Publié le 20 décembre 2025 à 02h18. Le Zamrock, genre musical zambien né dans les années 1970, connaît une résurgence internationale, inspirant une nouvelle génération d’artistes, dont la rappeuse zambienne Sampa the Great, qui explore ses sonorités dans son prochain album.
- Sampa the Great s’inspire du Zamrock pour son troisième album, à la recherche d’un son « postcolonial » et audacieux.
- Des artistes américains comme Travis Scott, Yves Tumor et Tyler, the Creator ont déjà samplé des morceaux de Zamrock.
- Le label américain Now-Again Records a joué un rôle clé dans la redécouverte de ce genre musical en rééditant des albums emblématiques.
Le Zamrock, contraction de « Zambian Rock », a émergé dans les années 1970, dans une Zambie récemment indépendante et en plein essor économique. Le président Kenneth Kaunda avait mis en place une politique favorisant la musique locale, exigeant que 95 % des titres diffusés à la radio soient d’origine zambienne (environ 740 £). Cette mesure a permis à une vague de jeunes musiciens de développer un style unique, mélangeant le rock psychédélique occidental et les traditions musicales africaines.
Emmanuel Chanda, leader du groupe WITCH (We Intend To Cause Havoc), se souvient de l’influence des groupes de rock anglo-saxons de l’époque : « Nous étions influencés par des groupes comme Deep Purple, Grand Funk Railroad, Led Zeppelin, Jimi Hendrix, James Brown. Mais nous étions Africains. Nous voulions jouer comme ces groupes de rock, mais l’aspect africain nous appelait aussi : ‘Vous ne pouvez pas me laisser derrière’ ». WITCH, connu pour ses concerts marathon qui pouvaient durer jusqu’à 2h00 du matin, est devenu l’un des groupes les plus populaires de cette scène musicale effervescente.
Sampa the Great, qui a notamment joué à Glastonbury, Coachella et à l’Opéra de Sydney, explique avoir trouvé dans le Zamrock un son porteur d’une nouvelle liberté et d’une audace particulière :
« Nous recherchions un son et une voix si postcoloniaux. Et Zamrock était ce son – ce son de nouvelle liberté, ce son d’audace. »
Sampa the Great, rappeuse
La résurgence du Zamrock ne se limite pas à l’échantillonnage par des artistes contemporains. Le genre a également trouvé sa place dans des productions audiovisuelles populaires, comme la série de super-héros Watchmen et la comédie Ted Lasso, qui ont intégré des chansons de Zamrock à leurs bandes originales.
Le Zamrock a connu un déclin rapide dans les années 1980, en raison de la crise économique que traversait la Zambie, liée à la chute des prix du cuivre, son principal produit d’exportation. Le piratage musical et la crise du VIH/Sida, qui a emporté de nombreux musiciens, dont cinq membres fondateurs de WITCH, ont également contribué à sa disparition. Emmanuel Chanda, surnommé Jagari, a dû quitter la scène musicale et travailler dans les mines pour subvenir aux besoins de sa famille.
Au début des années 2010, des collectionneurs de disques occidentaux ont commencé à s’intéresser au Zamrock, relançant la demande pour les albums originaux, devenus rares et précieux. Le label américain Now-Again Records a joué un rôle déterminant dans cette renaissance en rééditant des albums de WITCH et d’autres groupes emblématiques. Eothen “Egon” Alapatt, le fondateur du label, explique :
« Je n’étais pas sûr qu’il y ait un marché. J’étais juste sûr que c’était très cool. Je me suis dit : ‘Si je suis curieux à ce sujet, il y a probablement d’autres personnes qui sont curieuses à ce sujet’. »
Eothen “Egon” Alapatt, fondateur de Now-Again Records
Cette redécouverte a conduit à la reformation de WITCH, avec Jagari et Patrick Mwondela, rejoints par de jeunes musiciens européens. Le groupe a sorti deux albums, participé à un documentaire et s’est produit dans des festivals prestigieux, comme Glastonbury, réalisant ainsi un rêve que la formation originale n’avait jamais pu accomplir.
D’autres artistes, comme Tyler, the Creator, ont également salué le Zamrock, qualifiant la famille Ngozi de « incroyable ». Le producteur Madlib et Mike D des Beastie Boys ont également exprimé leur admiration pour ce genre musical. Third Man Records, le label co-fondé par Jack White, a même sorti un enregistrement live de WITCH.
Sampa the Great prépare un nouvel album, qu’elle décrit comme du « nu Zamrock », où les rythmes de ce genre musical seront omniprésents, mêlés à d’autres influences. Elle est convaincue que la résurgence du Zamrock ne fait que commencer :
« Je pense que la résurgence de Zamrock sera quelque chose de vraiment énorme. »
Sampa the Great, rappeuse
Jagari, âgé de 74 ans, se réjouit de voir une nouvelle génération s’approprier le Zamrock :
« Le feu est allumé. C’est à la jeune génération d’y mettre plus de bois de chauffage et de laisser les flammes brûler. »
Emmanuel « Jagari » Chanda, leader de WITCH
