Home DivertissementLe mari canadien de Suzanne Somers est devenu un « jumeau IA » de la défunte actrice. Est-ce faux ?

Le mari canadien de Suzanne Somers est devenu un « jumeau IA » de la défunte actrice. Est-ce faux ?

by Antoine Girard

Publié le 2024-02-29 10:30:00. Un artiste canadien a créé une intelligence artificielle reproduisant sa défunte épouse, Suzanne Somers, soulevant d’importantes questions éthiques sur la pérennité numérique de l’existence humaine et le deuil à l’ère de l’IA.

  • Alan Hamel a développé un « jumeau IA » de Suzanne Somers, basé sur ses livres et interviews.
  • Des experts en éthique de l’IA mettent en garde contre les risques de confusion entre réalité et simulation, et l’impact sur le processus de deuil.
  • Des entreprises proposent déjà des services de création d’avatars IA de personnes décédées, sans cadre réglementaire clair.

Le projet, initié par Alan Hamel, un artiste et figure de la télévision canadienne, vise à maintenir une forme de présence de Suzanne Somers, décédée en 2023 des suites d’un cancer du sein. Selon People, l’IA a été entraînée sur l’ensemble de l’œuvre de l’actrice et de ses nombreuses interviews, lui permettant de répondre à des questions comme si elle était encore en vie.

« Quand vous regardez le modèle terminé à côté de la vraie Suzanne, vous ne pouvez pas faire la différence », a déclaré M. Hamel à l’hebdomadaire américain. L’IA sera bientôt accessible sur son site web, offrant aux fans la possibilité de converser avec une réplique numérique de l’actrice 24 heures sur 24. L’idée de cette recréation numérique serait née d’une discussion entre les époux au cours des années précédant le décès de Mme Somers.

Ce projet soulève des questions éthiques complexes. Catharina Doria, éthicienne spécialisée dans l’intelligence artificielle basée au Brésil, souligne la nécessité de prudence face à cette technologie. Elle explique que la situation est plus délicate que les vidéos IA de célébrités décédées créées à des fins de divertissement, comme celle qui a récemment indigné la fille de Robin Williams.

« Je pense qu’il est vraiment difficile de savoir si c’est bien ou mal, ou si c’est bon ou mauvais. Je pense qu’il y a 20 millions de niveaux de complexité. »

Catharina Doria, éthicienne de l’IA

Mme Doria s’inquiète de la difficulté croissante pour le public de distinguer le réel du virtuel, et des conséquences potentielles sur les interactions avec ces IA. Elle cite l’exemple d’un pasteur américain qui a utilisé une vidéo générée par l’IA pour attribuer des propos à Charlie Kirk, un commentateur conservateur, sans que les spectateurs ne soient toujours capables de déterminer qu’il s’agissait d’une simulation. Plus d’informations sur cet incident sont disponibles ici.

Plusieurs entreprises, comme Eternos, StoryFile et HereAfter AI, se positionnent déjà sur ce marché en proposant de créer des avatars IA réalistes de personnes décédées. En accédant aux données des réseaux sociaux, elles développent des « robots morts », ou « fantômes IA », capables d’imiter la personnalité du défunt. Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont exprimé leurs préoccupations quant à l’utilisation potentielle de ces robots à des fins commerciales ou de spam.

Jason Millar, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’ingénierie éthique de la robotique et de l’IA à l’Université d’Ottawa, estime qu’il est temps de réfléchir à la gestion de notre présence numérique après notre mort.

« Cela ne fait qu’ajouter une autre couche de complexité à cette conversation, étant donné qu’il existe cette possibilité de réanimer les morts sous la forme ChatGPT. »

Jason Millar, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’ingénierie éthique de la robotique et de l’IA

M. Millar craint que cette technologie n’empêche les gens de faire leur deuil et de tourner la page. Il souligne également l’absence de réglementation dans ce domaine. Il s’interroge notamment sur les droits de désactivation de l’IA et sur qui devrait les exercer si l’avatar devient important pour d’autres personnes.

James Hutson, responsable de la programmation et de la recherche en IA centrée sur l’humain à l’Université Lindenwood dans le Missouri, considère que le cas de Suzanne Somers se situe à la frontière entre le robot mort et l’utilisation commerciale de l’IA. Il s’attend à ce que cette tendance se développe à mesure que la technologie deviendra plus accessible. Il rappelle que le désir de préserver le lien avec les défunts est une constante dans l’histoire humaine, comme en témoignent les masques funéraires du Moyen Âge. Ses recherches sur la perception des avatars IA montrent que la plupart des gens restent réticents à l’idée d’une incarnation physique de l’IA.

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