Publié le 14 décembre 2023 à 18h35. Les dirigeants européens sont réunis à Bruxelles pour un sommet crucial, où ils tenteront de débloquer l’utilisation de centaines de milliards d’euros d’actifs russes gelés afin de soutenir financièrement l’Ukraine, confrontée à des difficultés croissantes.
- L’Union européenne envisage d’utiliser jusqu’à 210 milliards d’euros d’actifs russes immobilisés pour garantir un prêt à l’Ukraine.
- La Belgique s’oppose fermement à ce projet, craignant des poursuites judiciaires de la part de Moscou.
- Le Taoiseach irlandais, Micheál Martin, soutient l’utilisation de ces avoirs et plaide pour une accélération de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.
Le sommet de Bruxelles, considéré comme l’un des plus importants depuis des années, se concentre sur la recherche d’une solution pour fournir à l’Ukraine le soutien financier et militaire dont elle a désespérément besoin. Kiev pourrait se retrouver à court de liquidités dès le début de l’année prochaine, selon les estimations. En octobre dernier, l’ensemble des États membres de l’UE – à l’exception de la Hongrie – s’étaient engagés à trouver des moyens de financer le pays pour les deux prochaines années, tant pour sa survie que pour démontrer à la Russie le soutien continu de l’Europe.
La principale difficulté réside dans le fait que la majorité des actifs russes gelés sont détenus par Euroclear, une société belge. Le gouvernement belge, par conséquent, s’oppose à leur utilisation, redoutant d’être exposé à des actions en justice potentielles de la part de la Russie. La Commission européenne a toutefois assuré qu’aucun tribunal russe ou international ne pourrait tenir la Belgique responsable tant que les actifs resteraient soumis aux sanctions européennes.
La semaine dernière, l’UE a fait usage de ses pouvoirs d’urgence pour garantir le maintien de ces sanctions jusqu’à ce que la Russie commence à indemniser l’Ukraine, afin de contrer un éventuel veto hongrois. Malgré cela, la Belgique persiste dans ses exigences, réclamant une mutualisation totale des risques. Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a également suggéré d’examiner la possibilité d’augmenter l’endettement de l’UE en utilisant les marges de manœuvre budgétaires existantes.
Toutefois, cette dernière proposition semble peu probable, car elle nécessiterait l’unanimité des États membres, et la Hongrie pourrait facilement bloquer une telle initiative. M. De Wever a déclaré ce matin aux parlementaires belges que les garanties offertes par l’UE étaient jusqu’à présent « insuffisantes ».
« La Belgique n’acceptera pas une solution dans laquelle nous serions les seuls à supporter à la fois les risques et la responsabilité. »
Bart De Wever, Premier ministre belge
Il a ajouté qu’il n’avait pas encore reçu de proposition susceptible de le convaincre d’approuver le plan.
Les dirigeants européens espèrent qu’un accord sur l’utilisation des actifs russes enverrait un signal fort à l’administration américaine, et notamment à l’éventuelle future administration Trump, ainsi qu’à la Russie, démontrant ainsi l’engagement indéfectible de l’Europe envers l’Ukraine.
Outre la situation en Ukraine, le Conseil européen abordera également la crise au Moyen-Orient, l’élargissement de l’UE, les questions de sécurité et de défense, ainsi que la lutte contre l’antisémitisme. Le prochain budget pluriannuel de l’UE (2028-2034), la compétitivité et la migration seront également au programme des discussions.
Avant le début du sommet, le Taoiseach irlandais, Micheál Martin, a exprimé son impatience d’entendre le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qu’il avait rencontré à Dublin plus tôt en décembre.
« Je soutiens pleinement les projets visant à utiliser les avoirs de l’État russe gelés pour soutenir l’Ukraine, et j’espère qu’il sera possible lors de la réunion de parvenir à un accord sur ce point. »
Micheál Martin, Taoiseach irlandais
Il a également souligné l’importance d’accélérer l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, la considérant comme un élément clé de sa sécurité future. Il a mis en garde contre les tentatives de déstabilisation de l’UE et de ses voisins, notamment de la part de la Russie, et a rappelé que l’Irlande n’était pas à l’abri de ces menaces, comme l’ont démontré les récentes observations de drones près de Dublin lors de la visite de M. Zelensky.
M. Martin a également insisté sur la nécessité de répondre à la crise humanitaire à Gaza, soulignant que l’aide n’atteignait toujours pas les niveaux requis, même deux mois après le début du cessez-le-feu. Il a plaidé pour que l’UE fasse tout son possible pour fournir une aide indispensable à la population gazaouie, en particulier à l’approche de l’hiver, et pour soutenir la prochaine phase du plan de paix visant à une solution à deux États.
Enfin, il a condamné l’attaque terroriste survenue à Bondi Beach en Australie et s’est félicité de l’engagement du Conseil européen à intensifier les efforts pour éradiquer l’antisémitisme de nos sociétés.
« Nous avons tous été profondément choqués et consternés par l’attaque terroriste contre la communauté juive de Sydney. Il ne peut y avoir de place pour l’antisémitisme et la haine dans nos sociétés. »
Micheál Martin, Taoiseach irlandais
Il a également affirmé son soutien à une politique commerciale ouverte et à des investissements dans l’innovation, tout en réclamant une politique agricole commune (PAC) et une politique commune de la pêche « encadrées et entièrement financées ».
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