Publié le 27 octobre 2025 à 13h05. La dette publique américaine pourrait dépasser les niveaux de l’Italie et de la Grèce, deux pays historiquement scrutés pour leurs finances fragiles, selon les dernières prévisions du Fonds Monétaire International (FMI). Cette trajectoire inquiétante met en lumière les défis croissants auxquels sont confrontées les finances publiques des États-Unis.
- Le FMI prévoit que la dette américaine atteindra 143,4 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici la fin de la décennie.
- Le déficit budgétaire américain devrait dépasser les 7 % du PIB chaque année jusqu’en 2030, un niveau inégalé parmi les pays riches.
- Alors que la dette américaine augmente, l’Italie et la Grèce devraient voir leur ratio dette/PIB diminuer grâce à un contrôle strict de leurs déficits.
Pour la première fois depuis le début du millénaire, les États-Unis pourraient se retrouver avec un niveau d’endettement public supérieur à celui de l’Italie et de la Grèce. C’est l’avertissement lancé par le FMI dans ses dernières projections, qui soulignent une détérioration préoccupante de la situation financière américaine. La dette brute des administrations publiques américaines devrait augmenter de plus de 20 points de pourcentage d’ici la fin de la décennie, atteignant un pic de 143,4 % du PIB.
Cette évolution intervient dans un contexte de déficits budgétaires persistants. Le FMI anticipe que le déficit américain dépassera les 7 % du PIB chaque année jusqu’en 2030, un chiffre alarmant qui le place en tête des pays riches suivis par l’institution. L’Italie et la Grèce, souvent citées en exemple pour la fragilité de leurs finances publiques – notamment lors de la crise de la dette souveraine de la zone euro entre 2010 et 2012, qui avait nécessité un plan de sauvetage pour Athènes – semblent, paradoxalement, sur une trajectoire plus favorable.
Rome et Athènes devraient parvenir à maîtriser leurs déficits et à réduire leur ratio dette/PIB à la fin de la décennie. À l’inverse, la dette américaine, selon les données du FMI publiées ce mois-ci, continuera de croître, et le Congressional Budget Office (CBO) s’attend à ce que cette tendance se poursuive pendant des décennies.
« C’est un moment symbolique et, selon le CBO, les projections prévoient que la dette américaine continuera d’augmenter – c’est l’impact des déficits perpétuels. »
Mahmood Pradhan, responsable macro-économique mondial à l’Amundi Investment Institute
Malgré cette situation, les États-Unis bénéficient d’un avantage majeur : le dollar américain est la monnaie de réserve mondiale, ce qui leur confère une capacité d’emprunt supérieure à celle des pays européens. Cependant, cette situation ne doit pas masquer la gravité de la situation, selon James Knightley, économiste américain chez ING.
« De nombreux hommes politiques et investisseurs américains méprisent quelque peu l’Europe, sa croissance lente et ses économies en difficulté, mais lorsque vous disposez de mesures comme celles-ci, la conversation change. »
James Knightley, économiste américain chez ING
Le déficit fédéral américain a considérablement augmenté sous l’administration Biden, malgré un taux de chômage historiquement bas. Les projections du FMI ne laissent entrevoir aucune amélioration significative sous une éventuelle administration Trump. Joe Lavorgna, conseiller économique du secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, a toutefois souligné que l’administration Trump avait pris des mesures pour réduire les dépenses et augmenter les recettes grâce aux droits de douane sur les importations.
« Ce qui manque aux gens, c’est le fait qu’une grande partie de l’amélioration du déficit budgétaire de cette année s’est produite à partir du mois d’avril. »
Joe Lavorgna, conseiller économique du secrétaire au Trésor américain Scott Bessent
Si la dette publique brute des États-Unis est restée inférieure à celle de l’Italie et de la Grèce depuis le début du millénaire, une autre mesure, la dette publique nette (qui tient compte des actifs financiers), montre que les États-Unis se situent encore à environ 10 points de pourcentage en dessous des niveaux d’endettement italiens à la fin de la décennie. Cependant, cette mesure également est en augmentation, selon Joe Gagnon, de l’Institut Peterson.
L’Italie, en particulier, a du mal à réduire son endettement en raison de sa faible croissance économique. Le FMI prévoit une croissance de seulement 0,5 % cette année et de 0,8 % en 2026. Néanmoins, le gouvernement de la Première ministre italienne Giorgia Meloni a été salué par les investisseurs pour ses efforts visant à réduire le déficit budgétaire de Rome. L’Italie devrait même enregistrer un excédent primaire de 0,9 % du PIB cette année, dépassant les prévisions initiales de 0,5 %. Rome anticipe un déficit budgétaire de 3 % du PIB cette année, ce qui lui permettrait de sortir de la procédure de déficit excessif de l’Union européenne un an plus tôt que prévu.
Selon Filippo Taddei, économiste européen senior chez Goldman Sachs, Goldman Sachs, « il existe une approche continue et prudente en matière de politique budgétaire ». L’agence de notation DBRS Morningstar a d’ailleurs relevé la note souveraine de l’Italie de « BBB haut » à « A bas » ce mois-ci, soulignant les progrès réalisés par Rome pour renforcer ses finances publiques. Ces efforts ont été facilités par l’accès à plus de 200 milliards d’euros de fonds européens dans le cadre du programme de relance post-pandémie.
Carlo Capuano, responsable adjoint de l’équipe de notation souveraine chez Scope Ratings, a également noté que l’Italie a bénéficié d’une reprise du marché du travail et d’une augmentation des recettes fiscales, stimulées en partie par l’utilisation croissante des paiements numériques.
En revanche, Joe Gagnon souligne que la situation politique américaine rend difficile toute réduction significative des déficits.
« Les démocrates ne veulent pas réduire les dépenses et les républicains ne veulent pas augmenter les impôts. Ils veulent tous les deux s’accrocher à cela. Je ne sais pas quand cette dynamique va changer. »
Joe Gagnon, de l’Institut Peterson
Maury Obstfeld, ancien économiste en chef du FMI et aujourd’hui professeur à Berkeley, estime que toute prévision d’une situation budgétaire américaine viable repose sur des hypothèses optimistes concernant la croissance de la productivité, les recettes douanières, la démographie ou les taux d’intérêt.
