Publié le 21 décembre 2025 14h03. À la veille du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc, la Confédération africaine de football (CAF) annonce un changement majeur : la CAN passera à un cycle quadriennal à partir de 2028, s’alignant ainsi sur les calendriers de la Coupe du monde et de l’Euro.
- La CAF a décidé de modifier la périodicité de la CAN, passant d’une compétition biennale à une compétition quadriennale à partir de 2028.
- Cette décision intervient après des années de reports et d’ajustements, et dans un contexte de tensions croissantes entre les clubs européens et les sélections nationales africaines concernant la libération des joueurs.
- La CAF a également validé la création d’une Ligue des nations africaine pour occuper les fenêtres internationales et répondre aux exigences des clubs européens.
Le football africain entre dans une nouvelle ère. La décision de la CAF de décaler la Coupe d’Afrique des Nations à un rythme quadriennal, entérinée à Rabat, marque un tournant historique pour la compétition. Cette modification, qui prendra effet en 2028, vise à harmoniser le calendrier africain avec celui des autres grandes compétitions internationales, notamment la Coupe du monde et le Championnat d’Europe.
Cette annonce intervient après des années de remises en question et de modifications du calendrier de la CAN. Initialement prévue en été à partir de 2019, la compétition avait été décalée en janvier pour des raisons climatiques, avant de subir d’autres ajustements. L’édition 2025, initialement prévue au Maroc en été, a finalement été repoussée à décembre-janvier, officiellement pour laisser de la place à la Coupe du monde des clubs, mais officieusement pour accorder au pays hôte un délai de préparation supplémentaire. Cette situation a ravivé les critiques concernant la dépendance de la CAF vis-à-vis de la FIFA.
Une CAN en milieu de saison : un paradoxe assumé
Malgré les difficultés liées au calendrier, les éditions récentes de la CAN ont offert un football de haut niveau. L’édition 2024 en Côte d’Ivoire est souvent citée comme l’une des plus réussies de l’histoire, avec des joueurs au sommet de leur forme et une forte exposition médiatique.
Cependant, le fait de disputer la CAN en milieu de saison pose des problèmes importants. Le 1er décembre, la FIFA a publié une circulaire autorisant les clubs à conserver leurs joueurs jusqu’au 15 décembre, alors que la réglementation prévoit leur libération quinze jours avant le début du tournoi. L’objectif affiché était de favoriser des « discussions de bonne foi » entre les clubs et les fédérations, avec la promesse d’une médiation de la FIFA en cas de litige.
En réalité, cette flexibilité a surtout renforcé le pouvoir des clubs, qui peuvent désormais retenir leurs internationaux jusqu’à la dernière minute. Les sélections en paient le prix fort : stages raccourcis, automatismes bâclés et préparations fragmentées. « Libérer un joueur le 15 pour une CAN qui commence le 21, ce n’est plus un stage, c’est du bricolage », s’indigne Patrice Beaumelle, sélectionneur de l’Angola.
Clubs tout-puissants, sélections sous pression
Chaque libération de joueur est désormais négociée au cas par cas. Le Maroc a réussi à obtenir la présence de ses joueurs clés, dont Achraf Hakimi, malgré une blessure récente. À l’inverse, le Paris Saint-Germain a choisi de retenir le jeune Sénégalais Ibrahima Mbaye pour la finale intercontinentale contre Flamengo. Si Luis Enrique s’est montré conciliant, d’autres entraîneurs ont adopté une attitude plus ferme.
Le Sénégal illustre parfaitement cette disparité de traitement. À Everton, David Moyes accepte pleinement la libération d’Idrissa Gana Gueye et d’Iliman Ndiaye, soulignant l’importance de la CAN pour les joueurs africains. À l’opposé, le cas d’Assane Diao a donné lieu à un bras de fer. Son entraîneur, Cesc Fabregas, n’a jamais caché son agacement face au choix du joueur de représenter le Sénégal.
Aligné le 15 décembre, jour limite de libération, Diao s’est blessé à la 37e minute. La suite a exacerbé les tensions. « Puisque nous payons son salaire, autant le faire jouer avant son départ », a déclaré Fabregas. Cette phrase révèle clairement le rapport de force actuel : un football de clubs devenu hégémonique, reléguant les sélections africaines à une simple variable d’ajustement.
La CAN sous contrainte du calendrier mondial
Officiellement, la CAF invoque la protection des joueurs africains évoluant en Europe et la recherche d’une meilleure cohérence du calendrier international pour justifier cette réforme. Officieusement, cette décision reconnaît une réalité déjà bien établie : la CAN était soumise à une pression constante, coincée entre les intérêts économiques des clubs européens, les directives de la FIFA et les contraintes d’un agenda mondial surchargé.
La CAN 2025, organisée au Maroc, s’annonce donc comme une édition charnière, voire terminale. La dernière d’un modèle biennal qui a longtemps structuré le football africain, mais aussi celle où les tensions entre les clubs et les sélections, entre la souveraineté continentale et la gouvernance globale, auront atteint leur paroxysme. Ironie du sort : ce sont précisément ces conflits répétés – libérations tardives, préparations tronquées, arbitrages flous – qui ont rendu le changement inévitable.
Autre signal fort, la CAN initialement prévue en 2029 est avancée à 2028, avant que la périodicité quadriennale ne s’impose pleinement à partir de 2032. Parallèlement, la CAF a validé la création d’une Ligue des nations africaine, destinée à occuper les fenêtres internationales et à offrir une vitrine plus compatible avec les exigences des clubs européens.
Reste la question cruciale, à laquelle il n’y a pas encore de réponse claire : ce tournant profitera-t-il réellement au football africain, ou consacrera-t-il davantage l’emprise de la FIFA et des grands championnats européens sur l’agenda du continent ? Depuis son passage à 24 équipes, la CAN a gagné en visibilité et reste l’une des principales sources de revenus de la CAF. Modifier son modèle, c’est prendre le risque de fragiliser l’un des rares moments où le football africain impose encore son propre rythme.
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