paschal Donohoe, a déclaré que les chiffres actuels étaient globalement conformes aux projections budgétaires actualisées présentées lors du budget 2026.
« Ces projections, que j’ai publiées le jour du budget, comprenaient une révision substantielle à la hausse des recettes, principalement de l’impôt sur les sociétés. »
Paschal Donohoe, ministre des Finances
Il a toutefois insisté sur le caractère volatil de cette source de revenus :
« Cela reste une source de revenus très volatile et on ne peut pas compter sur des niveaux élevés de recettes pour continuer indéfiniment. »
Paschal Donohoe, ministre des Finances
Le gouvernement a transféré environ 16 milliards d’euros de recettes fiscales exceptionnelles vers deux nouveaux fonds souverains. En octobre seul, l’impôt sur les sociétés a atteint 1,13 milliard d’euros, soit une augmentation de 165 % sur un an. Peter Vale, associé fiscal chez Grant Thornton Ireland, a souligné que les chiffres d’octobre sont souvent influencés par les performances du secteur pharmaceutique, et a exprimé l’espoir que les récentes négociations tarifaires entre les États-Unis et l’Union européenne pourront limiter l’impact sur les recettes irlandaises.
Par ailleurs, les recettes de l’impôt sur le revenu ont augmenté de 4,1 % sur les dix premiers mois de 2025, atteignant 28,7 milliards d’euros, tandis que la TVA a progressé de 4,3 % à 19,1 milliards d’euros. L’impôt sur les plus-values a connu une forte hausse de 38,4 %, s’élevant à 696 millions d’euros, tout comme l’impôt sur les acquisitions de capitaux, qui a bondi de 56,3 % à 653 millions d’euros. Seule la taxe automobile a connu une légère baisse de 0,1 %, à 803 millions d’euros.
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