Publié le 2024-05-16 14:35:00. Ludwig Minelli, fondateur de l’association Dignitas, figure de proue du droit à mourir dans la dignité, est décédé par suicide assisté quelques jours avant son 93e anniversaire. Son engagement a permis à des milliers de personnes de mettre fin à leurs jours selon leurs propres conditions.
- Ludwig Minelli, fondateur de Dignitas, est décédé par suicide assisté.
- Dignitas a accompagné plus de 4 000 personnes dans le processus de fin de vie, dont 571 Britanniques.
- Le débat sur le suicide assisté est en évolution, avec des législations adoptées dans plusieurs pays et une discussion en cours au Royaume-Uni.
Ludwig Minelli, journaliste de formation puis avocat spécialisé dans les droits de l’homme, a consacré sa vie à défendre le droit à l’autodétermination en fin de vie. Il a fondé Dignitas en 1998, après avoir quitté l’organisation Exit, qu’il jugeait trop restrictive. Dignitas est rapidement devenue une référence mondiale pour les personnes souhaitant bénéficier du suicide assisté, notamment celles dont le pays d’origine ne le permettait pas.
Dignitas a souligné l’héritage de son fondateur, rappelant notamment l’impact de son travail sur la jurisprudence européenne. En 2011, la Cour européenne des droits de l’homme a confirmé le droit de chacun à décider de la fin de sa propre vie.
En Suisse, où l’aide au suicide est légale depuis 1942 à condition qu’elle ne soit pas motivée par un gain financier et que la personne soit capable de discernement, Minelli a parfois été critiqué pour son manque de transparence financière et pour avoir accepté d’aider des patients non en phase terminale. Il a cependant toujours obtenu gain de cause devant le Tribunal fédéral suisse dans les affaires qui lui ont été contestées.
Le débat sur le suicide assisté est en pleine évolution. L’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande ont récemment adopté des lois en la matière. Au Royaume-Uni, une proposition de loi est actuellement examinée par la Chambre des Lords. Si elle est adoptée, elle permettrait aux adultes en phase terminale, avec moins de six mois à vivre, de demander de l’aide pour mettre fin à leurs jours, sous réserve de l’approbation de deux médecins et d’un panel comprenant un travailleur social, un avocat et un psychiatre. Cependant, les opposants à cette légalisation craignent que des personnes vulnérables ne soient poussées au suicide.
Minelli avait déclaré lors d’une interview accordée à la BBC en 2010 :
« Je crois que nous devons nous battre pour réaliser le dernier droit de l’homme dans nos sociétés. Ce droit, c’est d’être capable de prendre des décisions concernant la fin de sa vie et de le faire sans risque ni douleur. »
Ludwig Minelli
En 2023, à l’approche de ses 90 ans, Minelli affirmait encore au Financial Times qu’il continuait à « travailler jour et nuit » et plaidait pour un accès plus large au droit à l’aide médicale à mourir. Dignitas, qui compte plus de 10 000 membres, a annoncé qu’elle poursuivrait son action en faveur de l’autodétermination et de la liberté de choix en fin de vie, conformément aux principes de son fondateur. Selon des informations du Guardian, l’organisation a aidé plus de 4 000 personnes à mettre fin à leurs jours d’ici 2024, dont 571 ressortissants britanniques. Environ 1 900 citoyens britanniques sont membres de Dignitas, parmi lesquels figure la présentatrice de télévision et militante Esther Rantzen.
Il est important de noter que l’euthanasie, qui consiste en l’administration directe d’une substance mortelle par un médecin, reste illégale en Suisse.