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le film culte qui a changé la vie de Tarantino

by Antoine Girard

Publié le 14 décembre 2025 19h00. Le réalisateur Quentin Tarantino doit à un film d’action méconnu, L’Ancien prisonnier coréen, une part de sa vocation de cinéaste et même l’éveil de son esprit critique face au septième art.

  • Quentin Tarantino considère L’Ancien prisonnier coréen comme le film qui a déclenché sa passion pour l’analyse cinématographique.
  • Le titre original du film, Tonnerre roulant, a subi une traduction singulière en Espagne, peut-être pour des raisons de marketing.
  • Tarantino avait même sollicité l’auteur du scénario original pour modifier la fin du film, dans le cadre d’un projet avorté.

Pour beaucoup, le permis de conduire est synonyme de liberté, d’indépendance. Pour Quentin Tarantino, il représentait un moyen bien précis : celui de traquer les films rares dans les salles obscures de Los Angeles. Et parmi toutes les œuvres visionnées, une seule l’a marqué plus que les autres, nécessitant un véritable périple pour la découvrir : L’Ancien prisonnier coréen, un film particulièrement difficile à trouver, même aujourd’hui, sur les plateformes de streaming espagnoles.

Ce film, dont le titre original est Tonnerre roulant, est considéré comme l’une des traductions les plus étranges jamais proposées sur le marché espagnol. L’explication ? Une volonté de l’associer, de manière humoristique (bien que les deux films ne soient pas particulièrement comiques), à L’Express de minuit, avec lequel il partageait l’affiche. Un sort similaire est arrivé à Le Chicago Express, dont le titre original était Série d’argent.

Le film qui a changé la vie de Tarantino

Il peut sembler exagéré, mais c’est Tarantino lui-même qui attribue cette importance au film dans son ouvrage Méditations cinéma. Écrit par Paul Schrader, le scénariste de Taxi Driver (1976, soit un an avant la sortie de L’Ancien prisonnier coréen), ce livre revient sur les héros tourmentés par leur passé dans la jungle vietnamienne, incapables de se défaire de la guerre. Une thématique qui rend d’autant plus incongru le lien établi avec la Corée dans la traduction espagnole.

L’histoire de L’Ancien prisonnier coréen suit un protagoniste qui, de retour chez lui, découvre que sa famille a été assassinée par des criminels mexicains. Ce constat déclenche deux lignes narratives : la vengeance du héros et la remise en question de son rôle d’instrument de mort, devenu inutile en temps de paix.

« Qu’est-ce qui m’a autant séduit dans ce film ? »

Quentin Tarantino

Dans le chapitre qu’il lui consacre dans Méditations sur le cinéma, on comprend que le réalisateur de Pulp Fiction a été absolument captivé par tous les aspects de L’Ancien prisonnier coréen.

Tarantino décrit le film comme « sauvage, fasciste, vengeur et grandiose », mais surtout, il souligne qu’il s’agit du moment où il a commencé à se sentir comme un véritable critique de cinéma. L’Ancien prisonnier coréen a ainsi initié sa passion pour l’analyse filmique, qui jusqu’alors s’éteignait avec le générique de fin. Il qualifie également Tonnerre roulant de « meilleure combinaison jamais réalisée entre une étude de personnage et un film d’action ».

Son attachement à L’Ancien prisonnier coréen est tel que, lorsqu’il préparait son projet de film Le Critique de cinéma (finalement abandonné, car, selon lui, « qui voudrait voir un film sur un critique de cinéma ? »), il a demandé à Paul Schrader l’autorisation de modifier la fin de Tonnerre roulant. Le scénariste a accepté, mais on ne saura jamais quelles modifications Tarantino avait en tête. On ne saura jamais, en somme, ce que l’homme qui a imaginé Brad Pitt abattant Hitler ou Leonardo DiCaprio incendiant la famille Manson avec un lance-flammes aurait pu inventer.

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