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Le dollar américain est coincé dans les limbes en raison de données manquantes et de volumes en hausse dans les perspectives de la Fed

La reprise des activités à Washington n'a pas déclenché l'enthousiasme attendu sur les marchés financiers, qui semblent désormais plus préoccupés par les signaux économiques et les évolutions réglementaires que par les rebondissements politiques. L'attention se déplace vers les…

Le dollar américain est coincé dans les limbes en raison de données manquantes et de volumes en hausse dans les perspectives de la Fed

La reprise des activités à Washington n’a pas déclenché l’enthousiasme attendu sur les marchés financiers, qui semblent désormais plus préoccupés par les signaux économiques et les évolutions réglementaires que par les rebondissements politiques. L’attention se déplace vers les taux d’intérêt, les stratégies des banques centrales et les interventions potentielles des autorités monétaires.

Si la réouverture du Congrès a été notée, elle n’a pas eu d’impact significatif. Les investisseurs sont davantage concentrés sur les coulisses de l’économie, où les investissements en intelligence artificielle, les questions liées aux retraites et les valorisations boursières tendues suscitent des inquiétudes. Le prochain catalyseur majeur devrait provenir des marchés obligataires.

La volatilité implicite des swaptions, qui était anormalement basse ces dernières semaines, remonte enfin, les traders anticipant la publication de nouvelles données économiques. Actuellement, elle se situe autour de 64 à 65 %, et la Maison Blanche a même averti que les chiffres d’octobre pourraient ne jamais être publiés. Cette situation crée une incertitude particulière : tout le monde s’attend à une sensibilité accrue des taux à court terme, mais l’absence de données fiables empêche une réévaluation des prix.

L’intérêt pour les options d’achat sur les bons du Trésor américain augmente, signalant que les investisseurs parient sur une politique monétaire plus accommodante de la Réserve fédérale (Fed). Si ce scénario se concrétise, les conséquences pourraient être plus importantes que ce que laisse supposer la courbe actuelle des taux.

L’optimisme à long terme ne repose pas sur la réouverture de Washington, mais sur les ajustements réglementaires en cours. Les modifications prévues dans le calcul des ratios de levier devraient augmenter la capacité théorique des bilans bancaires à détenir des bons du Trésor, ce qui a déjà resserré le différentiel entre les taux des bons du Trésor et les swaps de taux d’intérêt de plus de 10 points de base au cours des derniers mois. Des informations récentes de Bloomberg suggèrent que ces changements réglementaires seront finalisés prochainement, ce qui pourrait expliquer la baisse des rendements à long terme malgré la dynamique positive des actifs à risque.

En Europe, une atmosphère de faible volatilité prévaut également. Le resserrement du différentiel de taux entre les obligations d’État françaises (OAT) et allemandes (Bund) à 72 points de base témoigne de la confiance des investisseurs dans la stabilité à court terme. Les progrès budgétaires, la suspension de la réforme des retraites et les prévisions de croissance du produit intérieur brut (PIB) revues à la hausse par la Banque de France contribuent à apaiser les tensions, même si la véritable consolidation budgétaire nécessitera plusieurs années et s’étendra au-delà du cycle électoral de 2027. Tant que la volatilité restera contenue, le trading de différentiels obligataires restera une stratégie privilégiée.

Le marché des changes reste toutefois au centre de l’attention. Les bureaux de change à Tokyo signalent une offre continue de dollars américains, bien que la demande liée aux opérations de couverture de change se soit affaiblie. Le ministère des Finances japonais souhaite examiner attentivement les données américaines avant d’envisager une intervention sur le marché des changes. Avec le taux de change USD/JPY dépassant les 155, le ministère se trouve dans une zone de forte pression, mais l’expérience récente montre que sa stratégie a évolué. En juillet dernier, il est intervenu après une forte appréciation du yen déclenchée par un affaiblissement de l’inflation américaine, s’éloignant ainsi du modèle traditionnel de « défense de ligne ».

Cela signifie que sa prochaine intervention pourrait se produire lors d’une phase de baisse du dollar, plutôt que de hausse. En attendant la publication de nouvelles données, les avertissements verbaux restent l’outil privilégié, laissant les marchés tester les niveaux de 156 à 158 et évaluer la résistance du yen.

L’Australie, en revanche, attire l’attention avec une dynamique économique positive. Le taux de chômage est revenu à 4,3 %, et la création d’emplois a bondi de 42 000 – tous à temps plein – ce qui a incité les marchés à reporter plus loin les anticipations d’une baisse des taux d’intérêt par la Banque de réserve d’Australie (RBA). Le dollar australien (AUD) se redresse, et une progression vers 0,68 dollar américain d’ici mi-2026 semble réaliste.

L’euro continue son évolution lente face au dollar américain, se négociant autour de 1,16. Les prévisions de consensus pour 2026 sont excessivement optimistes, situées entre 1,20 et 1,25 dollar américain, mais il manque une dynamique à court terme. L’écart de sous-évaluation a presque disparu, et il est difficile de prendre des positions vendeuses sur le dollar dans un contexte de portage défavorable sans un catalyseur accommodant de la Fed. Pour franchir clairement le seuil de 1,17, des données américaines plus faibles sont nécessaires, et pas seulement des récits récurrents. En l’absence de tels signaux, l’EUR/USD devrait rester dans une fourchette étroite, tandis que les traders expérimentés continuent de profiter des fluctuations du marché.

La situation sur le marché des changes reste dominée par les mêmes forces sous-jacentes qui ont caractérisé 2024 et 2025 : l’USD/JPY proche du seuil d’intervention, l’AUD comme la seule monnaie du G10 à bénéficier d’un vent favorable, l’EUR/USD en attente d’un catalyseur de données, et le dollar américain dans une phase d’attente jusqu’à la publication des prochains chiffres macroéconomiques américains. Washington a actionné l’interrupteur, mais la salle des machines du marché des changes attend toujours un signal plus fort pour se mettre en mouvement.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.