Home SantéLe gouvernement britannique cherche à restreindre les manifestations, y compris certaines contre les sociétés pharmaceutiques

Le gouvernement britannique cherche à restreindre les manifestations, y compris certaines contre les sociétés pharmaceutiques

by Sophie Martin

Publié le 13 janvier 2026 à 20h25. Les législateurs britanniques s’apprêtent à voter sur un amendement controversé qui pourrait considérablement restreindre le droit de manifester à proximité d’installations liées aux sciences de la vie, suscitant des inquiétudes quant à la liberté d’expression et de réunion pacifique au Royaume-Uni.

  • Un amendement à la loi de 2023 sur l’ordre public pourrait criminaliser les manifestations près de sites pharmaceutiques, de laboratoires de recherche et d’autres installations des « sciences de la vie ».
  • Les sanctions prévues incluent jusqu’à 12 mois de prison, même pour des actions non-violentes.
  • Des organisations de défense des droits de l’homme dénoncent une érosion continue du droit de manifester au Royaume-Uni.

Le Parlement britannique doit se prononcer le 14 janvier sur un amendement à la loi de 2023 sur l’ordre public (POA) qui pourrait avoir des conséquences majeures sur le droit de manifester. La proposition, formulée dans des termes larges et imprécis, classerait les installations des « sciences de la vie » – incluant les entreprises pharmaceutiques, les centres de recherche médicale et les laboratoires pratiquant l’expérimentation animale – parmi les « infrastructures nationales clés ». Si elle est adoptée, toute personne participant à une manifestation à proximité de ces sites pourrait être passible de sanctions pénales allant jusqu’à un an d’emprisonnement.

Cet amendement intervient dans un contexte de durcissement des lois encadrant les manifestations au Royaume-Uni. Un récent rapport de Human Rights Watch, intitulé « Faire taire les rues : le droit de manifester attaqué au Royaume-Uni », souligne que depuis 2022, une série de législations a accordé à la police des pouvoirs discrétionnaires étendus pour restreindre les rassemblements jugés bruyants, perturbateurs ou simplement gênants. Des tactiques de protestation pacifiques, établies de longue date, sont désormais susceptibles d’être criminalisées et punies par des peines de prison.

Le langage vague de l’amendement, qui fait référence aux manifestations qui « interfèrent avec l’utilisation ou le fonctionnement » des sites désignés, ouvre la porte à une interprétation très large. En pratique, cela pourrait signifier que même de petits rassemblements pacifiques, comme des personnes brandissant des pancartes devant les bureaux d’une entreprise, pourraient être considérés comme illégaux. L’amendement pourrait également affecter les protestations concernant l’accès aux médicaments, la responsabilité des entreprises pharmaceutiques ou les effets secondaires de certains traitements.

Les organisations de défense des droits de l’homme rappellent que le Royaume-Uni est tenu, en vertu de la Convention européenne des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de protéger la liberté d’expression et de réunion pacifique. Toute restriction à ces droits doit être légale, nécessaire et proportionnée, et poursuivre un objectif légitime. Selon ces conventions, des désagréments économiques ou l’inconfort causé aux entreprises ne peuvent à eux seuls justifier une interdiction radicale des manifestations. La Cour européenne des droits de l’homme a d’ailleurs souligné à plusieurs reprises que les rassemblements pacifiques peuvent engendrer un certain niveau de perturbation.

Récemment, l’interdiction de Palestine Action en tant que groupe terroriste a été suivie d’une augmentation du recours aux lois antiterroristes contre des manifestants pacifiques, avec des milliers d’arrestations et des accusations de terrorisme.

Si l’amendement est adopté, il pourrait limiter davantage les possibilités pour les citoyens d’exprimer leur désaccord sur des questions d’intérêt public, notamment dans les domaines de la santé, de l’éthique scientifique et du bien-être animal. Les défenseurs des droits de l’homme appellent le Parlement à rejeter cet amendement, estimant qu’une démocratie fondée sur l’État de droit doit protéger le droit fondamental de manifester.

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