Le Conseil du Grand Rabbinat d’Israël a gelé, le jeudi 2 juillet 2026, la licence accordée à l’organisation Tzohar pour opérer comme organisme officiel de certification casher. Cette décision intervient quelques heures seulement après que le directeur général du Grand Rabbinat a autorisé Tzohar à délivrer des certificats officiels, créant un conflit administratif majeur.
Le blocage soudain du Conseil du Grand Rabbinat
L’annonce a provoqué un véritable séisme institutionnel. Dans la journée du 2 juillet, le directeur général du Grand Rabbinate, Yehuda Cohen, a officiellement approuvé Tzohar Kashrut en tant qu’organisme de certification. Cependant, JNS rapporte que le Conseil du Grand Rabbinat a annulé cette autorisation seulement quelques heures plus tard, gelant ainsi la licence.
Le point de rupture est procédural. Le Conseil affirme que le directeur général a agi sans l’informer et sans soumettre le dossier à son comité de kashrout, violant ainsi la loi sur la prévention de la fraude à la kashrout. Selon les membres du Conseil, l’octroi de la licence était conditionné à l’absence d’objection de leur part, une étape totalement ignorée par Yehuda Cohen.
« Le directeur général ne nous a pas du tout informés de son intention d’accorder la licence, malgré le fait qu’il y était tenu par la loi, par la logique et par les règles administratives appropriées.

En interne, cette manœuvre est perçue comme un contournement. Des critiques au sein du rabbinat décrivent l’action du directeur général sortant comme un « fait accompli », une tentative d’imposer une décision sans passer par les canaux de validation légaux.
Le parcours judiciaire de Tzohar vers la reconnaissance
L’arrivée de Tzohar dans le système officiel n’est pas un hasard, mais l’aboutissement d’une lutte juridique. Comme l’indique Ynetnews, l’organisation a dû porter l’affaire devant la Cour suprême pour exiger que sa demande de reconnaissance soit examinée de manière objective et égale, selon les critères légaux.
Tzohar, active depuis 2018, supervise déjà des centaines de restaurants, d’hôtels et d’installations de production alimentaire. Son modèle repose sur une séparation stricte, tant professionnelle que financière, entre les superviseurs de la kashrout et les propriétaires d’entreprises, afin de limiter les conflits d’intérêts et d’augmenter la transparence.
« C’est une étape très importante vers le renforcement du système officiel de kashrout d’Israël avec un professionnalisme et une surveillance basés avant tout sur la halacha, et un réel sentiment de responsabilité pour les intérêts et les besoins du grand public.

Pour Tzohar, l’obtention — même brève — de cette licence représentait un tournant historique. L’organisation avait même commencé à délivrer des certificats mis à jour incluant explicitement le mot « casher » pour la majorité des entreprises sous sa supervision.
L’intervention du ministère des Services religieux
Le chaos administratif a rapidement alerté le gouvernement. Yehuda Avidan, directeur général du ministère des Services religieux, a envoyé une lettre urgente à la procureure générale adjointe, Carmit Yulis, ainsi qu’au conseiller juridique du Grand Rabbinat, Ofer Yaakov.
L’argument d’Avidan est sans appel : la licence a été délivrée sans l’approbation légalement requise du Conseil. Cette position est corroborée par le président du Conseil du Grand Rabbinat, le Grand Rabbin Kalman Meir Bar, qui a confirmé n’avoir jamais été sollicité pour examiner ou approuver cette décision.
Cette situation met en lumière une fracture profonde entre l’administration exécutive du Grand Rabbinat et son organe décisionnel. Le fait que ces tensions éclatent le jour du jeûne du 17 Tammuz, période de deuil national, ajoute une dimension symbolique à ce conflit de pouvoir.
Les enjeux d’une réforme du système de la kashrout
Au-delà de la querelle procédurale, ce blocage touche au cœur d’une réforme structurelle en cours en Israël. L’objectif est de permettre à des organismes de certification indépendants et reconnus d’opérer sous la supervision du Grand Rabbinat, plutôt que de dépendre exclusivement des rabbinats locaux.
L’enjeu pour les acteurs comme Tzohar est triple :
- La transparence : Rompre avec l’opacité des certifications locales.
- Le coût : Réduire les frais imposés aux propriétaires de commerces.
- L’accessibilité : Proposer une option viable pour les consommateurs et les entrepreneurs observant la kashrout.
Comme le souligne Israel National News, la vision de Tzohar est de créer un système professionnel capable d’accroître l’observance de la kashrout en Israël en rendant le processus plus accessible et moins coercitif.
Le gel de la licence laisse désormais Tzohar et les entreprises qu’elle supervise dans une zone grise juridique. Si l’organisation a prouvé sa capacité opérationnelle depuis 2018, son incapacité à sécuriser un accord politique et administratif avec le Conseil du Grand Rabbinat montre que la transition vers un système pluraliste reste extrêmement fragile.
L’issue dépendra désormais de la réaction de la Cour suprême ou d’un possible arbitrage du ministère des Services religieux pour déterminer si l’acte du directeur général peut être validé a posteriori ou s’il doit être définitivement annulé pour vice de forme.
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