Les femmes sont-elles plus vulnérables aux mythes et aux fausses informations en matière de nutrition ? Une pression sociale plus forte, combinée à des lacunes dans la recherche scientifique et à un marketing agressif, les expose particulièrement aux régimes restrictifs et aux injonctions sur le corps.
Pour Husa Sanz, diététicienne-nutritionniste et infirmière à Valence, la réponse est claire : « Les femmes subissent une pression sociale plus importante que les hommes concernant leur corps, leur poids et leur santé. Cela les expose inévitablement à des messages nutritionnels simplistes, voire carrément infondés. »
Maria Muñoz Yuste, également diététicienne-nutritionniste, souligne que les femmes traversent des périodes de transformations physiologiques uniques – cycle menstruel, grossesse, post-partum, ménopause – qui suscitent naturellement un besoin de comprendre et d’accompagner ces changements par une alimentation adaptée. « Le problème survient lorsque ces transformations sont perçues comme une remise en question des canons esthétiques dominants, qui valorisent un corps jeune et idéalisé », explique-t-elle.
L’acceptation d’un corps qui évolue, comme l’a illustré Sienna Miller en affichant sa grossesse avec des courbes assumées, reste une exception.
Un autre facteur clé, selon Sanz, est le rôle traditionnel des femmes dans l’alimentation. « Dans de nombreuses sociétés, les femmes sont principalement responsables des achats et de la préparation des repas. Cela en fait une cible privilégiée pour l’industrie agroalimentaire et les messages marketing, souvent peu rigoureux. Les femmes, en quête d’intégration sociale, sont plus susceptibles de succomber aux canulars et à la désinformation. »
Il n’est donc pas surprenant que les femmes soient plus nombreuses à s’intéresser à la nutrition et au bien-être, notamment sur les réseaux sociaux, où se côtoient informations fiables et fausses promesses.
Par ailleurs, un biais persistant dans la recherche biomédicale contribue à cette vulnérabilité. « L’écart entre les sexes dans la recherche a créé des lacunes dans nos connaissances sur la santé des femmes », déplore Muñoz Yuste. « La plupart des études sur la dépense calorique ou les macronutriments ont été menées sur des hommes blancs en bonne santé. Longtemps, on n’a pas envisagé d’inclure des femmes ménopausées ou en post-partum. Pourtant, elles existent et ont besoin de réponses adaptées. »
Cependant, Muñoz Yuste note une évolution positive : « De plus en plus de femmes abordent la nutrition sous l’angle du bien-être, de la clarté et des soins personnels, et non plus par obsession. Elles cherchent à vivre chaque étape de leur vie pleinement et à adopter des habitudes alimentaires qui soutiennent leur corps. »
Cette vigilance accrue envers l’alimentation n’est pas le fruit du hasard. « Il ne s’agit pas d’un trait de personnalité féminine ou d’un souci naturel de santé », insiste Sanz. « C’est un produit culturel. Les femmes sont historiquement plus surveillées, jugées et commentées sur leur apparence physique. Cette surveillance commence dès l’enfance, avec des remarques constantes sur leur corps, leur poids et ce qu’elles devraient manger. Des années de messages répétés créent de la pression, de la culpabilité et une relation à la nourriture conditionnée. Les médias et l’industrie agroalimentaire renforcent depuis des décennies l’idée que les femmes doivent contrôler leur alimentation, leur poids et leur apparence. »
Le marketing joue également un rôle important. Sanz explique : « Certaines études montrent que les femmes achètent plus fréquemment des produits étiquetés comme ‘light’, ‘allégé’ ou ‘sain’. Ce n’est pas un hasard : l’industrie cible précisément ces produits vers elles, en renforçant l’idée qu’elles doivent constamment contrôler leur corps. »
Les produits « light » ne sont pas une solution miracle. « L’étiquetage ‘light’ indique simplement une réduction de calories par rapport au produit original, mais ne signifie pas qu’il est plus sain », précise Sanz. De plus, le terme « sain » n’a pas de définition juridique claire dans de nombreux pays, laissant libre cours à des allégations marketing trompeuses.
Muñoz Yuste va plus loin : « De nombreux produits ‘light’ ou ‘sain’ cachent des pièges, comme des yaourts riches en protéines mais chargés d’édulcorants, ou des ‘brûleurs de graisse’ dont l’efficacité n’est pas prouvée scientifiquement. Ils peuvent contenir des additifs ou des édulcorants artificiels à éviter. »
Les deux expertes s’accordent sur l’importance de l’éducation nutritionnelle : savoir interpréter les étiquettes, distinguer le marketing des preuves scientifiques, et faire des choix éclairés, basés sur l’information et non sur la peur. Un retour à une alimentation simple, fraîche, de saison et peu transformée est essentiel.
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