Ce qu’il me faut, c’est ça, mais dans mon mobile-home
, confie Lisa, filmée au cœur d’un habitat précaire par Alexander Murphy. Présenté en compétition à la Semaine de la Critique au festival de Cannes 2026, Irish Travellers sort en salles le 28 octobre 2026 après un tournage de six ans dans le comté de Tipperary.
L’intention initiale du cinéaste franco-irlandais était de s’immiscer au sein de différentes communautés de Travellers. Il cherchait à comprendre pourquoi elles subissent autant de discrimination de la part de la société irlandaise. Sur place, la rencontre avec Pa, Lisa et leurs dix enfants a transformé le projet d’enquête ethnographique en une chronique intimiste. Le film s’ouvre sur un plan fixe de trois minutes. Il montre le va-et-vient incessant de la famille dans leur habitat précaire, une grande caravane en tôle fixée au sol par des parpaings.
Un quotidien rythmé par la survie et la tradition
Les O’Reilly vivent en marge des autres Travellers. Leur quotidien est rythmé par les saisons. Les tâches domestiques et l’éducation des dix enfants, cinq filles et cinq garçons, dont les prénoms et les visages s’entremêlent tout au long du long-métrage, s’ajoutent à ce rythme. L’ancrage dans la culture traditionnelle se manifeste à travers l’entretien des chevaux, les balades en sulky et la chasse au lapin au chien courant, qui procure un complément de subsistance.
La caméra adopte souvent la hauteur et le point de vue des enfants, pour qui cet environnement reste un espace de jeu et de liberté. Les difficultés matérielles et le chômage traversent pourtant l’existence du foyer, où les parents comptent l’argent des aides sociales au sou près. Lisa assume l’organisation quotidienne et la stabilité émotionnelle. Pa, décrit comme une figure paternelle à la fois tendre, mutique et affectée par la dépression, gère son anxiété à l’aide de médicaments. Une menace d’expulsion plane constamment sur leur installation en bord de route, rappelant la pression exercée par l’État irlandais pour sédentariser la minorité ethnique des Travellers.
La confrontation à la sédentarisation
En Irlande, les Travellers représentent moins de 0,7 % de la population générale. Bien que reconnus comme minorité ethnique, ils font face à un fort ostracisme, à un taux de chômage élevé et à une espérance de vie inférieure à la moyenne. Face à ces conditions, les autorités proposent à plusieurs reprises aux O’Reilly d’emménager dans des logements sociaux. Lisa examine la cuisine équipée d’une maison témoin avant de trancher sur ce qu’il lui faut réellement : Ce qu’il me faut, c’est ça, mais dans mon mobile-home
.

Le documentaire évite les explications didactiques et ne détaille pas certains aspects de la vie des personnages. Parmi eux figurent les motifs de la condamnation en appel de Pa à six mois de prison. Alors que la scolarisation ouvre de nouvelles perspectives aux enfants, elle fragilise aussi la perpétuation du mode de vie nomade. Vers la fin du tournage, le fils aîné, qui s’apprête à se marier et s’est installé dans sa propre caravane, discute avec son père de son avenir dans les courses de chevaux.
Une sortie marquée par les éloges critiques
Distribué par Dulac Distribution, le film bénéficie du soutien de la Région à l’écriture de scénario. Il compte parmi les vingt-deux œuvres soutenues par la région présentées au festival de Cannes 2026. Alexander Murphy signe une réalisation dont la critique salue unanimement la beauté plastique des images. Les observateurs louent également la proximité humaine nouée avec la famille, tout en remarquant la singularité de ce portrait qui choisit de s’éloigner du misérabilisme pour filmer la tendresse et la solidarité au sein du clan.
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En savoir plus sur Irish Travellers
‘Tin Castle’ Cannes review: Affectionate, unsentimental doc follows an Irish traveller family says @AlHunterMovies #Cannes2026 https://t.co/kFjGfz3UlZ