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Le grand écran en danger : les films sortiront-ils encore en salle ?

Publié le 2026-01-01 22:05:00. L'avenir des salles de cinéma est menacé par la stratégie agressive de Netflix et l'évolution rapide des habitudes de consommation, avec l'essor de la vidéo à la demande et des sorties "premium" en streaming.…

Le grand écran en danger : les films sortiront-ils encore en salle ?

Publié le 2026-01-01 22:05:00. L’avenir des salles de cinéma est menacé par la stratégie agressive de Netflix et l’évolution rapide des habitudes de consommation, avec l’essor de la vidéo à la demande et des sorties « premium » en streaming. Ces changements pourraient bouleverser le financement du cinéma français, déjà fragilisé par une fréquentation en baisse.

  • Netflix pourrait devenir le leader incontesté du cinéma et du streaming si son projet d’acquisition de Warner Bros. Discovery aboutit.
  • L’émergence des sorties « Premium VOD », permettant d’accéder aux films en streaming moyennant un coût élevé, fragilise la chronologie des médias et les salles de cinéma.
  • Les recettes des salles restent inférieures de 25 % à leur niveau de 2019, tandis que le streaming gagne du terrain.

Le patron de Netflix, Ted Sarandos, affiche une ambition claire : « divertir le monde, pas d’amener des gens dans les salles ». Pourtant, il assure vouloir « sauver » Hollywood. Cette affirmation prend une nouvelle dimension avec la possibilité d’une acquisition de Warner Bros. Discovery (WBD) par Netflix, une opération qui propulserait le géant du streaming en position de force sur le marché, contrôlant environ 30 % du marché américain, un seuil considéré comme critique par la loi antitrust et dénoncé par la Guilde des scénaristes américains. Une telle concentration donnerait à Netflix un accès privilégié à un catalogue prestigieux, incluant des séries emblématiques de HBO Max telles que Les Sopranos, Six pieds sous terre et The Wire, offrant aux abonnés un accès illimité à des œuvres majeures.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte de bouleversement de la chronologie des médias, ces délais légaux qui régissent l’arrivée des films sur les plateformes de streaming. Philippe Logie, chef des acquisitions et des coproductions à BeTv/Voo depuis 2001, explique :

« Au départ, la chronologie des médias était fixée sur le plan européen. Cette règle a été abandonnée, mais la France l’a maintenue. En Belgique francophone, il n’y a plus de chronologie légale mais comme on est très dépendant du marché français, on ne déroge pas aux règles françaises. Au début des années 2000, la chronologie était établie à dix-huit mois après la sortie en salles. Elle est passée à quinze chez Netflix, puis douze, puis neuf chez Disney et aujourd’hui six mois pour un film Canal +, car ils soutiennent énormément le cinéma français et s’octroient donc ce délai court. Pour la VOD, ça bascule entre trois et quatre mois, avec des exceptions expérimentales chez nous qui n’ont pas lieu en France ».

Ces « exceptions » se manifestent notamment par l’essor des sorties « Premium VOD », qui permettent aux spectateurs d’accéder aux films en streaming en avant-première, moyennant un prix élevé (environ 18 €). Cette pratique, qui brise la protection de la fenêtre de quatre mois réservée aux salles, est pour l’instant absente en France. Selon Philippe Logie, la Belgique se positionne comme un « laboratoire » pour ces nouvelles formes de distribution :

« On peut considérer qu’en Belgique la Communauté française est un peu un laboratoire des premières sorties Premium, qui ont débuté après le Covid ».

Des films comme F1 avec Brad Pitt, disponible sur Apple Tv un mois et demi seulement après sa sortie en salles pour 18 €, ou encore Napoléon de Ridley Scott, Tueurs de la Lune des Fleurs de Martin Scorsese (qui prépare par ailleurs une série inspirée de son film Casino sur Netflix) et le biopic sur Bob Dylan Un inconnu complet avec Timothée Chalamet, accessible en Premium sur Disney +, en sont des exemples concrets.

Ces pratiques, initiées après la pandémie de Covid-19, ont des conséquences paradoxales. Si la création cinématographique est maintenue, les recettes des salles restent en deçà de leur niveau d’avant-crise (inférieures d’un quart à celles de 2019). Cette situation inquiète le marché des salles, d’autant plus que l’année 2025 en France n’a pas bénéficié de succès populaires comme Le comte de Monte-Cristo ou Un p’tit truc en plus (qui ont cumulé 180 millions d’euros de recettes et 20 millions d’entrées en 2024), creusant un trou dans la trésorerie des exploitants.

L’acquisition de WBD par Netflix, désormais probable après le rejet de l’offre concurrente de Paramount, pourrait accentuer cette tendance, avec le risque de voir une série de blockbusters ne plus être diffusés en salles. Warner en propose actuellement une quinzaine chaque année, dont des titres majeurs comme Superman, Dune ou Barbie. En France, cela mettrait en péril le système de financement du cinéma, basé sur la taxe sur les billets, qui alimente le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). La Fédération nationale des cinémas français (FNCF) se bat pour maintenir une fenêtre de quatre mois en salles, face à la volonté de Netflix de contourner cette règle. En 2021, Richard Patry, président de la FNCF, avait répondu avec fermeté à Maxime Saada, président du groupe Canal + :

« Moi vivant, Canal + ne sortira jamais les films à trois mois ».

Face à cette double menace – la concentration des studios et l’accélération de la disponibilité des films en streaming, conformément à la théorie de l’ATAWAD (« À tout moment, n’importe où, sur n’importe quel appareil ») – l’avenir des salles de cinéma apparaît incertain. Les films les plus attendus de la rentrée pourraient bien être les derniers à attirer massivement les spectateurs dans les salles obscures.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.