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Le Nigeria doit répondre à la menace de Trump par la stratégie et non par l’émotion

Publié le 9 novembre 2023 17h12. La désignation du Nigeria comme « pays particulièrement préoccupant » par l'administration Trump, en raison de la situation des chrétiens, suscite une vive réaction au Nigeria, qui plaide pour une approche diplomatique…

Le Nigeria doit répondre à la menace de Trump par la stratégie et non par l’émotion

Publié le 9 novembre 2023 17h12. La désignation du Nigeria comme « pays particulièrement préoccupant » par l’administration Trump, en raison de la situation des chrétiens, suscite une vive réaction au Nigeria, qui plaide pour une approche diplomatique et une meilleure compréhension de ses complexités internes.

  • Le Nigeria rejette l’idée d’une « persécution chrétienne » systématique, soulignant la diversité religieuse du pays et l’engagement des gouvernements successifs contre l’extrémisme.
  • L’administration Tinubu appelle à une diplomatie constructive pour contrer les interprétations erronées et éviter une ingérence extérieure.
  • Un expert en diplomatie d’entreprise met en avant l’importance d’une communication stratégique et de la construction d’alliances pour préserver la souveraineté du Nigeria.

La décision de l’ancien président américain Donald Trump de qualifier le Nigeria de « pays particulièrement préoccupant » en raison de la situation des chrétiens a provoqué une onde de choc à Abuja. Au-delà d’une simple déclaration de politique étrangère, cette initiative est perçue comme un signal politique calculé, voire une menace d’intervention unilatérale dans les affaires intérieures nigérianes. La menace subséquente d’utiliser l’armée américaine pour « défendre les chrétiens au Nigeria » a franchi une ligne rouge, suscitant des inquiétudes quant à une interprétation biaisée de la dynamique religieuse complexe du pays.

Le président Bola Tinubu est reconnu pour sa capacité à naviguer dans le paysage religieux nigérian, caractérisé par une forte présence musulmane et chrétienne. Son engagement envers l’inclusion religieuse remonte à son mandat de gouverneur de l’État de Lagos, où il a instauré en 2000 le service annuel de remerciement de l’État, devenu depuis l’un des plus importants rassemblements chrétiens de la région du Sud-Ouest. Cet acte, loin d’être une simple opération de communication, témoigne d’une volonté politique de célébrer la diversité et de promouvoir l’unité nationale.

Cependant, cet esprit d’inclusion est aujourd’hui confronté à des pressions extérieures. Si le Nigeria est indéniablement confronté à des conflits violents où la religion se mêle à des facteurs ethniques et socio-économiques, qualifier ces crises de « persécution chrétienne » relève d’une simplification excessive et d’un manque de discernement diplomatique. Les gouvernements nigérians successifs, qu’ils soient dirigés par des musulmans ou des chrétiens, ont toujours condamné l’extrémisme et pris des mesures pour lutter contre les acteurs qui attisent la division.

Selon Joël Popoola, président de l’Institut des administrateurs du groupe IoD Africa et associé directeur chez Anchora Advisory, spécialisé dans la diplomatie d’entreprise et l’internationalisation, une approche basée sur des scénarios et une communication stratégique est essentielle pour obtenir des résultats. « Le pouvoir ne s’exerce pas uniquement par la force ; elle s’affirme grâce à la crédibilité, aux alliances et à une communication habile », explique-t-il. Il rappelle l’exemple de la crise des missiles de Cuba en 1962, où le dialogue entre John F. Kennedy et Nikita Khrouchtchev a permis d’éviter une guerre nucléaire. Crise des missiles de Cuba

Le Nigeria doit donc résister à la tentation de réagir de manière défensive et privilégier une diplomatie proactive pour redéfinir le récit. Cela implique de s’engager stratégiquement avec les partenaires bilatéraux, les organisations régionales telles que la CEDEAO et l’Union africaine, et les plateformes internationales pour clarifier sa position et ses réalités. Le pays doit prendre l’initiative du débat, plutôt que de s’y contenter de réagir.

L’exemple du gouverneur musulman qui a créé une célébration chrétienne de l’action de grâce illustre parfaitement l’approche diplomatique que le Nigeria doit adopter sur la scène internationale : l’écoute, l’inclusion et le respect. Le Nigeria ne peut pas contrôler la perception qu’ont les autres de lui, mais il peut contrôler la manière dont il se présente. Il doit faire preuve de sang-froid et de retenue face aux provocations, en privilégiant le dialogue et la construction d’alliances. La véritable force réside dans le récit, la légitimité et les partenariats, et non dans les armes ou la richesse.

À un moment crucial de son histoire, le Nigeria doit prouver sa capacité à résoudre ses propres problèmes avec équilibre et prévoyance. La diplomatie ne consiste pas à se taire, mais à communiquer de manière stratégique, à transformer les provocations politiques en opportunités de collaboration et à défendre sa souveraineté et son identité avec dignité et assurance.

Joël Popoola est président de l’Institut des administrateurs du groupe IoD Africa et associé directeur chez Anchora Advisory, spécialisé dans la diplomatie d’entreprise et l’internationalisation, et écrit depuis le Royaume-Uni.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.