Publié le 18 octobre 2025 à 00h15. Un député péruvien propose une mesure controversée permettant aux entreprises de déduire de leurs impôts les sommes versées aux organisations criminelles sous forme d’extorsion ou de “quotas”, suscitant l’inquiétude quant à l’efficacité de la lutte contre la criminalité.
- Le député Luis Gustavo Cordero Jon Tay (Alliance pour le Progrès) a déposé un projet de loi autorisant la déduction fiscale des paiements d’extorsion.
- Le texte propose de considérer ces paiements comme des « pertes extraordinaires » pour les entreprises victimes.
- Le projet de loi prévoit des sanctions pénales en cas de fausse déclaration pour bénéficier de cette déduction.
Une proposition pour le moins inattendue a été soumise au Congrès péruvien. Le député Luis Gustavo Cordero Jon Tay, membre de l’Alliance pour le Progrès (APP), souhaite permettre aux entreprises de déduire de leur impôt sur le revenu les sommes qu’elles sont contraintes de verser aux groupes criminels sous forme d’extorsion ou de paiements de quotas. Le projet de loi, référencé PL no. 12793/2025-CR, vise à modifier l’article 37 du Code de l’impôt sur le revenu afin d’intégrer ces paiements dans les « pertes extraordinaires » déductibles.
Selon le texte, ces « pertes extraordinaires » seraient celles subies « par cas fortuit ou de force majeure » ou résultant de « délits commis au détriment du contribuable par ses ayants droit ou des tiers », à condition qu’elles ne soient pas couvertes par une assurance et qu’il soit prouvé que l’action judiciaire est inutile. Pour bénéficier de cette déduction, les entreprises devraient fournir un « affidavit avec empreinte digitale et signature notariée, en joignant les preuves correspondantes ».
L’initiative soulève des questions quant à son impact sur la lutte contre la criminalité. En permettant aux entreprises de déduire ces paiements, le projet de loi pourrait-il encourager la continuation de ces pratiques illégales ? Les critiques craignent que cette mesure ne légitime indirectement l’extorsion et ne réduise les incitations à signaler ces crimes aux autorités.
Le projet de loi prévoit toutefois des garde-fous. Si la Surintendance nationale de l’administration fiscale (Sunat) détecte des informations erronées dans les déclarations fiscales, le procureur de l’institution serait habilité à engager des poursuites pénales. La Sunat serait également chargée d’approuver les réglementations nécessaires à la mise en œuvre de cette loi.
Présenté le 14 octobre dernier, le projet de loi a été transmis le lendemain à la Commission de l’économie, de la banque, des finances et du renseignement financier pour examen. L’avenir de cette proposition, qui divise déjà l’opinion publique, reste incertain.

Les transporteurs demandent la création d’un groupe d’élite contre les tueurs à gages et l’extorsion. (Photo : GEC)
