Publié le 20 septembre 2024. Le Musée juif de Berlin, inauguré le 11 septembre 2001, est au cœur d’une vive polémique, accusé de dérive idéologique et de politisation interne, notamment depuis les événements du 7 octobre et les prises de position de certains de ses employés.
- Des guides du musée ont participé à une manifestation pro-palestinienne à Berlin où des appels à la destruction d’Israël ont été scandés.
- L’institution est critiquée pour avoir minimisé l’importance de l’Holocauste et de la persécution nazie dans son récit, ainsi que pour sa représentation de la question israélo-palestinienne.
- Des controverses passées, comme l’exposition « Juifs dans une boîte » et l’invitation de Judith Butler, ont déjà terni l’image du musée.
Depuis son ouverture, le Musée juif de Berlin, qui attire plus de 700 000 visiteurs par an, suscite des débats. Au-delà de son architecture emblématique, l’institution est financée par les autorités allemandes, mais ne dispose d’aucun lien institutionnel direct avec les organisations juives du pays, une particularité qui alimente les critiques.
Initialement conçu comme un pont entre l’histoire juive en Allemagne et le grand public, notamment les scolaires, le musée semble s’être progressivement éloigné de cette mission première. Des observateurs déplorent une marginalisation de l’Holocauste et des persécutions nazies dans son discours, ainsi qu’une présentation d’Israël comme un simple élément de la diaspora juive, sans reconnaître pleinement son rôle de patrie ancestrale.
Les controverses se sont multipliées au fil des années. En 2013, l’exposition « Juifs dans une boîte », où un individu se tenait dans une boîte en plastique transparente pour répondre aux questions des visiteurs, avait déjà provoqué un tollé. Plus récemment, l’invitation de l’universitaire américaine Judith Butler, connue pour son soutien au mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), avait suscité l’indignation. Après les attentats du 7 octobre, Mme Butler a qualifié les actions du Hamas de « résistance », et non de terrorisme.
La direction de Peter Schäfer, à partir de fin 2014, est pointée du doigt par ses détracteurs. Ils l’accusent d’avoir délibérément éloigné le musée de la communauté juive et de l’avoir orienté vers une position ouvertement critique envers Israël, voire antisémite. Une exposition consacrée à Jérusalem aurait notamment minimisé l’importance juive de la ville et présenté l’expansion israélienne comme une forme de violence. Le musée a également accueilli une délégation officielle iranienne et s’est félicité du récit de l’exposition. Un journaliste juif a alors qualifié l’institution de « nouvelle institution pro-palestinienne à Berlin » et de « musée anti-juif ».
En 2019, M. Schäfer a démissionné suite à un retweet du compte Twitter officiel du musée, critiquant une décision du parlement allemand qualifiant le BDS d’antisémite. Cet incident avait provoqué des protestations de la part du personnel juif, dont certains avaient démissionné, dénonçant la politisation du musée.
Sous la direction de Hetty Berg, le musée avait connu une période de calme relatif, privilégiant les expositions d’art et évitant les controverses. Mais la situation a basculé après le 7 octobre, avec le retour de militants israéliens d’extrême gauche dans l’espace public berlinois, et au sein même du musée.
Le 8 octobre, des militants pro-palestiniens participaient déjà à des manifestations dans les quartiers immigrés de Berlin. Ces activistes, souvent décrits comme des « Juifs utiles » lors de rassemblements où des slogans anti-israéliens sont fréquemment scandés, sont devenus des figures familières.
Udi Raz, un guide touristique du musée, a été licencié après être apparu portant une kippa ornée d’une pastèque – un symbole de la solidarité palestinienne – et avoir présenté Israël comme un État d’apartheid à des étudiants allemands. Fin septembre, une manifestation pro-palestinienne a rassemblé 100 000 personnes à Berlin, avec des slogans appelant à la destruction d’Israël et des louanges à Yahya Sinwar, le chef du Hamas. Trois guides du musée – dont deux israéliens – y ont participé, qualifiant l’événement de « merveilleux » dans des messages privés et regrettant l’absence de leurs collègues.
Contactés, deux guides ont nié leur affiliation au musée et leur présence à la manifestation, ou ont justifié leur participation en affirmant que celle-ci était « moins violente ». Ils ont menacé de poursuites judiciaires en cas de divulgation de leur identité. Interrogé sur l’éthique de la participation de ses guides à des manifestations appelant à la destruction d’Israël, le musée s’est contenté de rappeler que les guides sont des indépendants et que l’institution s’oppose à l’antisémitisme, sans contrôler leurs activités en dehors de leurs fonctions officielles. La même réponse serait-elle applicable si les guides avaient rejoint un rassemblement néonazi, a-t-on demandé. Le musée a réitéré sa déclaration initiale.
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