Des chercheurs de l’Université Kyushu, au Japon, ont mis au point un matériau moléculaire à l’état solide capable de convertir la lumière visible du soleil en photons ultraviolets (UV). Publiée le 23 juin 2024 dans Nature Communications, cette innovation atteint une efficacité de conversion de 1,9 % en utilisant uniquement la lumière naturelle non concentrée.
L’alchimie quantique du dihydroindenoindenedene (DHI)
La création de lumière UV à partir de rayons solaires ordinaires repose sur un phénomène physique appelé conversion ascendante de photons. Contrairement aux systèmes traditionnels qui nécessitent des lasers de laboratoire à haute intensité, le nouveau matériau développé à l’Université Kyushu fonctionne sous un ciel d’après-midi standard. Pour y parvenir, l’équipe a utilisé un semi-conducteur organique nommé dihydroindenoindenedene (DHI). Le défi technique majeur résidait dans la structure du matériau. Dans les solides, les molécules sont généralement si serrées que les nuages d’électrons π s’entremêlent, provoquant la disparition de l’énergie avant qu’elle ne puisse être combinée. « Dans les solides, les molécules sont regroupées étroitement, et les nuages d’électrons π — des régions de haute densité électronique flottant au-dessus et au-dessous de chaque plan moléculaire — peuvent se chevaucher. Quand cela arrive, les triplets s’éteignent facilement avant même de se rencontrer. Les molécules doivent être assez proches pour que l’énergie soit transférée, mais suffisamment séparées pour empêcher l’extinction des excitons. » Yoichi Sasaki, Professeur associé à la Faculté d’ingénierie de l’Université Kyushu La solution a consisté à fixer des chaînes hydrocarbonées (ou chaînes alkyles) aux atomes de carbone sp3 du squelette de la molécule. Ces chaînes agissent comme des espaceurs microscopiques, maintenant la distance critique nécessaire pour permettre le transfert d’énergie tout en évitant la neutralisation mutuelle des molécules.Le mécanisme de l’annihilation triplet-triplet

Une efficacité de 1,9 % face aux limites du spectre solaire

| Indicateur | Valeur mesurée | Contexte |
|---|---|---|
| Efficacité de conversion | 1,9 % | Lumière solaire naturelle non concentrée |
| Part du spectre UV naturel | 6 % | Lumière atteignant la surface de la Terre |
| Rendement quantique | > 60 % | Transfert d’énergie à l’état solide |
Applications industrielles et course contre la retraite
L’intérêt pour la production de lumière UV ne relève pas du confort, mais de nécessités techniques précises. Comme le souligne Interesting Engineering, les rayons UV sont indispensables pour la purification de l’air, la polymérisation des résines dans les imprimantes 3D et le durcissement instantané des gels dentaires. La découverte est également le fruit d’une tension temporelle. Le projet a été porté pendant plus de 14 ans par le professeur émérite Nobuo Kimizuka. L’illumination technique sur la structure du DHI est survenue en mai 2024, alors que Kimizuka était à moins d’un an de son départ à la retraite. L’équipe a dû condenser des mois d’analyses de données et de rédaction en seulement quelques jours. Le manuscrit final a été remis au professeur Kimizuka seulement 11 jours avant sa retraite officielle. Cette course contre la montre a permis de sécuriser la publication et le dépôt d’un brevet pour le matériau. À terme, cette technologie pourrait permettre de créer des dispositifs de stérilisation ou de fabrication additive entièrement alimentés par le soleil, éliminant le besoin de sources d’énergie électriques coûteuses ou de lampes UV artificielles.Find more reporting in our Technologie et science section.
