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Le football dans le collimateur de la terreur – DiePresse.com

by Camille Renault

Publié le 10 novembre 2025 19:17:00. Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, Joachim Löw et Oliver Bierhoff reviennent sur les heures sombres vécues avec l’équipe d’Allemagne de football, alors retenue à Paris lors du match amical contre la France. Un documentaire de la chaîne ARD les suit sur les lieux de ces événements traumatisants.

  • L’équipe d’Allemagne était présente au Stade de France le soir des attentats, et a vécu des heures d’incertitude et de peur.
  • Une alerte à la bombe à l’hôtel de l’équipe avait perturbé la préparation du match, avant que la menace terroriste ne devienne réalité.
  • Les anciens dirigeants de la DFB (Fédération allemande de football) témoignent de l’angoisse et de l’impuissance ressenties face à la situation.

Le souvenir reste vif. Joachim Löw, alors sélectionneur de l’équipe d’Allemagne, se souvient de l’atmosphère pesante qui régnait déjà avant le coup d’envoi du match amical contre la France, le 13 novembre 2015.

« La peur nous couvrait déjà le cou »

Joachim Löw, ancien sélectionneur de l’équipe d’Allemagne

Ce soir-là, Paris était frappé par une série d’attentats terroristes qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés. L’équipe allemande s’est retrouvée malgré elle au cœur de cette tragédie.

Oliver Bierhoff, alors manager de l’équipe, apparaît également marqué par ces événements, aux côtés de Löw lors d’un récent retour sur les lieux, au Stade de France.

« La peur qui m’a toujours gêné, jusqu’au match à Hanovre, était que nous soyons la cible »

Oliver Bierhoff, ancien manager de l’équipe d’Allemagne

Ces témoignages font partie d’un documentaire de la chaîne allemande ARD, intitulé “Terreur. Football. Paris 2015”, qui retrace les événements de cette nuit fatidique.

Le 13 novembre 2015, une alerte à la bombe avait interrompu la préparation habituelle de l’équipe allemande. Un appel anonyme avait signalé une menace à l’hôtel Molitor, obligeant l’ensemble de la délégation à évacuer les lieux. L’incertitude était à son comble. L’équipe s’est alors réfugiée dans une salle de sport et sur les courts de tennis du complexe de Roland Garros, en attendant des nouvelles. La préparation du match a pu reprendre, mais l’ambiance était tendue, la sécurité renforcée.

Puis, à la 16e minute et 23 secondes du match, les explosions ont retenti. Tom Bartels, le commentateur de la chaîne ARD, a immédiatement ressenti un malaise.

« Je ne sais pas si vous avez entendu le bruit fort, cela vous fait vous sentir différent pendant un moment. Cela ressemblait à une explosion »

Tom Bartels, commentateur ARD

Les détonations, plus puissantes que des pétards, ont semé la panique dans le stade et dans la ville. Le président français François Hollande, présent dans les tribunes, a rapidement été informé de la situation.

Un passant a été tué devant le stade, mais les terroristes n’ont pas réussi à pénétrer à l’intérieur. Selon le journaliste d’investigation français Vincent Nouzille, les stadiers qui ont refusé l’accès aux assaillants ont joué un rôle crucial en empêchant une catastrophe encore plus grande. L’État français a immédiatement mis en place un dispositif de crise.

Après le match, il n’y a eu aucune célébration pour les joueurs français, ni de joie pour les Allemands. L’équipe de la DFB s’est rapidement réfugiée dans les vestiaires, où elle a appris l’ampleur de la tragédie.

« Il est devenu évident pour tout le monde que nous nous trouvions dans une situation d’urgence incroyable, comme nous n’en avions jamais connue auparavant, et que cela avait quelque chose à voir avec nous »

Joachim Löw, ancien sélectionneur de l’équipe d’Allemagne

Le capitaine Bastian Schweinsteiger a déclaré :

« Vous avez entendu parler de morts et vous êtes sous le choc »

Bastian Schweinsteiger, ancien capitaine de l’équipe d’Allemagne

L’équipe a passé la nuit dans le stade, transformé en abri d’urgence. Des matelas ont été disposés dans les vestiaires, mais peu ont pu dormir. Des rumeurs de nouvelles attaques ont circulé, alimentant la peur et la panique. Un appel du conseiller de Löw, Harun Arslan, évoquait même une menace sur l’hôtel de l’équipe, selon des informations provenant du président turc Recep Tayyip Erdoğan.

Le lendemain matin, l’équipe a quitté Paris discrètement, en minibus, pour rejoindre l’aéroport Charles de Gaulle. Le grand bus de l’équipe a été évité pour ne pas attirer l’attention. Le vol de retour vers Francfort s’est déroulé dans un silence pesant, mais avec un sentiment de soulagement croissant. Les joueurs ont bénéficié d’un jour de congé avant de reprendre l’entraînement en vue du match amical contre les Pays-Bas, prévu à Hanovre quelques jours plus tard.

Cependant, la menace restait présente. Le ministre de l’Intérieur allemand Thomas de Maizière a déclaré que la situation était “à risque élevé”. Joachim Löw a consulté les autorités gouvernementales et a finalement décidé de maintenir le match, en signe de solidarité avec la France et pour affirmer la liberté face au terrorisme.

« Nous ne permettrons en aucun cas au terrorisme de nous mettre à genoux »

Joachim Löw, ancien sélectionneur de l’équipe d’Allemagne

Mais finalement, le match a été annulé peu avant le coup d’envoi, les forces de sécurité craignant une attaque imminente. La peur est revenue, et l’équipe a regagné le chemin du retour.

Manuel Neuer, gardien de but de l’équipe allemande, a évoqué ces souvenirs douloureux avant un match contre le Paris Saint-Germain la semaine dernière.

« Ces souvenirs ne seront pas effacés. C’étaient des moments effrayants »

Manuel Neuer, gardien de but de l’équipe allemande

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